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CHAPITRE XVIII

— Autant que l'exercice peut l'apprendre sans un service réel en campagne, répondit Roland ; car notre maître ne permettait à aucun de ses gens de faire des excursions, et je n'ai jamais eu la bonne fortune de voir une bataille.

— La bonne fortune ! » répéta le régent avec un sourire amer : « croyez-moi, jeune homme, la guerre est le seul jeu où les deux partis ont perdu lorsqu'il est terminé.

— Pas toujours, milord,» dit le page avec son audace ordinaire, « si la renommée ne ment pas. »

— Que voulez-vous dire ? » reprit le régent qui s'animait à son tour et qui soupçonnait peut-être une allusion indirecte au rang suprême auquel il était lui-môme parvenu à la faveur des guerres civiles.

« Je veux dire, milord, » répondit Roland sans changer de ton, «< que celui qui combat vaillamment doit gagner de la gloire s'il survit, une mémoire immortelle s'il succombe : ainsi la guerre est un jeu où aucune des parties ne peut perdre. » Le régent sourit et secoua la tête. En ce moment la porte s'ouvrit, et le comte de Morton se présenta.

« Je viens à la hâte, dit-il, et j'entre sans me faire annoncer, parce que mes nouvelles sont importantes. Commeje vous le disais, Edouard Glendinning est nommé abbé, et...

— Silence I milord, répondit le régent-, je le sais, mais...

— Et peut-être vous le saviez avant moi, milord,» dit Morton dont le front rouge etsombre semblait rougir ets'obscurcir encore lorsqu'il parlait-.

« IMorton, s'écria Murray, ne me soupçonnez point, ne touchez pas à mon honneur. J'ai assez à souffrir des calomnies de mes ennemis, je ne veux pas combattre les injustes soupçons de mes amis. Nous ne sommes pas seuls,» dit-il en se rappelant le page, « sans quoi je vous en dirais davantage.» Il conduisit le comte de Morton dans une des embrasures profondes que les fenêtres formaient danslemur massif: elle offrait un lieu retiré pour converser à part. Roland observa qu'ils s'y entretenaient d'un air très-animé. Murray paraissait grave et sérieux, Morton jaloux et offensé 5 mais il sembla céder par degrés aux assurances du régent.

A mesure que la conversation devint plus sérieuse, ils prirent insensiblement un ton plus haut, ayant peut-être oublié la présence du page, ce qui était d'autant plus facile que sa position dans l'appartement le mettait hors de la vue, de sorte que Roland

se trouva forcé d'entendre leur conversation plus qu'il ne s'en serait soucié. Tout page qu'il était, une curiosité déplacée pour les secrets d'autrui n'avait jamais été comptée au nombre de ses défauts : de plus, bien qu'il eût naturellement de l'audace, il pensait qu'il n'y avait pas de sûreté à entendre l'entretien secret de deux hommes puissants et redoutés. Cependant il ne pouvait ni se boucher les oreilles, ni quitter convenablement l'appartement; et tandis qu'il songeait au moyen à employer pour faire remarquer sa présence, il avait déjà entendu tant de choses, que se montrer tout à coup eût été aussi maladroit, et peut-être aussi dangereux que d'attendre tranquillement la fin de la conférence. Ce qui était parvenu à ses oreilles n'était cependant qu'une partie incomplète de leur conversation ; et quoiqu'un politique plus habile et mieux informé des événements du temps eût eu peu de peine à en découvrir le sens, cependant Roland ne put faire que des conjectures générales et fort vagues sur le sujet et la portée des discours des deux interlocuteurs.

« Tout est préparé , dit Murray, et Lindsay va partir; il ne faut pas qu'elle hésite plus long-temps. Vous voyez que j'agis d'après vos conseils, et que je m'endurcis contre toute autre considération.

—Il est vrai, milord, répliqua Morton ; quand il s'agit de gagner du pouvoir, vous n'hésitez pas et vous marchez hardiment au but. Mais êtes- vous aussi jaloux de défendre ce que vous avez gagné? Pourquoi cette légion de domestiques autour d'elle? Totre mère n'a-t-elle pas assez d'hommes et de femmes pour la servir , sans qu'il vous faille souffrir cette suite inutile et dangereuse?

Fi ! IMorton , fi I une princesse I ma sœur ! puis-je faire moins que de lui accorder les égards qui lui sont dus ?

. — Oui, c'est ainsi que partent toutes vos tlèches : elles sont décochées avec force, dirigées avec adresse^ mais toujours un souffle de folle affection les rencontre en chemin, et les détourne de leur but.

— Ne parlez pas ainsi, Morton, j'ai à la fois osé et exécuté

— Oui, assez pour conquérir, mais pas assez pour conserver. Ne croyez pas qu'elle pense et qu'elle agisse de môme. Tous l'avez profondément blessée dans son orgueil et dans sa puissance. C'est en vain que vous tenteriez maintenant de verser quelque baume sur sa blessure, vos efforts seraient inutiles. Au point où en sont vos affaires, il faut perdre le titre de frère affectionné pour prendre celui d'homme d'état hardi et résolu.

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