Ibid
'A. Il était neveu de Gabriel de Roquette, mort évêque d'Autun, eu 1707, et ami de Bussy-Rabutin.
4. C'est ici un compliment académique : Renaudot, on l'a vu, no fut agrégé à l'Académie de la Crusea qu'assez longtemps après son entrée à l'Académie française.
MORT DE RKNAUDOT 159
bation des hommes que cherchait M. Tabbé Renaudot. Il porta SCS vues plus haut, Dieu seul lui parut digne et capable de remplir son esprit et son cœur. » Et voici une explication non moins pieuse de la direction donnée par Renaudot à ses études. « Le goût de la parole divine, qui faisait ses chastes délices, rengagea dans la pénible étude des langues orientales. 11 les apprit avec avidité, pour puiser dans les sources primitives ces eaux vives etpures qui rejaillissent jusques à Féternité. » Puis l'âme sentimentale du bon abbé s'émeut et s'enflamme : « Quel étonnant spectacle frappe ici mes yeux ! Sommes-nous transportés au bienheureux siècle de l'Eglise naissante, où les hommes, remplis du don de Dieu, parlaient à chacun selon sa langue, et se faisaient entendre aux nations rassemblées des diverses parties du monde? M. l'abbé Renaudot parle et répond aux Hébreux, aux Grecs, aux Arabes, aux Chaldéens, aux Arméniens, aux Persans, aux Coptes. On dirait qu'il est habitant de l'univers, et comme naturalisé dans tous les pays. La France a vu de nos jours ce que la Palestine vit autrefois du temps de saint Jérôme. Un homme laborieux et appliqué se rend familier le langage de seize peuples (je n'exagère point) ; il est consulté de toutes parts sur les différents textes de l'Écriture et devient, pour ainsi dire, l'interprète et Torgane de la vérité. » L'orateur parle ensuite de l'œuvre liturgique et apologétique de son héros, et enfin de son caractère. « La pureté de ses mœurs répondit à la clarté de ses lumières; sa modestie relevait le prix de son savoir. Qui pourrait dépeindre ce tempérament admirable de douceur et de sévérité, de candeur et de finesse, de discernement et de simplicité, qui fut son véri-
table caractère ? Il aimait la solitude, et ne se prêtait au monde que par la nécessité du commerce ; attentif à garder les bienséances ; ami fidèle et généreux, libéral et môme prodigue envers les pauvres, il remplit tous les devoirs de Thonnête homme et du parfait chrétien ^ ! » On recevait le même jour Tabbé de Roquette et le duc de Richelieu^ ; le chancelier, l'abbé Gédoyn, fit aux deux nouveaux académiciens cet aimable compliment : « A dire le vrai, il ne fallait pas moins que deux personnes comme vous pour remplir le vide qu'ont laissé ici les deux illustres Académiciens que nous avons perdus. D'un côté, un savant, utile à la Religion et à l'Etat, qui, joignant à un genre singulier d'érudition tout ce que l'histoire ecclésiastique et profane, la géographie ancienne et moderne, la chronologie, la politique, ont de plus curieux, s'était fait à la Cour et à la ville, en France et dans les pays étrangers, un grand nom ; qui, étant à Rome, parut encore plus grand que sa réputation, et remporta des marques d'estime et du pape et de tout le Sacré-Collège ; qui, parlant bien sa langue, et mettant à tout une capacité judicieuse, donnait du poids et de l'autorité jusques aux moindres écrits qui sortaient de ses mains. Un savant, dont la science n'était point comme dans la plupart des autres un trésor caché, mais qui, toujours prêt à en faire usage, avait un entretien charmant, soit par la variété dont il l'assaisonnait, soit par le naturel et la chaleur qu'il mêlait au récit d'une infinité de particularités et de faits, qui n'étaient presque plus