‹ L'Abbé Eusèbe RenaudotChapitre 75 sur 138 · DÉFENSE DE LA PERPÉTUITÉ · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE LA PERPÉTUITÉ

qui avaient été solidement réfutées. Le peu que les autres avaient répondu en divers ouvrages aux autorités rapportées dans la Perpéluilé, n'était que la répétition de diverses objections frivoles déjà réfutées.

Sur ces entrefaites, on vit paraître les Monuments authentiques de la créance des Grecs. Le titre même indiquait la prétention de faire voir la fausseté de toutes les attestations produites dans la Perpétuité ; bien plus, à l'occasion de quelques lettres de Cyrille Lucar qu'il fit imprimer, l'auteur entreprit de montrer que cet apostat n'avait rien exposé, dans sa confession, qui ne fût conforme à la créance de toute l'Eglise grecque ^ ; que tous ceux qui avaient écrit le contraire étaient des Grecs latinisés, et que les décrets du synode de Jérusalem - étaient l'ouvrage d'un imposteur, chassé de son siège patriarcal à cause du scandale que ses nouveautés avaient causé. « Quoiqu'il ne fût pas difficile de reconnaître que cet écrivain ignorait généralement tout ce qui avait rapport à la question, plusieurs personnes très habiles jugèrent néanmoins qu'il ne fallait pas laisser cet ouvrage sans réponse, puisqu'à moins d'avoir fait une étude particulière de ces matières, on devait être frappé de la hardiesse avec laquelle l'auteur avançait les plus grandes faussetés, touchant les Grecs et les autres

1. Le premier volume de la Perpétuité raconte l'histoire de ce Cyrille Lucar qui, gagné aux erreurs calvinistes, dissimula longtemps, et réussit par ses iivtrigues à occuper successivement les sièges patriarcaux d'Alexandrie et de Constantinople. Dans ce dernier seulement, il commença à répandre ses doctrines calvinistes. Son peuple se souleva et obtint sa déposition. Les Turcs, soudoyés par des présents, le firent même étrangler après diverses péripéties, (Voir Perpétuité, t. I, 1, IV, c. vi).

2. Voir Perpétuité, t. III, 1. VIII, c. xvi. Il s'agit d'un manifeste synodal écrit sous l'inspiration du patriarche Dosithée, en 1G72, pour protester contre les assertions de Cyrille touchant l'Eucharistie.

chrétiens orientaux. On remarqua de plus que nonobstant le peu de réputation qu'il avait parmi les calvinistes, son ouvrage avait trouvé chez eux des approbateurs, ce qui fit juger qu'on le mettrait dans quelque temps au nombre de ceux qui avaient solidement réfuté les livres de la Perpétuité^ en détruisant Tautorité des actes qui en faisaient le principal fondement. Ce fut ce qui engagea Renaudot à donner au public la Défense de la n Perpétuité de la Foi », où on a fait voir si clairement, et par des preuves si positives, Fignorance, la mauvaise foi, et la témérité de cet écrivain, qu'on ne croit pas que ni lui ni personne ne les puissent détruire '. »

L'auteur des Monuments authentiques était un triste personnage^. Il se nommait Jean Aymon. Né en Dauphiné, il entra dans le clergé, fut ordonné prêtre, devint aumônier d'un évêque de Maurienne, le suivit dans un voyage à Rome et y obtint le titre de protonotaire apostolique. Revenu dans son pays, il exerça quelque temps le ministère de curé de campagne, puis il se rendit à Genève oii il abjura le catholicisme, passa ensuite en Hollande et s'y maria. En 1706, il vint à Paris, sous prétexte de rentrer dans l'Eglise romaine. La protection du cardinal de Noailles lui fit attribuer une des pensions que l'on donnait aux nouveaux convertis, et le sous-bibliothécaire du roi, Nicolas Clément, dont il avait surpris la confiance, le conduisit à la Bibliothèque où il restait souvent seul afin d'étudier plus à fond, disait-il, la doctrine qu'il voulait désormais croire de tout son cœur et enseigner avec plus de science et de

1. Préface du tome IV de la Perpétuité, édit. de 1782, p. 3 et 4.

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