‹ L'abbé TigraneChapitre 8 sur 21 · LE CHAPITRE DE S A I N T- 1 R É N É E · texte numérisé non relu

LE CHAPITRE DE S A I N T- 1 R É N É E

— Vive Pie IX! s’écria l’abbé Mical, levant un bras vers un portrait du Pape appendu à la muraille.

— Vive Pie IX ! répéta Capdepont avec enthousiasme.

— Vive Pie IX! » redirent tous les chanoine* en chœur.

Un coup sec retentit à la porte.

L’abbé Mical alla ouvrir.

O surprise ! Sur le seuil , apparut, pâle, défait, couvert de poussière, l’ancien secrétaire intime de Monseigneur de Roquebrun, l’abbé Ternisien.

a Comment, vous ici! vous, étranger à ce diocèse^ vous osez!... s’écria Rufin Capdepont, bondissant pour lui barrer le passage.

— Monsieur le Vicaire-Général capitulaire, dit l’abbé Ternisien avec une grande douceur, j’arrive de Paris à l’instant. J’ai ramené le corps de Monseigneur de Roquebrun.

— Il n’y avait donc pas de place dans le cimetière d’Arras pour recevoir ce cadavre ?

— Ignorez-vous, monsieur, que, depuis des siècles, les évêques de Lormières sont inhumés dans les caveaux de la cathédrale?

— Dans les caveaux de Saint-Irénée, l’évêque Roquebrun !

— Une coutume ancienne...

— Et vous avez compté sur moi pour procéder à cette inhumation?

«Si

— Sur vous, oui, monsieur... Mais, à votre défaut, sur la ville de Lormières, qui saura faire à ion évêque défunt des funérailles dignes de lui.

— Un scandale?

— C’est vous qui l’aurez voulu... Déjà la population tout entière se porte vers la gare, et les femmes du Quartier des Papeteries, qui n’ont pas oublié leur bienfaiteur, jonchent de branches de cyprès les rues que le cortège doit traverser.

— Le cortège!... De quel cortège parlez-vous, je vous prie ? demanda l’abbé Capdepont avec un étonnement ironique.

— De celui à la tête duquel votre titre de Vicaire- Général capitulaire vous fait un devoir de marcher.

— Mon devoir! vous osez parler de mon devoir, monsieur? Je ne l’ai jamais déserté, et plût au ciel que l’évêque Roquebrun se fût montré toujours esclave du sien ! Le diocèse ne doit rien à cet homme, qui le remplit de désastres et de ruines. N’est-ce pas lui qui, sous prétexte de réformer notre liturgie, la bouleversa de fond en comble ? N’est-ce pas lui que l’on trouva toujours impitoyable pour les misérables desservants de nos campagnes? N’est-ce pas lui qui, tout dernièrement encore, expulsait du grand séminaire les ecclésiastiq ues les plus respectables et les plus distingués? Enfin n’est-ce pas lui qui, s’élevant contre le désir manifeste de tout le diocèse de me voir, un jour, occuper le siège de Lormières, partit clandestine-

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