‹ L'Abbé Eusèbe RenaudotChapitre 94 sur 138 · Recueil des Harangues, t. IV (17.35), p · texte numérisé non relu

Recueil des Harangues, t. IV (17.35), p

2. Le futur héros de Port-Mahon. Il n'avait alors que vingt-quatre ans et succédait au marquis de Dangeau.

connus que de lui ; homme de cabinet et homme du monde tout ensemble, se livrant à Fétude par goût, el se prêtant à la société par amour du bien public; Académicien assidu, fidèle à ses devoirs, irréprochable dans ses mœurs et insensible à tout autre plaisir qu'à celui de converser avec d'illustres amis que son mérite lui avait faits, et de se préparer un digne successeur dans la personne d'un neveu qu'il aimait tendrement \ »

Cet éloge académique nous représente fidèlement Renaudot, tel qu'il parut à ses contemporains, et tel qu'il nous apparaît encore à deux siècles de distance.

Il était loin de ressembler à ces abbés libertins dont le scepticisme religieux commençait alors à se laisser voir et devait si fort scandaliser le xviii^ siècle. Pour lui, son œuvre n'était pas une œuvre simplement de science, mais de prosélytisme; elle visait à la conquête, à l'union dans le Christ, de toutes les âmes pures et bien intentionnées que les sectes protestantes retenaient dans leur sein. Dès l'année 1682, il faisait à l'Assemblée du Clergé de France une importante communication sur les moyens de ramener au catholicisme les « religionnaires*^». La méthode qu'il proposait était, on l'a devine,

1. Recueil des Uaranf/ues, loc. cil., p. 190-197. — Ce neveu était M. de Verneuil, qui hérita, en effet, du privilège de la Gazelle.

2. C'est le nom que l'on donnait alors à ceux qui faisaient profession de la « Religion prétendue Réformée » ou protestantisme.

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celle qu'il mit en œuvre dans la Perpéùuité. Les conclusions de son rapport furent communiquées à l'Assemblée le 23 juin de cette année. Le fait est mentionné dans les Procès-verbaux. Lecture ayant été donnée, le matin, « de différentes méthodes dont on peut se servir très utilement pour la conversion de ceux qui font profession de la R. P. R. », le Président a « ajouté qu'il ne restait plus qu'à entendre, après dîner, Messeigneurs les commissaires, si la Compagniel'agréait, et qu'on pourrait encore ajouter une méthode aux précédentes, qui est celle de la conformité des Lglises orientales, quoique schismatiques depuis longtemps; qu'on avait fait plusieurs savants écrits qui en rapportaient de fort belles preuves, dont les originaux sont dans la Bibliothèque de Saint-Germain-des- Prés ; mais qu'il y avait encore un savant abbé, qui avait travaillé fort doctement sur ce sujet, qui était M. Renaudot, et que Messeigneurs les commissaires pouvaient, s'ilsjugeaient à propos, examiner son livre ^ ».

Son zèle pour la conversion des schismatiques orientaux fut la principale cause des sentiments hostiles qu'il laissa paraître en différents écrits à l'égard de la Propagande, et au sujet de la formation insuffisante des missionnaires. On peut dire que le zèle pour la gloire de Dieu fut la caractéristique de sa vie, et le mobile principal de sa conduite.

Sous l'inspiration de sa foi et de sa piété, il avait demandé, en 1711, le titre de Vétéran- à l'Académie des

1. Procès-verbaux des Asscmblres du Clenjt^, années 1681-1082 (Archives Nat., G. 8*. fiO:^, p. 195).

2. L'Académie des Inscriptions, d'après le Règlement de 1701, comprenait, en pins des classes actives à'élcvcs et ù'associrs, une classe de vétérans, qui étaient exempts des travaux (jne l'on demandait aux autres.

Inscriptions, afin de ne plus s'occuper que des intérêts de la religion ^ Dans un mémoire, écrit peu de temps avant sa mort, il s'exprime ainsi : « L'utilité que l'Eglise en peut tirer est la seule vue qui m'a engagé dès ma jeunesse aux travaux que j'ai entrepris, qui ont été grands au-delà de ce qu'on peut s'imaginer. Si j'avais eu d'autres vues, j'en aurais été puni, puisqu'ils ne m'ont procuré aucun avantage selon le monde ; et qu'au contraire on s'est servi des ouvrages que j'ai faits pour la défense de la Foi, comme d'une preuve que je n'étais pas catholique. Je dois remercier Dieu de tout mon cœur, comme je le fais, non seulement de ce qu'il m'a protégé visiblement en plusieurs occasions, principalement dans la dernière, et je le remercie encore plus de ce qu'il ne m'a pas donné plus de fortune que je n'en ai eu, quoique je pusse en espérer de plus grandes, puisque je ne dois pas présumer que je n'en eusse pas abusé comme tant d'autres. Je lui demande pardon de ce que j'ai souvent murmuré en moi-même sur les mortifications qu'il m'envoyait et de n'avoir pas eu assez de confiance en sa Providence^. » On ne peut rien ajouter à cette expression calme, sereine, et mélancolique d'un complet abandon à la volonté de Dieu.

Mais Renaudot n'était pas là tout entier, ou plutôt ces paroles ne nous montrent pas tout Renaudot. 11 arrivait que, chez lui, la nature reprît le dessus. Son esprit mordant, ses railleries caustiques s'échappaient parfois, au grand mécontentement de ceux sur qui sa plaisanterie s'exerçait.

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