M?' FANTAISIE*? DU MALHEUR
belle ou une grande pensée, par les tourraens que cet homme me causait lorsqu'il approchait devons, par la fièvre qui m'a lié huit jours à un lit de douleur , quand une fois , j'ai cru que son souffle vous avait touchée , par tous les instans de ma vie, par tous les pores de mon être, j'ai écrit avec mon sang que j'étais à vous, vous m'avez répondu que vous étiez à moi .
Effrayée de cette effervescence , et tremblante comme si ces droits que je revendiquais eussent été ceux d'un père, et qu'il y eût crime à les braver, étourdie de cette culpabilité inattendue , et ne trouvant pas une parole pour se justifier , Marie-Rose restait dans la plus complète immobilité. Plus irrité encore par cette résistance passive, dans une contradiction nerveuse, j'enfonçai si fortement un cachet que je tenais dans le cuir du bureau , que le manche de cristal se brisa entre mes doigts, vint enfoncer dans ma main sa pointe dentelée, et la couvrit de gouttes de sang. A cette
LSS FANlAlSiR» I>L WALilLtR. 2391
vue, Marie-Rose sentit son cœur qui se fondait: plus (le crainte, plus de colère, elle se laissa pencher vers moi, et ses lèvres s'appuyèrent sur ma main déchirée.
— Oh! femmes, enfans ! m'écriai-je, qui ne plaignez pas un honnne pour le sacrifice inu* tile de sa vie, et qui vous attendrissez sur lui pour une faible déchirure de sa chair, qu'il ne sent pas... Oh! mille pointes de verre dans ma poitrine me feraient moins de mal que
Elle m'interrompit :
— Injuste! s'écria-t-eWe, ces droits que vous prétendez avoir sur moi, ces droits sacrés, je les reconnaissais ainsi que vous, quand vous ne les réclamiez pas si durement. — Tenez, monsieur, voici la lettre de faire part que je vous adressais, moi.
Elle me tendit le papier écrit qui était sur le bureau, et ses veux retombèrent sur ma main qu'elle avait gardée entre les siennes, et dont r}lle essuyait le sang avec son mouchoir.
Je pris la lettre, et je la lus en tremblant
•56 LES FANTAISIES I>U MÀLBEI7B.
• « Au inonionl de coiilracîer une autre unioQ, je sens plus vivement les iiens qui m'ariachaient à vous. Ces iieas sont peut-être imaginaires. Peu 'iceoiiiuinée an la.niça^^diî ni{):)r]e et (les hi)uiim\s, j'ai peut-être ilonné uw^ li'op grande valeur aux [jaroies usitées envers les femmes; peut-être aussi, ce que je crovais voir d'aiïectueux en vous, n'était-ii que le relîet de mon cœur. En effet, tandis que vos veux et quelquefois votre bouche, avaient l'expression de la plus vive tendresse, jamais cette tendresse ne s'est appuyée sur une parole précise, jamais votre conîiance n'est venue la sceller. Je ne sais rien de votre vie, hélas! j'ignore même s'il vous est permis de la consacrer : ainsi, je risque en parlant la première d'être prise pour une e.ifant présomptueuse et ignorante des foiines convenues...., mais qu'importe cette fierté de jeunefilleet cette [letite vanité comp!'omise;sans rien demander , sans i ien attendie , je vous rend l'arbitre de ma destinée. Si ce maiiage vous lait souifrir, il ne s'accomplira pas...