‹ L'abbé OlivierChapitre 10 sur 32 · LES PRÉDICATEURS · texte numérisé non relu

LES PRÉDICATEURS

manda de l'accompagner dans les lieux où leurs

voix se font entendre, ignorant qu'il s'adressait à l'un de leurs pins humbles frères.

Nous tournâmes d'abord nos pas, vers Notre-Dame, et suivîmes un nombreux auditoire aux conférences de 1 abbé de Ravignan. Marie- Rose, avec sa douce piété qui proscrit l'examen, priait, monsieur de Beliefond étudiait, et moi , je souffrai. — Exemple d'humilité chrétienne, Tavocat-général, homme des rangs choisis du monde, a voulu entrer dans les rangs réprouvés du clergé , et pour rester même dans les derniers de ceux-ci, a choisi l'ordre des Jésuites qui ne peut donner des princes à 1 église. Mais l'empressement laudatif de ses auditeurs , vient lui rendre en partie ces honneurs auxquels il a renoncé. Chaque dimanche les flots de la foule battent les murs de la basilique. Les hommes retrouvent le chemin de l'église oublié depuis long-temps ; il remplissent la nef immense, dont l'entrée leur est réservée; les femmes, placées dans les latéraux que trouble le bruit

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(hi dehors et séparées de la chaire, par res énormes piHers qui, semblables aux arl)res d'un ond)rage mortel , leur dérobent la parole de vie, viennent cependant, nombreuses et attentives, recueillir ce qui peut en arriver jusqu'à elles. Et l'antique parvis, à cet empressement insolite, pense quelquefois avoir retrouvé ses beaux jours.

Le lendemain, nous allâmes h St-Eustache, église située au plus sombre de Paris, et dont quatre lampes éclairent à peine le bas, tandis que les voûtes sont peitlues dans les ombres; église qui se souvientencore du tombeau qui fut le type originel de la nef chrétienne Cette architecture est favorable au recueillement, à la prière, mais ces dispositions servent mal l'orateur de la chaire ; sa ligure , vue en dessous, perd son expression , son regard ne peut se fondre dans celui de l'auditeur , il faut que sa voix, pour être entendue au loin d'une assistance plane, soii toujours à un ton élevé, peu fait pour rendre les émotions de l'àme;

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l'air humide qui régne ici refroidit moralement et tombe sur l'enthousiasme comme un voile de glace; et puis, surtout, au milieu de ces formes gigantesques du vaisseau, l'hom.me semble petit.... Tandis que je faisais ces réflexions, Tabbé Combalot monta en chaire. Audacieux au combat de la croix, il prêche le dogme avec la même hardiesse , la même confiance que pouvaient avoir les premiers apôtres, quand chaque auditeur croyait à leur parole. Ses discours n'ofl"rent rien de supérieur, rien de saillant, de trouvé, mais il se font écouter, parce que^tout y est dit avec chaleur, toujours avec la hardiesse de la diction et souvent avec celle de* la pensée qui, dans tous les genres, enlève le suffrage. Une chauve- souris, descendue des voûtes profondes, vint raser les flambleaux, puis se mit à planer en tournoyant sur la tête du prédicateur; elle semblait lui rappeler la ruine de l'église, et sur son front, laissait tomber de ses ailes grises une poudre sépulcrale : mais le militant orateur, de sa voix

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vibrante et de sa parole passionnée bravait rois(^aii funèbre , et repoussait le présage de mort.

Dans la jeune église de TAssoniplion , où régne la reine des anges, où brille la foule des plus élégantes dévotes , nous entendîmes l'abbé Degaerry , qui , au milieu de ce faste moderne , se plaît aussi parfois à embellir son langage des expressions pittoresques , des gracieuses séductions de style, innovées dans ces derniers temps. Puis, à Saint-Roch, Fabbé Cœur, qui voue à la cause sainte d'activés facultés, qui fait assez habilement de la science religieuse, qui, dans ses investigations aux champs du passé , trouve couchées dans les cercueils des pères de l'église, des armes dont il se sert heureusement, et amasse sur leur mousse un parfum de piété qui nous charme, au moins connue souvenir....

Mais dans tout cela , mon Dieu , il n'y a ni prêtres , ni temple, ni fidèles, ni prières; c'est un dogme mort , enfermé dans des fornudes

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mortes, qui attirent ratteiUion, tout au plus, jamais la croyance.

Si nous descendons aux membres obscurs

que le carême amène en foule dans les maisons du Seigneur. Ils en sont au même fond , aux

mêmes formes oratoires, qui durent être adoptes aux premiers temps. Ils combattent le paganisme comme si une seule de nos pensées tendaient seulement à retourner à Jupiter; ils lancent Tanathême contre cette déplorable religion qui portait les hommes, disent-ils, à adorer les idoles de pierre et de bois , à se prosterner devant des plantes et des animaux , tandis qu'ils savent bien , dans leur for intérieur, que les anciens n*adoraient en toutes ces choses que la représentation de la Divinité, les s'gnes symboliques du mouvement des cieux... Puis, les voici, tonnant contre la philosophie du dixhuiiième siècle; ils ont toujours son fantôme devant les yeux , et le menacent du geste et de la voix. Il me semble que j'entends un jeune homme de l'auditoire leur dire

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f Pour Dieu , monsieur l'abbé , ne nous parlez plus (les rires voltairiens , et des armes de ^'ironie , qu^en avons-nous à faire aujourd'hui ? Nous ne voulons pas abjurer du passé, tout ce que Voltaire en abjurait, et pour ce qu'il faut en combattre , nous avons nos bonnes armes fraîches remoulues , tranchantes et reluisante, nos bonnes lames bien trempées , qui frappent les préjugés d'estoc et de taille , n'abattent pas mal la tête aux vieilles doctrines , pourfendent assez joliment les squelettes du passé, sans trop s'ébrécher sur leurs os... Mais Yoici bien mieux que cela. Dans ce beau jour de carême , on vient nous parler de la fm du monde et du jugement dernier ; ( le soleil dans toute sa splendeur brille à travers lesr

vitreaux de l'église); on nous dit qu'à cet in siant horrible, les étoiles tomberont, comme les fruits d'un arbre agité par le vent d'automne... Eh mon père! calmez-vous, dans ce raoment-ci , à deux pas de nous, l'académie des sciences s'occu[)e à énumérer les astres

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