SA JEUNESSE
mentaire de l'abbé Renaudot et reçut le privilèg^e et monopole de la Gazette^
Telle futla famille de notre héros : intelligente, active, habile à faire sa place au soleil, pleine d'initiatives souvent heureuses, bien en cour, persécutée par la jalousie, mais en prenant gaiement et vaillamment son parti ; forte par son indépendance et aussi par les auxiliaires influents qu'elle savait se ménager habilement.
Le jeune filsd'Eusèbe Renaudot, auquel on avait donné, par une pratique assez habituelle, le nom de son père, attira sur lui toute Tattention de ses parents dès son enfance. En qualité de fils aîné, il portait les espérances de la famille ; et dès les plus jeunes années, il parut répondre à toutes les ambitions paternelles. Une précoce intelligence qui saisissait d'emblée tout ce qu'on lui enseignait, une certaine ambition servie par une rare ténacité, le rendaient particulièrement cher à son père. Sa mère ne semble pas avoir exercé sur lui une grande influence. Elle est mentionnée rarement dans le Journal^ et toujours au second plan, dans un rôle assez effacé. Le père était le chef absolu de la maison.
A l'âge de sept ans à peine, le jeune Eusèbe quittait
1. Sur la situation de Thuillier et de Verneuil, comp. Dossiers bleus. Bibl. nationale, t. DLXI, n»' 148'^5-14827, f. 3.
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la maison paternelle. Le 2 août 1G55, il entrait comme pensionnaire au collège de Saint-Cliarlcs, dépendant de la Mission '. Dès les premiers jours, il y marqua sa place à la tête de tous ses petits camarades, et le père écrivait avec complaisance dans son Journal: « Il a été au bout d'un mois empereur de sa classe et promet beaucoup do ses commencements^. » Il devait réaliser, en effet, les promesses de ses commencements, et l'on recueille à chaque page du Journal l'écho de la joie que les succès du fils donnaient à son heureux père.
L'enfant resta seulement quelques mois au Collège Saint-Charles. Le i2 mai 1656, il entrait, aussi comme pensionnaire, chez les Jésuites^ ; son séjour y fut remarqué. L'académicien Gros de Boze, qui écrivit dans VHisloire de V Académie des Inscriptions^ la notice consacrée à l'abbé Renaudot, en témoigne^. Plus tard, devenu célèbre, et engagé dans l'amitié d'Arnauld et de Port-Royal, il abandonna toute relation avec les Jésuites, qu'il détestait d'ailleurs cordialement. Néanmoins, il entretenait avec son ancien professeur d'humanités, le P. Darot, un commerce assidu, fait d'estime et d'amitié, et il le reçut au moins une fois par semaine, jusque vers la fin de leur vie, car le jésuite ne mourut que peu de temps avant son brillant élève.
1. Ce collège devait occui)cr une partie de l'emplacement sur lequel s"élève aujourd'hui l'église Saint-Vincent-de-Paul (Je dois ce renseignement à l'obligeance de M. Milon, secrétaire général de la Congrégation des Lazaristes).