‹ L'abbé TigraneChapitre 9 sur 21 · LE CHAPITRE DESAINT-IRÉNÉE · texte numérisé non relu

LE CHAPITRE DESAINT-IRÉNÉE

ment pour Paris, dans le dessein d’y battre en brèche ma candidature et de la faire échouer?

— Rassurez-vous, monsieur, vos affaires ne sont pas aussi desespérées que vous paraissez le croire.

— Et qu’en savez-vous?

— Si vous avez pu être effrayé de ce que mon nom avait été mis en avant, bannissez toute inquiétude. Je ne serai jamais évêque. »

La franchise de cet aveu bien inattendu déconcerta Capdepont. Mais, songeant à Machiavel, il craignit qu’on n’abusât de sa crédulité.

« Italien ! a» murmura-t-il entre ses dents.

Il reprit d’un ton plus élevé, dévorant l’abbé Ternisien de ses deux grands yeux ouverts :

« Il n’en est pas moins vrai que, durant votre séjour à Paris, vous avez vu le Nonce, vous avez vu le ministre, peut-être l’Empereur...

— J’ai connu Monseigneur le Nonce Apostolique à Rome, il y a douza an* de cela.

— Et le ministre?

— Monseigneur de Roquebrun se trouvait dans un tel état de santé, que je m’étais fait un devoir de l’accompagner partout.

— Même aux Tuileries?

— Même aux Tuileries, quand ses affaires l’y appelaient.

— Ses affaires! s’écria l’abbé Capdepont dont la colère montait. Vous voulez parler des vôtres, sans doute?

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— Vos pièges sont peu dissimulés, monsieur : je les vois et je n’y tomberai point. Gomme il n’entre pas dans mes habitudes de m’emporter, je ne dis que ce que je veux dire. »

Ces paroles, articulées avec un sang-froid glacial, cinglèrent Rufin Capdepont au visage comme un coup de fouet.

» Vous l’entendez, messieurs, vous l’entendez I s’écria-t-il au comble de l’exaspération. Quand je vous assurais que M. l’abbé Ternisien avait longuement médité le livre Du Prince ! Il sait se taire et parler à propos. Tout l’art de la diplomatie n’est-il pas Ik? Quel évêque nous aurons en lui , si l’on tient compte des recommandations de son protecteur!...»

L’abbé Ternisien, très-calme, fit un pas en avant.

« Il reste donc bien entendu , monsieur le Vicaire-Général, que vous refusez de procéder aux funérailles solennelles de Monseigneur de Roquebrun ?

— Je refuse. S’il vous plaît d’enterrer ce mort que vous nous amenez de Paris, soyez libre; mais n’espérez pas qu’aucun de nous assiste à cette cérémonie.

— C’est fort bien. Cette après-midi, à quatre heures, je revêtirai mon surplis et j’irai seul faire la levée du corps à la gare. L’affluence d’un peuple fidèle me dédommagera de la désertion d’un clergé prévaricateur. »

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