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CHAPITRE XVIII

— ÎMorton ;, '> s'écria jMurray avec quelque impatience , « je ne puis souffrir ces reproches : ce que j'ai fait est fait ; ce que je dois encore faire , je le ferai ; mais je ne suis pas de fer comme vous, je ne puis oublier... Mais il sulîit, j'exécuterai mon dessein.

— Et je garantis que le choix de ces consolations domestiques tombera sur... » Ici il chuchota des noms qui échappèrent à l'oreille de Roland. Murray lui répondit sur le même ton ; mais il éleva tellement la voix vers la fin de sa phrase, que le page entendit ces derniers mots : « Et je suis sur de lui , d'après la recommandation de Glendinning. »

« Un homme bien digne de confiance , après la conduite qu'il vient de tenir à l'abbaye de Sainte-Marie ! Vous ayez appris que l'élection de son frère a eu lieu. Sir Halbert , votre favori , milord, se distingue comme vous-même par son affection fraternelle.

— Par le ciel ! Morton, cette raillerie demanderait une réponse sévère ; cependant je la pardonne, parce que votre propre frère est intéressé dans tout ceci. Mais cette élection sera annulée. Je vous le dis, comte de 3Iorton, tant que je tiendrai le glaive de l'Etat au nom de mon royal neveu , ni lords ni chevaliers , en Ecos-se , ne disputeront mon autorité. Si je supporte les insultes de mes amis, c'est parce que je les connais pour tels, et je pardonne leurs fohes en considération de leur fidélité. »

Morton murmura quelques mots qui semblaient être des excuses, et le régent lui répondit d'un ton plus doux ; puis il ajouta : «D'ailleurs, indépendamment de la recommandation de Glendinning, j'ai un gage de la fidélité de ce jeune homme : sa plus proche parente s'est placée entre mes mains pour m'assurer de son zèle, et consente être traitée comme il le méritera par sa conduite.

— C'est quelque chose , répondit Morton ; mais par amitié et par intérêt pour vous , je dois encore vous prier de vous tenir sur vos gardes. Les ennemis sont encore en mouvement, comme les taons et les frelons aussitôt que le souffle de la tempête s'est apaisé. George Seyton traversait ce matin la chaussée avec une vingtaine d'hommes à sa suite , et il a eu une querelle avec mes amis de la maison de Leslie ; ils se sont rencontrés dans High-Gate , et se battaient avec chaleur, quand le prévôt est arrivé avec ses gardes, qui ont interposé leurs hallebardes, comme on sépare un chien et un ours.

— Le prévôt agissait par mes ordres , dit le régent-, quelqu'un a-t-il été blessé ?

— George de Seyton lui-même, par Black Ralph Leslie : le diable emporte la rapière qui ne l'a pas traversé d'outre en outre I Mais Ralph a eu la tète ensanglantée par un coup d'un jeune page que personne ne connaît. Dick Seyton de Windigowl a eu le bras percé , et le sang de deux braves des Leslie a coulé aussi : voilà tout le sang noble qui a été répandu dans la mêlée ; un vassal ou deux de chaque côté ont eu les os brisés et les oreilles coupées. Les servantes de cabaret, qui seules sont en danger de perdre par leur déconfiture, ont retiré ces drôles en leur chantant le coronack des ivrognes.

— Tous traitez bien légèrement cette affaire, dit le régent ; ces. discussions et ces querelles seraient une honte pour la capitale du Grand-Turc : que sera-ce dans un pays chrétien, dans un état réformé? mais, si je vis, de pareils abus seront bientôt redressés; et l'on dira, en lisant mon histoire, que, si ce fut ma cruelle destinée de m'élever au pouvoir en détrônant une sœur, je l'employai du moins, après l'avoir obtenu, pour l'intérêt de l'État.

— Et pour celui de vos amis ajouta Morton ; c'est pourquoi je me flatte que vous allez donner à l'instant des ordres pour annuler l'élection de ce lourdaud d'abbé, Edouard Glendinning.

— Vous serez satisfait sur-le-champ ; « Et s'avançant hors de l'embrasure , il se mit à appeler : « Holà I Hyndman.... » lorsque tout à coup ses yeux tombèrent sur Roland Grœme : «Par ma foi I Douglas,» dit-il en se tournant vers son ami, «nous avons été trois au conseil.

— Oui-, mais comme l'on ne peut tenir conseil qu'à deux , il faut disposer de ce gaillard.

— Fi donc, Morton ! un jeune orphelin ! Écoute, mon enfant, tu m'as parlé de quelques-uns de tes talents : as-tu celui de dire la vérité ?

— Oui, milord, quand elle peut m'être utile.

— Elle te sera utile ; la moindre fausseté serait ta ruine. Qu'astu entendu et compris de notre entretien ?

— Fort peu de chose-, » répondit Roland avec hardiesse, « si ce n'est qu'il m'a semblé que vous doutiez de la loyauté du chevalier d'Avenel, sous le toit duquel j'ai été élevé.

—Et que peux-tu dire à cet égard?» continua le régent en fixant sur lui des yeux perçants qui semblaient vouloir lire au fond de son cœur.

« Cela, répondit le page, dépend de la qualité de ceux qui par-

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