‹ L'Abbé Eusèbe RenaudotChapitre 80 sur 138 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

par ses coreligionnaires, de l'histoire et de la langue éthiopiennes. Cette lutte devait se continuer, beaucoup plus vive, après la publication de la collection des I>iturgies.

Le second livre a pour but de montrer « le consentement général des Grecs et des autres chrétiens orientaux avec TEglise romaine, sur la doctrine de la présence réelle et sur Tadoration de l'Eucharistie». La preuve en est tirée principalement de la manière dont Grecs et Orientaux interprètent les mots: « Ceci est mon corps, ceci est mon sang ». De nombreux passages des théologiens orientaux, des liturgies coptes, éthiopiennes, jacobites, nestoriennes, servent aussi à cette démonstration.

Dans le troisième livre, Fauteur cherche des arguments en faveur de la même thèse dans la discipline en usage dès les premiers siècles. La préparation eucharistique, la bénédiction des objets du culte, Télévation de l'Hostie, la communion et les cérémonies préliminaires de la confession de foi, sont autant de preuves de la croyance des Orientaux. Cette croyance ressort aussi de l'adoration de l'Eucharistie, pratiquée non seulement avant, mais après le Concile de Florence, et qui trouve place non pas à la consécration, comme dans l'Eglise latine, mais un peu avant la communion, au Saneta sanclis. Cette adoration est usitée à la fois chez les Grecs, les Coptes, les Jacobites Syriens, et les Nestoriens. La foi constatée chez ces peuples à divers miracles eucharistiques, l'horreur que tout l'Orient témoigne contre toute profanation de l'Eucharistie, quelle qu'elle soit, sont encore pour Renaudot des indices certains de la foi des Orientaux à la présence réelle.

Le livre lY est le plus neuf et le plus intéressant. Il

consiste en une longue dissertation en huit chapitres sur les liturgies : leur nombre (on en compte quarante et une), leur forme générale, leur authenticité, leur autorité qui ne vient pas de Tauteur supposé dont elles portent le nom, mais de leur usage officiel et de leur commun accord dans ce que Ton regarde comme essentiel. Renaudot fait, à Toccasion, une critique sévère d'André Rivet ^ , et termine par une apologie de l'usage catholique en ce qui regarde la célébration des offices et prières publiques dans une langue inconnue au peuple.

Les livres suivants, V à IX, ne sont qu'un retour sur la polémique antérieure; ils donnent des « éclaircissements » sur les divers auteurs grecs dont on avait cité le témoignage dans la Perpétuité. Le livre X démontrait que l'on ne peut « supposer qu'il soit arrivé un changement entier de doctrine sur la présence réelle dans les Kglises orientales ».

Cette œuvre prouve des recherches minutieuses et très étendues dans les manuscrits et une connaissance extraordinaire pour l'époque de l'histoire et surtout de la théologie orientale. On y retrouve à chaque instant le disciple intellectuel de Jean Morin.

Les mêmes qualités sont encore plus apparentes dans le tome V, qui vit le jour en 1713. Ici, Renaudot s'élève assez durement, par la voix de Melchior Cano, contre ces théologiens, « qui ont prétendu éclaircir les questions théologiques par des arguments frivoles », surtout en ce qui regarde la discipline des sacrements, mais qui, ne citant ni les Conciles ni les Pères, « avec des chicanes

1. Audii' Rivet (1572-1651), ministre et savant protestant; son ouvrage principal est l'édition des Cn/ici sacri, avec un Traité de la lecture des Pères.

puériles, veulent se faire passer pour scolastiques etthéologiens, n'étant ni Tun ni l'autre, qui remplissant l'Ecole de pitoyables sophismes, se rendent ridicules auprès des savants et méprisables auprès de ceux qui ont plus de délicatesse ^ ».

Renaudot détestait sincèrement ces faux théologiens, ignorants de tout ce qui n'était pas dispute ou formule scolastique, prêts à condamner tout ce qui s'écartait en Orient de la discipline occidentale, instruments de choix pour perpétuer le malentendu entre Orientaux et Occidentaux et creuser de plus en plus le fossé qui sépare l'Eolise latine de toutes les autres. Il travailla de tout son pouvoir à en diminuer le nombre ; ce fut le motif de plusieurs mémoires sur les missionnaires en Orient. Mais il ne se faisait guère illusion sur leur efficacité. Parlant de l'un d'eux et des remerciements qu'on lui avait adressés à son occasion, il ajoutait avec mélancolie : « Il est vrai qu'on n'en a fait aucun usage » ; néanmoins il continuait son œuvre sans se lasser^. Ces mémoires n'ont pas perdu toute leur valeur et peut-être ne seraient pas, même aujourd'hui, sans utilité. Onytrouve des remarques et des réflexions, souvent trop mordantes, contre l'ignorance et la déplorable insuffisance des missionnaires latins en Orient^.

Page 1