‹ L'abbéChapitre 102 sur 250 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

vaitde cachet à la lettre, pour lui demander son nom, tant il était frappé de la beauté de ses traits et du charme de sa personne !

« Roland Grœme ! » dit-il en répétant les paroles que le page venait de prononcer avec hésitation, « quoi ! vous êtes de la famille des Graham du comté de Lenox ?

— Non, milord, répondit Roland ; mes parents demeuraient sur le territoire contesté. »

Murray, sans faire d'autres questions, se mit à lire sa dépêche. Pendant cette lecture, son front prit une expression sévère âè mécontentement, comme celui d'une personne surprise et troublée tout à la fois. Il s'assit sur le siège le plus proche, fronça les sourcils, lut la lettre deux fois, et garda le silence quelques minutes • enfin levant la tête, ses yeux rencontrèrent ceux de l'iiuissier, qui s'efforçait en vain de quitter le regard curieux avec lequel il avait parcouru les traits du régent, pour prendre cette expression insignifiante qui, envoyant tout, semble ne rien remarquer. On peut recommander l'usage de cette expression de physionomie à tous ceux qui, sous un titre quelconque, sont admis auprès de leurs supérieurs au moment où ceux-ci jugent à propos de ne pas se tenir sur leuns gardes.

Les grands hommes sont aussi jaloux de leurs pensées que la femme du roi Candaule était jalouse de ses charmes : ils sont aussi disposés à punir ceux qui, même involontairement, ont surpris leur esprit dans son déshabillé.

« Quittez l'appartement, nyndman,»lui dit le régent d'un ton sévère, «et portez ailleurs votre esprit d'observation. Tous êtes trop connaisseur pour votre poste qui, par une disposition spéciale, est destiné aux hommes d'une intelligence moins pénétrante. C'est bien I maintenant vous avez l'air d'un sot (car lïyndman, comme on peut le supposer aisément, ne fut pas peu découragé de ce reproche), gardez cet air confus, et cela pourra vous conserver votre t;mploi. Retirez-vous. »

L'huissier partit déconcerté, et entre autres causes de haine qu'il accumulait contre Roland, il n'oubfia pas que celui-ci venait d'être témoin de cette peu gracieuse réprimande. Lorsqu'il eut quitté l'appartement, le régent s'adressa de rechef au page.

« Votre nom, dites-vous, est Armstrong ?

— Non, milord, je me nomme Roland -, mes parents portaient le surnom d'HeathergilP, et demeuraient sur le territoire contesté.

i Healher gill , mot compose qui revient ù : Fleur de Bruyère. A. m.

— Oui, je savais que c'était un nom du territoire contesté. Avezvous quelques connaissances à Edimbourg?

— Milord, répondit Roland (qui aima mieux éluder cette question que d'y répondre directement, et qui jugea prudent de garder le silence sur son aventure avec lord Seyton), je ne suis à Edimbourg que depuis une heure, et c'est pour la première fois de ma vie.

— Comment I et vous êtes page de sir Halbert Giendinning^, reprit le régent.

— J'ai été élevé comme page de lady Avenel, dit le jeune homme, et j'ai quitté son château il y a trois jours, pour la première fois de ma vie, au moins depuis mon enfance.

— Un page de dame ! » répéta le comte se parlant à lui-même. « Il est étrange qu'il m'envoie le page de sa femme pour une affaire d'un si haut intérêt. Morton dira que cela ne fait qu'un avec la nomination de son frère à la place d'abbé, et cependant un jeune homme sans expérience servira mieux en quelque sorte mes projets. . . Eh I qu'avez-vous appris dans votre noble apprentissage?

— A chasser au courre et au vol, milord.

— Au courre le lapin, et les merles au vol, » reprit le régent en souriant; « car tels sont les amusements des dames et de leurs favoris.» Les joues de Grœme se colorèrent d'un rouge vif en répondant avec une sorte d'affection :

« A chasser les bêtes fauves de la première tête, et à abattre des hérons du vol le plus élevé, milord^ lesquels, dans le langage du Lothian^, peuvent s'appeler lapins et merles. Je puis aussi brandir une épée et manier une lance^, comme nous disons sur nos frontières : mais peut-être les nomme-t-on ici des joncs et des roseaux ?

Ton discours retentit comme le métal, dit le régent, et je t'en pardonne la hardiesse en faveur de la vérité. Tu connais donc ce qui concerne le devoir d'un homme d'armes?

■1 Nom de la jaridiclion donL Edimbourg est le chef-lieu. Il y a trois districts de ce nom : YEast Lothiaii , le Lothiau oriental > qui dépend du comte de Hadington ; le Jf est Lothlan, le Lolliian occidculal , district du comté de Linliihgow; et le Mid Lothian, le Lothian du milieu, district du comté d'Edimbourg î^roprement dit. Celte explication re^iendra dans le roman connu en France sous le titre de Prison <! Edimbourg, mais que ^YalLer Scott a intitulé T/ie Heart qf 3Iid Lothiaii, le cœur, c'est-ù-dire, le point central du Lolbiaa du milieu, a. m.

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