LES AMITIÉS LITTÉRAIRES
peaux p.is sur Tennemi. Le récit était donc des plus sûrs. « Croyez, disait Racine, que c'est comme si M. de Luxembourg Lavait dicté lui-même. Je ne sais pas si vous pourrez lire; car, en écrivant, j'étais accablé de sommeil... Vous me feriez un fort grand plaisir, quand vous aurez lu tout cela, de l'envoyer bien cacheté, avec cette même lettre que je vous écris, à M. Labbé Renaudot... Je suis assuré qu'il vous en aura obligation. Ce ne sera que la peine de votre jardinier. Il pourra distribuer une partie des choses en plusieurs articles...» Racine donne ensuite d'assez longs détails sur l'action, et continue : « Je conjure M. l'abbé Renaudot, quand il aura fait son usage de tout ceci, de bien recacheter et cette lettre et mes mémoires, et de les renvoyer chez moi... Je fais mille compliments à M. l'abbé Renaudot, et j'exciterai ce matin M. de Croissy à empêcher, s'il le peut, le malheureux Mercure galant de défigurer notre victoire ^ . »
En d'autres occasions, ce sont les deux historiographes qui demandent à Renaudot les nouvelles qu'ils ignorent. Racine, par exemple, écrit de Fontainebleau, le 8 octobre 1697, à son collègue : « On a eu la nouvelle aujourd'hui que M. le prince de Conti ^ était arrivé en Pologne ; mais on n'en sait pas davantage, n'y ayant point encore de courrier qui soit venu de sa part, M. l'abbé Renaudot vous en dira plus que je ne saurais vous écrire^. »
1. Racine, édit. des Grands écrivains, t. VII, p. 117 et 120. — On remarquera ici l'hostilité que Racine, comme d'ailleurs la plupart des classiques, témoignait contre le Mercure galant. La Bruyère, on le sait, disait que le Mercure galant éta.\t « immédiatement au-dessous de rien ».
2. François-Louis, prince de Conti, neveu du grand Gondé, élu roi de Pologne après la mort de Sobieski; il fut supplanté par Auguste de Saxe-