LE MARIAGE ET I.E SACERDOCE
du noble ecclésiastique ; Paula avait manifesté le désir le plus ardent d'entendre sa parole ; et, lui-même, dès ce moment, avait conçu le dessein d'aller trouver le saint consolateur des
âmes inspiration qui avait disparue trop
vile hélas! et l'avait laissé livré à tous les désordres de la passion. Mais qu'il avait enfin suivie cette nuit même et qui lui avait fait retrouver à la fois le prêtre de Dieu, et l'ami adoré de son cœur.
Lorsqu'ils furent arrivés à la cellule de la place Saiut-Sulpice, Olivier donna à Victorien, une lettre pour le père de Marie-Rose, dans laquelle il annonçait que, retenu dans sa chambre par une maladie grave, il adressait à mousieur de Bellefond son ami le plus intime, pour se réunir encore, autant qu'il dépendait de lui, h une famille qui lui était si chère.
ZZII.
Un coup ï>f faulr.
Un jour de passion profonde , où s'unissent les deux natures, révèle des joies et des douleurs indicibles ; il ne se lèvera pas deux fois dans la même vie.
M"« A. DcriN.
Ce n'était plus l'alcôve de la belle et noble (lenioiselle, ornée de luxe et de mystère ; re- ])osoir élevé à la douce pudeur , et, loin de de tous les yeux, paré pour elle seule. Les ri-
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deaux étaient rudement ouverts par les agens de la médecine, docteur et garde-malade. Le délire avait froissé le lit sous des mouvemens convulsifs. Depuis cinq jours, depuis la messe où elle avait découvert le funeste secret de la destinée d'Olivier, Marie-Rose, gisait sur cette couche, en proie à une fièvre qui, à défaut de la raison, lui retraçait les affreuses impressions de ce moment, et se chargeait d'en perpétuer la douleur.
Près de là, était assis monsieur de Bellefond : la figure du vieillard portait l'empreinte d'une profonde tristesse , semblable à une couronne d'épines sur son front majestueux.
L'abbé Victorien le fit appeler et lui remit la lettre d'Olivier.
En lisant, à la première ligne, le nom de celui qui l'apportait, monsieur de Bellefond s'interrompit, salua Victorien avec respect, puis, lorsqu'il eut fini :
— La maladie de ma chère enfant, dit-il, m'a empêché de remarquer autant que je Tau-
rais fait eud'autres circonstances l'absence de notre ami. J^étais absorbé tout entier par l'état de ma fille. Je sens d'autant plus vivement à cette heure le chagrin que m'inspirait depuis long-temps la langueur et les souffrances de notre cher Olivier. Je le remercie du bienfait qu'il exerce envers nous, en honorant notre demeure de la présence de Tabbé Victorien. Votre réputation, monsieur , avait heureusement pénétré jusqu'ici , et on admirait dans celte maison le prêtre digne de ce nom, avant d'avoir le bonheur de l'y recevoir.
Alors Victorien, introduit par monsieur de Bellefond, alla se placer au chevet du lit de Marie-Rose.
Celle-ci avait l'œil errant , sans regard et sans pensée. Elle balbutiait les phrases discordantes du délire. C'était des souvenirs d'autrefois qui se faisaient connaître par des chants
et des rondes enfantines C'était un mot qui
rappelait ses premières parures, un motif de ses premières contredanses; c'était l'aile d'un
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papillon mort qui tournoyait encore dans cette nuit d'automne... Puis, venaient les plaintes vagues, où passaient tour à tour les soupirs, les pleurs les secousses douloureuses de ces derniers temps, de ces temps d'amour et de malheurs.
Victorien regardait avec toute la pitié de son cœur cette touchante créature. Il retrouvait ces grâces déjeune (ille, dont Olivier lui avait tant parlé dans le récit de sa vie, sous la figure défleurie qu'il avait devant lui ; il suivait les contours homogènes de ses grands yeux bruns, de ses lèvres aux douces ondulations,, de ses joues d'une courbe si gracieuse ; il voyait la beauté de la veille sous les ravages du jour ; il s'attendrissait jusqu'au fond de l'âme sur ce malheur si grand, caché sous des apparences si sereines... Pauvre jeune fille!... c'était bien la plante coupée h la racine par un ver ; on ne voyait pas un nuage au ciel, on ne pouvait pas dire qu'un vent funeste eût soufRé par là, et cependant il fallait mourir; qu'avait-elle donc fait pour être ainsi punie? Mais soudain il
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pensait que la Providence a une réf>onse à toutes nos plaintes, quoiqu'elle ne daij^Tie pas toujours nous la faire entendre.
Au milieu des ë^'aremens d'une âme malade, le regard agité de 3Iarie-Rose, rencontra le regartl de Victorien. Alors ce qu'il y avait d'étranije et de délirant sur sa figure, disparut. Le ciel, la raison, la vij, redescendirent avec ce ravon dans son sein. Son visage reprit l'expression qui lui était naturelle; elle appela son p»ère et voulut l'embrasser.
Monsieur de Bellefond , pleurant de joie d'être enfin reconnu, lui nomma Tabbé Victorien , et lui dit comment le digne prêtre, ami d'Olivier, venait les visiter. Marie-Rose n'avait pas encore repris toute sa raison , mais ce qu'elle devina de la connaissance que le jeune ecclésiasli |ue pouvait avoir de ses peines , et le nom d'Olivier qui résonna dans son cœur, tirent passer un éclair ardent au milieu de la pâleur de son teint. Peu h peu le souvenir lucide revint à la place des tableaux prestigieux.