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(domine le pape lardait de pourvoir aux vacances produites par la mort dans le Sacré-(!ollège : Voilà, écrit un jour Tabbé, « voilà dix-sept chapeaux dans la garderobe du pape, qui veut, je crois, en faire un magasin, tant il se presse peu ^ ».
Il détestait par dessus tout les cabales. En particulier, celles dont l'Académie française était le théâtre, Texaspéraient, et il prenait la résolution de ne plus se trouver à « pareilles pétaudières ».
11 possédait une admirable ténacité, une vraie passion pour l'étude, un noble désintéressement. Les subsides qu'il reçoit des Assemblées du clergé, les pensions dont il jouit comme membre des académies ou à d'autres titres, servent à acheter de nouveaux manuscrits, à payer de nouveaux secrétaires qui l'aideront dans son travail et lui permettront d'accomplir la tâche qu'il a entreprise et qui est au-dessus des forces de sa chétive santé, épuisée par les labeurs excessifs de sa jeunesse. L'abbé Bernou, dans ses lettres, revient souvent sur ce sujet. 11 connaissait mieux que personne les effets delà maladie sur le caractère de son maître. Elle le rendait nerveux, mélancolique, irritable. « Vous vous plaisez trop, écrit Bernou, à flatter votre humeur mélancolique. Pourquoi travailler avec tant d'ardeur et de précipitation^ ?» Bernou se permettait cette liberté de langage parce qu'il avait plusieurs fois reçu des lettres « colériques... offensantes.. . insultantes » , de son maître en mauvaise humeur.
Bernou accuse même notre abbé d'avarice et de
1. Lettre du 5 novembre 1704, citée par la Revue dliistoire littéraire de France, 1902 et 1903.
2. Lettre de l'abbé Bernou; Papiers Renaudot^ t. XLII f. 25 et suiv.
vanité. L'accusation d'avarice est suffisamment démentie par la difficulté que fit Renaudot d'accepter un bénéfice ecclésiastique, et par les abondantes aumônes qu'il distribua toujours.
On ne peut réfuter aussi aisément celle de vanité. Renaudot laissait quelquefois paraître dans ses conversations le sentiment qu'il avait de son incontestable valeur et de sa supériorité. Quirini en a rapporté des exemples. «On ne saurait croire, dit-il, quel plaisir avait Renaudot à parler de soi, de ses ouvrages, de ses publications, de la Perpétuité de la Foi, de Vllistoire des imtriarches d'Alexandrie, des volumes de liturgie qu'il préparait (c'était en 1713-1714) ; sur ce sujet, il était intarissable; il ne faisait grâce d'aucun détail, qu'il n'eût raconté par le menu ses démêlés avec Bayle, à propos du Dictionnaire critique, son livre contre Aymon pour la Défense de la « Perpétuité » , ses dissertations insérées dans les Mémoires de V Académie des Inscriptions, les honneurs qu'on lui avait rendus à Rome et à Florence, etc., etc. ^ ». Cette vanité, il faut le reconnaître, est une ombre au tableau de la vie de l'abbé Renaudot. Les ennemis desjansénistes y trouvaient sans doute la marque de l'esprit de secte, et la preuve que ses vertus n'étaient qu'apparentes. Mais combien y en avait-il, parmi ceux qui osaient lui jeter la pierre, qui n'eussent jamais caressé les rêves de l'orgueil ?
Renaudot avait pour ses amis une affection profonde et un dévouement à toute épreuve. Bernou lui écrivait : « Vous ne sauriez croire combien mon amitié pour vous augmente de jour en jour par l'empressement que je