‹ L'abbé Vincent; comédie en un acteChapitre 26 sur 30 · SCÈNE DIXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DIXIÈME

mais arrivé là, outre que je mo suis rappelé que j'étais en tenue de cheval et ne pouvnis décemment me présenter, j'ai aperçu de loin, se promenant avec sa mère et la mienne sar la pelouse du château, mademoiselle Séverine, et dame... je cours encore !

THÉRÈSE

Est-ce donc mademoiselle Séverine

JACQUES, l'interrompant.

Qui m'a mis en fuite? — Absolument.

THÉRÈSE, avec une satisfaction mal contenue.

Elle est laide, n'est-ce pas ?

JACQUES, levant les bras au ciel.

Ah!

THÉRÈSE

Tant que ça?

JACQUES

Plus que ça.... Figurez-vous qu'on voulait mêla faire épouser, et, ma foi, après le discours que votre cher parrain n'avait fait tout à l'heure sur son compte, j'étais

résolu à tout tenter pour l'aimer et même l'adorer !

Mais, dans le trajet du presbytère à Ronsac, il m'est arrivé une chose étrange, extraordinaire... Parmi les églantiers qui bordaient et fleurissaient le chemin, une image s'est dressée tout à coup, charmante et radieuse, l'image d'une jeune fille... que je ne reconnus pas tout d'abord. — Je me souvenais bien de l'avoir vue quelque part, mais où, je ne l'aurais su dire. Je fermai les yeux et j'essayai de chasser cette vision, lorsque soudain, elle m'apparut plus nette et plus précise.... Mais ce n'était plus une jeune fille que j'avais devant moi, c'était une enfant mignonne et frêle comme une fleur d'avril.... Un autre enfant était à ses côtés, — un petit blond, — oh ! celui-là, je le reconnus tout de suite, — c'était moi ! Tous deux jouaient dans un grand jardin. (Montrant lo fond.) Un jardin comme celui-ci, tenez, et, non loin d'eux,

assis sous une tonnelle, un vieux prêtre lisait son bréviaire.... Alors, je nie souvins, je reconnus le prêtre et reconnus la jeune fille, et, tournant brusquement le dos au château de Rousac et à mademoiselle Séverine, je revins sur mes pas au triple galop de mon cheval. Et, à mesure que j'approchais, je sentais mon cœur battre plus fort; pourtant, je ne savais pas bien encore pourquoi je revenais, — non, je ne le savais pas. Ce n'est qu'en entrant ici, ce n'est qu'en revoyant là, devant mes yeux, celle qui venait de m'apparaitre comme dans un rêve, que la lumière s'est faite en moi et que j'ai compris, Thérèse, que l'affection toute fraternelle que je vous portais autrefois, avait fait place à un sentiment plus tendre et plus fort.

THÉRÈSE, émue.

Monsieur de Rigny I

JACQUES

Lorsque je vous ai revue tantôt, Thérèse, et que ma main a serré la vôtre, j'ai éprouvé, — en même temps que de la joie, — comme une grande gène; — j'étais heureux de vous revoir, et cependant j'étais troublé. — Pourquoi ? — Je n'ai pas osé tout d'abord en chercher

la cause Elevé avec vous, habitué à vous regarder

comme une sœur, j'aurais cru, si, à ce moment-là, j'avais ressenti pour vous autre chose que de l'amitié, — commettre un crime.

THÉRÈSE

C'est pourtant l'amitié seule qui doit

JACQUES, vivement.

Non, Thérèse, ce n'est pas ainsi que nous devons nous aimer, — ce n'est pas ainsi que je vous aime !

THÉRÈSE, à part.

Mon Dieu I

JACQUES

Thérèse, l'homme a pour vous aujourd'hui autant d'à-

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mour que l'enfant avait autrefois d'amitié, et il serait heureux d'unir à jamais sa destinée à la vôtre, heureux de faire de vous sa compagne sa femme !

THÉRÈSE, souriant tristement.

Votre femme ?

Y consentez-vous ? — Répondez, Thérèse.

THÉRÈSE

Je ne le puis.

JACQUES

Pourquoi?

THÉRÈSE

Une pauvre fille comme moi ne peut être votre femme.

JACQUES

Ce n'est pas là répondre à ma question.

THÉRÈSE

Je n'y puis répondre autrement.

JACQUES, sarpris.

Vous n'y pouvez répondre autrement?

THÉRÈSE

Non.

JACQUES

Alors, c'est que le sentiment que j'éprouve pour vous, vous ne le partagez pas!

THÉRÈSE

Monsieur Jacques !

JACQUES, avec dépit.

Que vous ne m'aimez pas !

THÉRÈSE, avec un sourire triste.

Moil

JAGQUKS.

Et que les souvenirs que je viens d'évoquer ne touchent ni votre cœur ni votre âme !

THÉRÈSE

De grâce, épargnez-moi I

JACQUES, tristeraenl.

Ou bien c'est que vous avez déjà engagé votre foi et donné votre amour à un autre !

THÉRÈSE

A un autre ?

JACQUES

Eh I oui, à un autre !

THÉRÈSE, vivement.

C'est faux, je...

JACQUES, l'interrogeant du regard.

Thérèse ?....

THÉRÈSE, simplement.

Je vous ai gardé mon cœur.

JACQUES, avec joie et lui prenant les mains.

Thérèse ! !

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