LE MINISTERE DES CULTES
'abbé Mical était assis sur une chaise de grosse paille, un coude appuyé à la table. Il paraissait perdu en de profondes réflexions.
Capdepont poussa le fauteuil auprès duquel il se tenait debout, se rapprochant du professeur de morale. Il s'assit à son tour.
« Mon cher ami, dit-il, prenant dans ses mains les mains de Mical...
— Mais tu as la fièvre? interrompit celui-ci à ce contact brûlant.
— Mon cher ami, reprit le Vicaire-Général sans se laisser détourner de ses préoccupations, c'est en vain que tu t'efforces de me rassurer : j'ai des peurs d'enfant, j'ai des peurs terribles. Et sais-tu,
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LE MINISTÈRE DES CULTES. ij)
à rinstant suprême où se débat ma destinée, d'où me viennent ces terreurs qui me secouent,^ me brisent, me terrassent? Désormais, ce n'est plus de Paris, ce n'est plus même de Rome, c'est de Là- Haut! »
Il leva un doigt et montra le ciel.
• Mical, poursuivit-il, en toute cette affaire où ma vie se trouve engagée, je n'ai pas assez invoqué le nom de Dieu... Je tremble... Certes, quand l'idée de m'élever jusqu'à Tépiscopat envahit pour la première fois mon esprit, je ne pensais qu'à l'Église. C'était pour la gloire de l'Église uniquement que je songeais à gravir les échelons de la hiérarchie. Devenir comme un soutien pour elle, c'était si beau ! J'étais alors dans la jeunesse, et, bien que j'éprouvasse déjà certains mouvements d'irrésistible orgueil, les luttes si âpres de l'ambition n'avaient encore étouffé en moi ni l'enthousiasme ni la naïveté. Heureux temps de mon humble vicariat à Saint-Frumence et à Saint-Irénée ! Hélas! que de chutes depuis... J'ai voulu devenir évêque, et peut-être le serai-je un jour. Mais qui dira mon long martyre et les abaissements où j'ai dû descendre?...
• Oh ! il y a quelque cj^ose de révoltant dans la situation humiliante que les lois civiles ont faites aux prêtres à qui leur intelligence et leur vertu donnent le droit d'aspirer aux dignités eclésiastiques. En vérité, si on ne pouvait revenir à l'élection des
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évêques par les fidèles, comme cela se pratiqua saintement dans la Primitive Église, pourquoi ne point ériger le clergé de chaque diocèse en corps électoral, et ne point lui permettre, à la mort de son premier pasteur, de pourvoir luimême à la vacance du siège? On aurait sauvegardé ainsi la dignité et Thonneur du prêtre en général, la dignité et Thonneur du Souverain- Pontife, tenu de ratifier chaque jour, et souvent malgré lui, les choix imposés par les gouvernements. Mais non! il fallait qu'après avoir asservi toutes les institutions à sa volonté, le Premier Consul asservît également TÉglise. Les évêques pouvant devenir pour lui comme les préfets de^ consciences, il lui importait de tenir dans sa main ces nouveaux agents de son pouvoir* C'était là un* nouvel instrument de domination , instrumentum regni... -
t Aussi qu'est-il arrivé? L'Église, ayant accepté ou subi les Concordats, ces chaînes de fer qui la lient désormais à la politique des nations, a dû recevoir le contre-coup de tous les événements. Elle, faite pour planer dans le ciel bien au-dessus des peuples et des rois, quand on Ta vue amalgamée, confondue.avec le| intérêts terrestres les plus misérables, on Ta prise en haine ou en mépris. Puisque, au lieu de conserver son indépendance divine, elle s'était inféodée au prince quel qu'il fût, n'était-il pas naturel que, dans nos révolu-