CHAPITRE IL Ôt
quand elle'dê promène à cheval, à la suivre quand elle va à pied , à chanter quand elle le désire , et à se taire quand elle le commande : véritahle coq de clocher, fourni d'ailes et de plumes en apparence, mais incapable de s'élever dans les airs, de quitter le lieu sur lequel il est perché, recevant toutes ses impressions du dehors, accomplissant toutes ses révolutions au gré du souCle toujours variable d'une femme orgueilleuse? Lorsque l'aigle de Helvellyn * viendra se percher sur la tour de Lanercost, et y tourner en guise de girouette pour montrer d'où vient le vent , alors Roland Grœme sera ce que vous voudriez qu'il fût. »
L'étrangère parlait avec une volubilité et une véhémence qui semblaient indiquer une sorte d'aliénation mentale-, aussi lady Avenel fut-elle soudainement frappée de la crainte des dangers auxquels l'enfant devait nécessairement être exposé sous la garde d'une telle femme , et sentit-elle augmenter le désir qu'elle avait de le garder au château , si cela était possible.
«Tous m'avez mal comprise, ma bonne dame.» lui dit-elle avec douceur ; « ce n'est pas à mon service que je désire que votre enfant soit attaché, mais à celui d'un brave chevalier, de mon époux enfin. Fùt-il le fils d'un comte, il ne pourrait être mieux élevé dans la science des armes et dans tout ce qu'il convient à un gentilhomme de savoir, que par les leçons et sous la discipline de sir Halbert Glendiiming.
— Oui , » répondit la vieille femme, du même ton d'amère ironie, « je sais ce qu'on gagne à ce service : une malédiction quand le corselet n'est pas assez brillant ; un coup lorsque là sangle n'est pas assez serrée ; le fouet si les chiens sont en défaut; des injures parce que la maraude n'a pas été heureuse. Il faut, à l'ordre du maître, souiller ses mains dans le sang des animaux ou des hommes, indistinctement; égorger des daims innocents , massacrer cl défigurer la propre image du créateur , non suivant son bon plaisir, mais suivant celui de son seigneur; mener la vie d'un spadassin éhonté, ou celle d'un Vil assassin; endurer le chaud, le froid, le manque de nourriture, toutes les privations d'un anachorète, non pour l'amour de Dieu, mais pour le service de Satan , mourir sur un gibet ou dans quelque obscure escarmouche ; dormir toute sa vie dans une sécurité charnelle, et se réveiller dans la fournaise qui ne s'éteint jam.ais.
< Montagne trÉcosse où l'on trouve des aigles. Lanercost, qui v;ent ensuite, est le nom d'une ville du même pay?. .\. ji.
— Non, interrompit lady Avenel, votre petit-fils ne sera pas exposé ici à mener une vie aussi impie. Mon mari est juste et bon envers ceux qui suivent sa bannière, et vous savez fort bien vousmême que les jeunes gens ont ici un précepteur sévère dans la personne de notre chapelain. »
La vieille femme parut réfléchir.
«Vous avez mentionné, dit-elle, la seule circonstance qui puisse me déterminer. Il faudra bientôt que je parte ; la vision l'a dit. Il ne faut pas que je m'arrête ; il faut que j'aille... il faut que j'aille... c'est mon destin. Jurez donc que vous protégerez l'enfant comme si c'était le vôtre , jusqu'à ce que je revienne ici et que je le réclame, et je consentirai à m'en séparer pour un temps. Mais, surtout, jurez qu'il ne sera pas privé des instructions du saint homme qui a mis les vérités de l'Évangile à l'abri des atteintes de l'idolâtrie monacale.
— Soyez tranquille, reprit la dame d'Avenel; j'aurai autant soin lie l'enfant que s'il était né de mon propre sang. Voulez -vous le voir maintenant?
— Non, » répondit la vieille femme avec une sauvage fermeté; « je pars pour remplir ma mission ; je ne veux pas attendrir mon cœur par des larmes et des lamentations inutiles, comme si je n'étais pas appelée à m'acquitter d'un devoir.
— N'accepterez-vous pas quelque chose pour vous aider dans votre pèlerinage?» demanda la dame d'Avenel en lui mettant dans ia main deux couronnes du soleil. La vieille femme les jeta sur la table.
" Suis-je de la race de Gain, femme orgueilleuse, s'écria-t-elle, pour que vous m'offriez de l'or en échange de ma chair et de mon sang?
— Je n'avais pas une pareille intention , » dit la dame avec douceur, «et je ne suis point une femme orgueilleuse comme il vous plaît de le dire. Hélas I mes propres infortunes m'auraient enseig-né l'humilité, quand môme elle ne serait pas née avec moi. »
La vieille femme parut se relâcher un peu de son ton de sévérité.
«Vous êtes d'un sang noble, reprit-elle, autrement nous n'aurions pas conversé si long-temps ensemble ; vous êtes d'un sang noble, et l'orgueil ,» ajouta-t-elle en relevant sa haute taille à mesure qu'elle parlait, «l'orgueil sied à un sang noble comme le panache sied à la toque. Mais, quant à ces pièces d'or, miiady, il