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CHAPITRE XIX

<> Par la messe 1 malgré cela, dit-il , mon jeune ami, » en voyant les provisions disparaître sous les mains actives de Roland, « je crois qu'au lieu de regretter le passé , il vaut mieux profiter du présent pour ne pas perdre des deux côtés. » . A ces mots, Adam approcha sa chaise de la table et dégaina son couteau, car chacun alors portait avec soi ce premier instrument des festins. Il suivit l'exemple de son jeune compagnon , qui en ce moment avait oublié son inquiétude sur l'avenir pour satisfaire avec empressement un appétit aiguisé par la jeunesse et l'abstinence. Au fond, quoique les mets fussent réellement grossiers, ils firent un assez bon repas aux dépens du roi ; et Adam Woodcock, malgré la critique fondée qu'il avait faite de la bière de ménage du palais, avait vidé quatre grandes rasades du broc noir avant de se rappeler qu'il s'était permis de la blâmer. S'étalant ensuite gaiement et voluptueusement dans un vieux fauteuil, regardant le page d'un air de joyeuse indolence , puis étendant en même temps la jambe droite et croisant l'autre par-dessus , il dit que son jeune compagnon n'avait pas encore entendu la ballade composée pour la fête de l'abbé de la Déraison ; et là-dessus il se mit à entonner j oyeusement :

Le pape voulait nous instruire...

Roland, qui, comme on peut le supposer, n'éprouvait pas un grand plaisir à entendre la satire du fauconnier à cause du sujet , saisit brusquement son manteau et le jeta sur ses épaules, action qui interrompit aussitôt le chanteur.

«Où diable allez-vous encore? s'écria-t-il , démon infatigable! vous avez certainement du vif-argent dans les veines. Vous ne pouvez pas plus goûter le charme d'une compagnie paisible et sensée,qu'un faucon déchaperonné ne resterait perché sur mon poing.

— Eh bien , Adam , répondit le page , si vous voulez le savoir, je vais faire une promenade pour examiner cette belle ville. Autant vaudrait être encore cloîtré dans le vieux château du lac, que de rester ici toute la soirée entre quatre murailles pour entendre de vieilles ballades.

— C'est une nouvelle ballade ; Dieu vous conserve I et une des meilleures qui aient jamais été accompagnées d'un joyeux refrain.

— Cela peut être ; mais je l'écouterai un autre jour, quand la pluie fouettera sur les croisées et qu'il n'y aura dans le voisinage ni trépignements de chevaux , ni bruit d'éperons , ni panaches

i^ L'ABBE.

flottants pour détourner mon attention. Quant à présent, j'ai besoin d'entrer dans le monde et de considérer tout ce qui m'enyi^ renne.

— Tous ne ferez pas une enjambée sans moi , s'écria le fauconnier, jusqu'à ce que le régent vous prenne de mes mains sain et sauf. Si vous le voulez, nous irons à l'hôtellerie de Saint-Michel, et vous y verrez assez de monde, mais par la fenêtre, m'entendezvous? Quant à courir les rues pour chercher des Seyton et des Leslie , et faire faire dans votre nouveau justaucorps une dou^zaine de boutonnières avec une rapière ou un poignard y je n'y consentirai nullement.

— Eh bien! de tout mon cœur, dit le page, allons à l'hôtellerie de Saint-Michel. Ils quittèrent donc le palais, après avoir fait connaître leurs noms et les motifs de leur sortie aux sentinelles qui Tenaient de prendre leurs postes à la porte pour la soirée : cellesci ouvrirent un petit guichet du portail étroitement fermé, laissèrent passer le jeune page et son guide, qui arrivèrent bientôt à l'auberge ou hôtellerie de Saint-Michel. Elle était située au fond d'une grande cour donnant sur la principale rue d'Edimbourg , au bas de Garlton-Hiil. C'était un grand bâtiment tout en ruines et fort incommode , semblable à ces caravansérails de l'Orient , où les voyageurs trouvent un abri, il est vrai, mais où ils sont obligés de pourvoir eux-mêmes à tous leurs besoins , plutôt qu'à une de nos auberges modernes ,

« Où rien ne manque à qui jamais Ne demande le prix des mets, n

Cependant le tumulte et la confusion de ce lieu de rendez-vous public offraient aux yeux novices de Roland intérêt et plaisir. Lui et son compagnon trouvèrent facilement la grande salle , sans que l'hôte la leur eût indiquée. Elle était remphe de voyageurs et d'habitants de la ville, qui entraient et sortaient, se rencontraient et se saluaient , jouaient ou buvaient ensemble, sans faire attention au reste de la compagnie. Ils formaient le plus frappant contraste avec l'ordre sévère et le monotone silence dans lesqirels tout se passait au château d'Avenel. Des bruits de toute espèce , depuis le rire franc qu'excitaient de joyeuses plaisanteries jusqu'aux éclats d'une grossière dispute , sortaient des divers groupes ; et cependant le bruit et les voix confondues paraissaient ne

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