‹ L'Abbé Eusèbe RenaudotChapitre 98 sur 138 · O/y. cit.. chap. m, p · texte numérisé non relu

O/y. cit.. chap. m, p

vois que vous avez à servir vos amis ^ » Nous l'avons vu au clievet de Racine malade, et adoucissant la solitude de Boileau. Il resta fidèle à Pomponne disgracié, à loute la famille des Arnauld, à d'Aguesseau qu'il inscrivit parmi ses héritiers au moment où Louis XV lui avait ôté les sceaux, au cardinal de Noailles quand sa dignité était exposée aux plus sérieux dangers. En retour, il recevait de ses amis des marques non équivoques de sympathie et de dévouement. Racine, Boileau, Valincour, d'IIerbelot, les familles des Noailles et des Pontchartrain, les Arnauld et bien d'autres, lui en donnèrent les preuves les plus touchantes.

Mais vertus et défauts furent bientôt oubliés. Les principaux ouvrages de Renaudot avaient tiré leur importance des circonstances mêmes dans lesquelles ils avaient vu le jour. Quand les controverses qui les avaient fait naître furent calmées, le silence se fit sur ses œuvres. On ne considéra plus en lui que Fhomme de parti. Son rôle comme « appelant » l'avait rendu cher aux Jansénistes, qui se couvrirent de son nom comme d'une gloire ; sa réputation eut peut-être à souffrir quelque peu de cet accaparement.

De nos jours, les études orientales et la théologie positive commencent à reprendre dans FÉglise la place qui leur appartient. Les liturgies, en particulier, sont l'objet d'études multiples. A ceux qui songent à s'adonner à ces minutieuses et patientes recherches, Renaudot mieux que personne était digne d'être présenté comme exemple ; sa vie et ses œuvres font voir ce que peuvent la téna-

1. Lettre du 19 octobre 1G83. Papiers Renaudot, t. XLII, f. 54.

cité, rarJcur au travail et l'érudition consciencieuse. S'il ne fut pas un génie, il fut du moins Tun des plus grands dans la pléiade des érudits qui furent la gloire de la science et Thonneur deTEglise de France à la fm du xvii*^ siècle.

Le Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale possède un portrait de Renaudot. L'abbé y est représenté de face, en rabat et petit collet; les proportions du corps paraissent celles d'un homme de taille moyenne; une perruque très simple et légèrement frisée laisse à découvert un front large ; le visage est plein, arrondi plutôt qu'ovale ; les sourcils se rejoignent; les yeux protégés par de larges paupières paraissent fatigués, le nez est droit, les pommettes hautes et saillantes, la bouche fine et petite, formant au coin des lèvres de légères fossettes, le menton un peu trop petit; cet ensemble donne une physionomie intelligente et distinguée, assez austère, et semblant faire quelque effort pour paraître moins sévère. Le cartouche porte l'inscription : Eusèbe Renaudot de V Académie Françoise^ mort le 1" sept. 1720, âgé de 47 ans [sic au lieu de 74).

Au-dessous, on lit l'épigraphe suivante, en rimes du goût de l'époque :

Après le docte Arnaud, par des écrits célèbres

Il soutint et vengea la Foy :

De l'Histoire il perça les profondes ténèbres, Aussi favorisé de l'appui de son Roy, Il fut l'auteur fameux de l'utile Gazette. Renommée, à ton tour, prens pour lui ta trompette.

(Moraine.)

Dom Mabillon et Dom Michel Germain, faisant un voyage scientifique en Italie, en 1685, s'arrêtèrent quelque temps à Rome où ils trouvèrent auprès de l'abbé Bernou un accueil des plus gracieux. Pendant leur séjour ils reçurent de Fabbé Renaudot le billet suivant : <( Si vous allez dans les monastères de Calabre où il y a eu autrefois des religieux grecs, vous y pourrez trouver quantité de bonnes choses. On a autrefois tiré de la bibliothèque de Grottaferrata la liturgie grecque qui est imprimée sous le nom de saint Marc. Elle a été mise dans les pièces de rebut; cependant elle a son mérite, et je la trouve si conforme à celle qui est en usage parmi les Cophtes, que cela me fait croire qu'elle est ancienne de plusieurs siècles, et peut être l'ancienne liturgie du

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patriarcat d'Alexandrie, qui a pris le nom de saint Marc, comme celle de Jérusalem celui de saint Jacques. La grecque n'est plus en usage, mais elle y a été du temps de Balsamon, qui la cite en répondant à Marc d'Alexandrie et lui dit qu'il ne s'en faut pas servir, mais se conformer aux rites de la nouvelle Rome. C'est ce qui s'est fait sans doute dans la suite, et c'est un système que j'ai fait dans un projet de dissertation sur les liturgies orientales, conforme à la vôtre sur la liturgie gallicane ^ ».

Le projet de dissertation que l'abbé Renaudot avait déjà écrit en 1G85 devait rester longtemps inédit. La dissertation elle-même fut retouchée mainte et mainte fois, avant de prendre place dans la Lilurgiarum orientalium collectio, en 1715.

Nous avons raconté dans la première partie de cette étude comment, pour asseoir sur de solides fondements l'œuvre polémique qu'ils avaient essayée dans la Perpétuité de la foi de VEglise catholique touchant VEucharistie^ contre les livres du sieur Claude^ Arnauld et Nicole avaient fait faire en Orient une recherche attentive de témoignages, de symboles, de professions de foi. En môme temps, Colbert, jaloux d'assurer à la France la primauté dans toutes les branches delà science, envoyait des savants recueillir en Egypte, en Turquie, en Asie, les manuscrits orientaux destinés à former la Bibliothèque du roi ou la sienne propre"^. Parmi ces manuscrits, plu-

1. Lettre du 8 août lfiS5. Correspondance des Bénédictins, t IV, f. 90 (Bibl. Nat., f. fr. neSl). — Le traité De liturf/ia Gallicana de Mahillon parut cette même année 1G85.

2. Cf. Omont, Missions urcJiéolofjiques françaises en Orient, Paris, 1002. Collection des Documents inédits.)

sieurs contenaient des liturgies orientales. Renaudot les étudia tout d'abord afin d'apporter sa contribution à l'œuvre d'Arnauld, puis dans l'intention de connaître plus à fond une Histoire des doctrines qui lui tenait au cœur. Sa contribution à l'œuvre d'Arnauld occupe une place honorable dans le troisième volume de la Perpétuité. Dans une sorte d'appendice, à la fin du livre YIII, il s'efforce de prouver « l'union des Églises d'Orient avec l'Eglise romaine sur l'Eucharistie... par les liturgies des nestoriens, eutychiens et maronites ^ ». Ce chapitre est court : deux pages et demie, dans l'édition de 1782 ; c'est tout ce qu'il avait extrait des liturgies. Mais ce n'était qu'une ébauche. Renaudot se remit à l'œuvre avec la ténacité que nous lui connaissons, et bientôt il eut achevé la version des liturgies syriaques et coptes. L'œuvre était d'une extrême difficulté. Avant de l'entreprendre, il étudia tout ce qui avait paru déjà dans le domaine liturgique.

On n'avait commencé à s'occuper sérieusement de ces études que vers le milieu duxvi^ siècle. Renaudot cite lui-même les œuvres qui furent successivement mises au jour : Erasme avait traduit en latin la liturgie de saint Jean Chrysostome. En 15G0, un chanoine de Paris, Jean de Saint-André, prêta son concours à une publication comprenant le texte et la traduction des trois liturgies grecques de saint Jacques, saint Basile et saint Jean Chrysostome, avec la messe des Présanctifiés ^. C'était le premier corps de liturgies que l'on possédât. Auparavant, l'on n'avait, des liturgies éthiopiennes, que

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