‹ L'abbé OlivierChapitre 2 sur 32 · RÉFLEXION · texte numérisé non relu

RÉFLEXION

Outre l'attrait irrésistible de voir chaque jour une créature aussi accomplie que mademoiselle de Bellefond , et de chercher avec

crainte et délice à obtenir une légère part de

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ses affections , un autre charme m'attire dans la petite société dont elle est le centre. Là, je peux me fuir moi-même , là , ma profession étant inconnue, je suis réellement soustrait pour quelques heures à sa chaîne ; je parle tête levée , je suis homme du monde , je me livre à toutes les fantaisies de la pensée , sans que personne puisse reprocher à son audace de contraster avec mon état. Là , nous sommes tous égaux , au foyer du salon , au thé de la veillée ; empressés causeurs , qui battons la campagne pour cueillir la fraîche nouvelle , pour attraper au vol la fugitive actualité , heureux surtout , de voir quelque personnage célèbre en simple mortel , de regarder dans leur déshabillé , les acteurs qui jouent leur grand rôle sur le grand théâtre , de découvrir les faiblesses de celui qu'on nomme fort , et d'attacher un grelot à sa robe de docteur.

Mais ici , mes tristes réflexions me poursui* vent sans cesse : je me vois entouré de jeunes hommes comme moi , et chacun d'eux à un

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étal (iont il peut se glorifier , un titre Mevant rhumanité.

Le médecin voit le monde plein de souffrans qui l'implorent. L'avocat , à la ville et à la campagne, est entouré de [>laideurs; il n'y a'que cela sur la terre. L'ingénieur ne foule que des mines à exploiter , des routes à frayer , partout la terre l'attend. Chacun, entouré de ce qui s'adresse à lui , se croit au premier nMe. Il semble que la terre soit taillée à facette , afin que chacun s'empare de ce qui lui convient.... mais moi, par quel côté puis-je me prendre à mes semblables : la face chrétienne a disparu !

Un homme se rend plus assiduement que tous les autres aux soirées de M. de Bellefond. C'est un riche manufacturier , nommé Dubeaupré. Il dirige avec succès une des plus fortes fabriques d'étoffes de laines du faubourg Saint-Antoine, et nourrit les flots du commerce de ses abondans produits.

C'est un homme de trente-huit ans, rond et droit comme un marronnier, la tète grosse.

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plate et chevelue, arrogamment rejetée en arrière. Il est connu dans toute la sphère industrielle par les belles teintures de ses lainages. La popularité l'environne. Il procure aux femmes et aux élégans des étoffes plus moelleuses, il donne des places dans ses vastes ateliers, il prêle de l'argent, il arrête la faillite imminente, il soutient l'honneur du commerce , il est la force par excellence.

A l'exposition des produits de l'industrie, qui eut lieu en 1832, dans les baraques construites sur la place Louis XV, le roi alla le trouver au milieu des draps, des mérinos , des stoffs , qui formaient sur la tête l'auréole du fabricant, et l'entouraient de leurs trophées, et sa majesté s'entretint long-temps avec lui. Il était curieux de voir cette royauté et cette aristocratie de fraîche date, se donnant et se rendant de grands témoignages de considération. Arrivés de la veille sur le dos du peuple, bien paisiblement installés au sommet de la fortune, tandis qu'au bas de la montée, hennis-

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