‹ L'abbé Petitot chez les Grands Esquimaux [microforme]Chapitre 5 sur 8 · CON · texte numérisé non relu

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prennent la fuite à travers bois. Il les suit, et c’est seulement après trois jours d’une course folle qu'il parvient à calmer un peu leurs craintes et à les ramener au bateau. J1 n’a plus ni guides, ni vivres, ni instruments : tout a été pillé. Pour cette fois, il lui faut renoncer à voir la mer

Glaciale et revenir au fort Good Hope ou de Bonne- Espérance.

Ce retour lui est pénible. « Je partis », dit-il, «le cœur brisé de n’avoir pu faire autre chose pour ce peuple que de semer quelques enseignements touchant les grandes vérités chrétiennes ; mais ces vérités dogmatiques et morales, pour la prédication desquelles des Français entreprennent d'aussi longs et pénibles voyages, n'avaient été accueillies que par des rires

moqueurs et des plaisanteries de mauvais goût. J’eus autant de succès parmi les Esquimaux qu’en aurait eu

un bonze qui serait venu prêcher Bouddha en plein Paris ».

M. Petitot a le mérite de la franchise.

Sile malheur d'autrui pouvait le consoler, nous lui rappellerions que les missionnaires de l'Amérique du Nord n'ont pas été plus heureux. Les Jésuites affirmaient, dans leurs fameuses relations, qu'ils convertissaient, par centaines et par milliers, les Iroquois, les Hurons, les Illinois, les Algonquins et autres ; ils nous donnaient pour des convertis des hommes qui se moquaient d'eux, ne croyaient pas un mot de leur enseignement et se lais-

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saient baptiser, aussi souvent qu’on le voulait, pour avoir des chemises blanches et du tabac.

Et comment M. Petitot aurait-il convaincu les Innoït de la supériorité de sa religion ? Il leur parlait d’un dieu jaloux, inflexible ; à l’imitation des Jésuites, il leur montrait des images représentant la mort du réprouvé, les supplices de l’enfer et autres belles choses du mêmegenre. « Quelques regards paternes » du Révérend Père ne pouvaient effacer l'impression produite, et les Esquimaux pensaient que ce serait folie à eux de changer, contre un dieu exigeant et terrible, un dieu quiles laissetranquilles . en ce monde et leur donne dans l’autre, à discrétion, de l'huile de phoque et des viandes crues. Quant aux dogmes, ils ne les comprenaient pas plus que ne les comprennent les vieux chrétiens de l’ancien monde. Ils ne manquent pas pour cela de religion. Comme leurs frères les Aléoutes, ils ont des choupans, des prêtres et des prêtresses, mais nous ne pouvons entrer dans les détails. Nous renvoyons aux Primitifs deM. Elie Reclus ceux qui désireraient se renseigner sur ces points délicats.

Il ne faudrait pas croire d’ailleurs que les sauvages admirent les Européens. M. Petitot lui-même nous en donne un exemple. Dans une légende qu’il a recueillie chez les Duné Flancs-de-chien, ces bons sauvages dépeignent ainsi des Européens venus dans leur pays : « Ils portaient un long et vaste habit rouge à revers, avec » de grands boutons, des souliers dont les tiges attei- » gnaient les genoux, un chapeau avec des cornes, ils » avaient au côté gauche un grand couteau pointu qui

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» traînait jusqu’à terre : un costume bien ridicule, .en s » vérité ».

Au xvrr' siècle, les Hurons disaient à un nommé Richer, qui vivait depuis deux ans parmi eux : « Jusqu’à présent

{1 : Moss lu as presque vécu en bête, sans connaissance et sans

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