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Naturellement, le Révérend Pèreleur rend politesse pour politesse.
Le yourle comprend deux familles. M. Petitot mangera dans le même plat et couchera sur le même divan que ses hôtes ; toutefois, pour sauver les convenances, il aura la tête aux pieds des dames. Si seulement c'était des petits pieds de françaises, lavés, parfumés, seatant la rase; mais non, pauvre Père Petitot !
A toute heure de la nuit, ses hôtes le réveillent pour lui offrir à manger. Il prie qu’on le laisse dormir. Ces bonnes gens sont très étonnés, car il n’y a pas devant l'Eternel de plus puissant mangeur que l'Esquimau. Il a toujours faim et toujours il mange. Par simple collation, il grignote deux saumons crus qui suffiraient pour le diner de vingt français. L'approvisionnement normal d’une station d'hiver est de vingt-quatre livres par personne et par jour. Que sont, auprès des Znnoït, les Anglais etles Allemands ?
M. Petitot est émerveillé. Cependant il n'a pas vu ses Esquimaux en un jour de grande abondance, dans les mangeries pantagruéliques où leur voracité se donne pleine satisfaction. Ils sont alors dans toute leur gloire. Ivres de mangeaille, ils s’endorment sur le dos, la bouche ouverte. Et pieusement, amoureusement, la femme emplit cette bouche, la bourre avec les doigts, à mesure que se
fait la déglutition. De temps en temps le mangeur, le patient, si l'on veut, laisseéchapper un soupir et ce soupir est un grognement de satisfaction. Son ventre est gonflé, prêt à éclater; son estomac déborde, sa bouche est pleine
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jusqu'aux lèvres : il est heureux; il a un avant-goût du paradis esquimau.
Eh bien! cette gloutonnerie, qui nous semble répugnante, est une nécessité. Sans une alimentation extrémement forte, il serait impossible à l'Esquimau de supporter des froids de 40 à 60 degrés centigrades au-dessous du zéro ; sans un fort approvisionnement de graisse, il ne survivrait pas aux disettes terribles qui souvent l’affligent.
Il ne manque ni d'activité, ni d'adresse. Il reconnait cependant que l'ours est plus habile que lui, et souvent il dit : « Ah! si je pouvais parler aussi bien que l'ours ! » Très patient, très habile, il fait aux phoques et mêmes aux ours des discours admirables, très persuasifs, mais les méchantes bêtes font la sourde oreille et s'appliquent à esquiver le harpon ou le coutelas.
Si l’une d’elles se laisse prendre, l'Esquimau lui demande humblement pardon, lui expose sa misère et s'enferme plusieurs jours en signe de deuil. Cependant, si la chasse ou la pêche est fructueuse, comme les souverains de l’Europe à l'occasion d'un bal, il ajourne ou suspend la manifestation de sa douleur ‘.
Chez Innonarana, les vivres ne manquent pas, et,
4 Voir Elie Recus, Les Primitifs, études d'ethnologie comparée, livre du plus haut intérêt et trés bien fait. Paris, Chamerot, 1885. Une partie de ce beau livre a été écrite chez M. Dumesnil, à Vascœuil, dans une tourelle qui domine la vallée de l'Andelle, où Michelet a écrit plusieurs chapitres de son histoire de France, et M: Elisée Reclus, l'Histoire d'un ruisseau.
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