LE MARIAGE ET LE SACERDOCE
mous commencés , firent une étroite place ait Loi contenant le léger repas.
Ensuite , Victorien sortit avec son ami pour l'accompagner k sa demeure de la place Saint- Sulpice. Dans le trajet , ils suivaient le boulevard d'Enfer. Un tronc d'arbre renversé et couché sous les autres, leur offrit un banc où un instant ils se reposèrent. Le jour avait encore toute la fraîcheur et la pureté du lever , et déjà toute la splendeur du midi. Ils étaient assis devant un enclos, dont une balustrade, seule les séparait ;et au-delà, se présentait un gracieux tableau.
Une jeune femme assise sous un tilleul, tenait un nourrisson entre ses bras.
— Vois , dit Olivier , quelle harmonie dans ce simple spectacle! cette blonde et fraîche créature allaite son enfant. Dans les rameaux de l'arbre, un m.ouvement inusité, une rumeur gazouillante annonce la présence d'un nid d'oiseaux, où la famille reçoit la pâture du matin. En même temps, ces jolis groupes des
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(leurs jaunes du tilleul, secouent leurs élaniines dans les vents chargés de les porter aux calices qui les appellent.
— Oui, dit Victorien, tout ce qu'il y a de vivant proclame la bonté de Téternel en jouissant de l'amour, son plus grand bienfait.
Il était bien beau de courage et de résignation , ce jeune prêtre qui regardait ainsi sans trouble et sans soupir, le paradis qui lui était fermé.
Olivier le fixa attentivement.
— Dites-moi , admirable chrétien , lui demanda-t-il , dites-moi où votre àme s'est si fortement trompée pourenvisager tranquillement ce bonheur qui la fuit? Vous êtes semblable à l'arbre desséché qui reste immobile dans son enveloppe noire , tandis que les autres arbres, autour de lui , verdoyent , fleurissent , nouent leurs fruits et voient leur semence en tombant sur le gazon , y faire naître d'autres arbrisseaux h leur image. Connnent prenezvous, en patience, ces signes de bonheur in-
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sultant? Dieu les laisse impitoyablement s'amasser autour de yous, lui , qui mesure le vent (lu nord à la brebis tondue.
— En ayant toujours devant les yeux Tessence de la prêtrise , l'abnégation et ses fins , le sacrifice.
— Le sacrifice inutile n'est-il pas folie ?
— Dans tous les cultes , celui de l'autel sauvage et celui du temple civilisé , on a compris quelle chasteté particulière devait accompagner le sacerdoce. Chez les barbares du Nord où l'esprit religieux était si lucide et si heureusement inspiré, qu'il avait découvert Funité do Dieu, le soin des autels était confié a des prétresses pudiques qui se couronnaient de verveine, et obtenaient par leur vœu , la faveur de communiquer avec l'Etre suprême. Bien loin de là , c'était des vierges aussi qui gardaient le temple de Vesta. Elles devaient être fidèles à leurs vœux pour que la flamme continuât de brûler dans le trépied. C'est le symbole de la loi universelle. îl faut la pureté parfaite du
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prêtre, pour que le fou sacré ne s'étei|4iic pas dans son sein.
— Cependant, dit Olivier , nulle parole de Jésus-Christ , n'ordonne le célibat de ses ministres. Les prêtres se mariaient dans les premiers siècles , et, dans les églises d'Orient, se marient encore.
— C'est une raison de plus de penser que ce sacrifice était bien nécessaire, puisque la raison humaine, a suffit pour le décréter ; il fallait que le mariage fut bien antipathique au ministère du prêtre chrétien, pour qu'il s'en privât, sans un ordre d'en haut , et sans l'autorité des antécédens ; il fallait que l'exemple de chaque jour fut bien décisif, pour vaincre les plus séduisantes séductions.
— Et les satisfactions du cœur, le droit de chacun à une part de bonheur, n'ont plus été écoutés.
— Le christianisme s'est élevé d'une tombe : il a laissé dans le jardin d'arimaihie, avec les fleurs du voluptueux Joseph, toutes les sen-
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sualités humaines ; il est monté pur et immatériel. t*our nous, ministre de ce culte , l'ordination est le tombeau où nous devons laisser l'enveloppe des passions, pour en sortir transfigurés. Ainsi pas de vains retours vers des plaisirs dont notre imagination seule fait souvent tout le charme. N'oublions pas que le trait caractéristique de la religion chrétienne est de placer le bonheur au-delà de ce monde. Le prêtre, plus que tout autre doit montrer dans sa vie, sa persuasion de ce dogme. Il est le ministre d'un Dieu immolé, il porte un robe faite d'un pan de son linceuil , il doit réfléchir, la vie de son maître, et on ne voit pas le lac peindre dans son sein une colline fleurie , quand c'est un rocher sombre qui surplombe sur ses eaux.
Le célibat convient au prêtre pour la consécration de son caractère : la solitude est favorable à l'étude de l'âme, l'ombre du sanctuaire exalte la piété, le silence protège la succession des pensées, l'éloignement du monde
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îraièiic la niéditalioii et le câline lucide qui juge sainement de toute chose. Au lieu de cela, vous voulez lui oflrir, dans la commune ré- })artition, sa petite part des félicités terrestres... Il lui faut , à lui, quelques éclairs du bonheur immense des contenn/iations du ciel... ou plutôt il lui faut la souffrance, la souffrance qui élève l'ame, et le sacrifice qui Tépure.
Le célibat est nécessaire au prêtre pour la conservation <le sa dignité. Il faut que les hommes ne le voient pas vivre, vivre avec eux manger leur pain, respirer leur air. Celui-ci, dira-t-on, qui vient dans les assemblées mêler sa parole aux propos étourdis et joyeux, qui discute ses opinions, qui prend cause dans les luttes sociales, dont le regard s'entlamme à de poétique fictions, dont le cœur palpite à d'enivrantes symphonies, en quoi difi'cre-t-il de moi, pauvre être d'argile, qu'a-t-il de divin pour que je dévoile ma conduite à son tribunal, que je reçoive ses arrêts comme ceux vie Dieu même, pour qu'il fasse un chrétien de