‹ L'abbé OlivierChapitre 23 sur 32 · LE MARIAGE ET I.K SACERDOCE · texte numérisé non relu

LE MARIAGE ET I.K SACERDOCE

mon enfant qui vient de naître pour qu'il me donne la vie éternelle, si je l'appelle à mon lit de mort?... Non que le prêtre reste entre l'homme et les esprits supérieurs ; qu'il ne tombe pas dans les rangs de Thumanilé; un homme, quelque digne qu'il soit, ne serait plus lui*

— Et le ministre protestant, Victorien , com. ment expliques- tu sa moralité et sa prépondérance jdans le peuple ? Il est père de famille et pasteur de fidèles.

— - Le ministre protestant n'a dans sa journée ni actes mystérieux à remplir ni miracles à concevoir. Il rejette la présence réelle, la confession auriculaire , l'omnipotence surhumaine du chef de l'église. Il est seulement le magistrat des consciences : il peut manger son pain en famille , et dormir sous le regard d'une femme.

Il y a trois siècles, un formidable vent du nord est venu ravager le sol qu'avait couvert de pousses nouvelles l'ardente saison de ferveur religieuse; il a fait un terrain nu dont les

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plantes, filles du ciel , ont été arrachées , où Ton voit, sur Tari^'ilc, l'eniprcinle de la sandale des lionunes.

Quand la religion n'a plus été que la raison humaine, le' prêtre a du n*ètre plus qu'un homme : il s'est marié.

Mais le prêtre catholique, lui, qui est marqué d'un sceau invisible, on le prend sur la cendre où il doit faire pénitence pour ses frères, on le prend dans le confessionnal où sa parole est celle de Dieu même, on le prend à Tautel où il reçoit, en réalité, le corps et le sang de Jésus- Christ, et on en faitTégal, Tamant et le serviteur d'une femme.

Voyez-le quand le jour se lève; c'est l'heure

où jaillit en mille élincelles la vie renouvelée ,

c'est l'heure simple, aimante, mélodieuse, où,

dans la nature qui chante et s'épanouit, tout

scintille de lumière, bouillonne de jeunesse et

de vigueur.— C'est l'heure aussi marquée pour

la prière, pour élèvera Dieu, l'àme plus forte

et plus ardente; — c'est l'heure où celle qu'il

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aime lui paraîtra plus belle et plus digne d'amour; — c'est Iheure aussi, où la messe sonne.

Etrange préparation au divin mystère de rimmoialion du Christ que l'aptitude exclusive au bonheur!...

Et rinfluence de ce tendre réveil ne se ferat-elle pas sentir dans toute la journée? La douce sollicitude paternelle ne s'emparera-telle pas de tous les instans. Il faut veiller à leducation de son lils, suivre cette jeune intelligence dont on a soi-même allumé le rayon. Il faut rester quelques instans au chevet d'une fdle malade, pauvre ange souffrant, que ne soulagent que les baisers de son père. Oh! pour eux deux, pour les voir croître et s'épanouir, dans une atmosphère de bien être, on pourra tout entreprendre, faire la cour aux puissans du jour, s'attacher à la glèbe du calcul et des spéculations pour grossir sa fortune. C'en est fait, que l'office commence, que les psaumes, se chanteni, que les pénitentes restent attendant

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aux portes du confessionnal , il n'y a pas de place dans la vie de l'iioinme pour le prêtre.

— Mais, dit Olivier, en demandant aux prêtres une vertu surnaturelle, il en est toujours quelques-uns d'enlr'eux qui ne l'atteindront [)as, et ils donneront au inonde le spectacle de la faiblesse victorieuse.

— Eiî ! mon Dieu , répondit Victorien , pense-t-on remédier h ce scandale^ par le mariage?

En donnant au prêtre une compagne pour compléter sa vie, c'est le besoin de son cœur qu'on veut satisfaire.

Pense-t-on que la femme jetée dans ses bras par le hasard , les rapports de famille , les convenances de fortune , soit précisément celle qui pouria se marier à son ame, et lui faire connaître le bonheur de vivre à deux?

Non. El préparé par cet essai de satisfaction , attiré dans la société des femmes par sa position, il aimera ailleurs; et l'amour, qu'on voulait éviter, deviendra bien pi us scanda-

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leux, chargé du nom d'adultère et des larmes d'une lemme.

Il est bien étonnant que vous soyez si persuadés , époux d'aujourd'hui , qu'il suffise d'avoir un mari ou une femme pour ne pas aimer autre part.

D'ailleurs on doit convenir qu'en ce moment le mal n'est pas la. Oh ! si nous étions encore au temps où le clergé habitait les régions les plus élevés de la société , les remplissait de son faste , de sa mollesse , de ses insultantes voluptés , au temps où les courtisans se portaient en foule dans la ville où il devait y. avoir un concile, au temps, plus rapproché, où il était doux d'être évêque, parce qu'au haut de la hiérarchie étaient les maîtresses les plus belles , certes alors on pouvait se mettre en peine de remédier à de semblables abus. Mais tout cela est bien loin. Aujourd'hui , le clergé est bien moins en lumière, occupe bien moins les regards; il est d'ailleurs, géuéralement, plus pur dans ses mœur^ ou moins bruyant

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dans SCS amours ; el , quanti à quelques liaisons vulgaires qui peuvent se passer soug son toit, qui voudrait aujourd'hui s*eu inquiéter, et revenir aux chélives railleries qui ont tant égayé nos pères ; qui voudrait relever ces oripeaux, loucher du doigt à ces vieilleries? Non, encore une fois, le mal n'est pas là. — Ce qui tourmente les penseurs de notre âge , c'est qu'à leur gré, le clergé, au lieu detre au-dessus de la foule pour la gouverner, n'est pas même à son niveau ; c'est qu'il ne sait pas saisir l'esprit humain dans ses erremens, l'arrêter de par la loi ; c'est qu'il ne connaît pas ce qui a passé avant lui el ce qui doit venir après; c'est que le sens historique n'est pas développé sous le capuchon ; c'osl que rien d'enthousiaste el de fraternel ne bal sous la soutane... Ainsi, quand le prédicateur de la religion de l'Etat, au milieu d'une de ses plus riches églises , est là , dans la chaire suprême , le pied sur la tête du peuple , et le regard vers le ciel, en présence de son siècle et de sa i-e-

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