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CHAPITRE XIX

troubler personne, et n'être en effet remarqués que de ceux qui composaient le groupe auquel appartenait l'orateur. Le fauconnier traversa l'appartement et se retira dans l'embrasure d'une fenêtre qui formait une espèce de retraite : s'y étant caché avec son compagnon , il demanda quelques rafraîchissements. Après qu'il eut crié pour la vingtième fois , un garçon lui servit les restes d'un hapon froid et une langue de bœuf, avec un flacon de vin ordinaire de France. « Donnez-moi en outre un pot de brandevin. Nous ferons ce soir une petite débauche, monsieur Roland, » ditil quand il se vit établi devant cette collation ; « et nargue du souci jusqu'à demain ! »

Mais il y avait trop peu de temps que Ptoland avait diné pour faire honneur à une si bonne chère. Sentant sa curiosité plus vive que son appétit, il préféra regarder par la croisée qui donnait sutune vaste cour entourée des écuries de l'hôtellerie. Il satisfaisait ses yeux du spectacle animé qui s'offrait à ses regards, tandis que Woodcock, après avoir comparé son compagnon aux oies du laird de Macfarlane, qui aimaient mieux jouer que de manger, employa son temps à boire et à manger, en bourdonnant parfois le refrain de la ballade qu'il n'avait pu finir, et en battant la mesure de ses doigts sur la petite table ronde. Il était souvent interrompu dans cet exercice par les exclamations qui échappaient à Pioland, lorsque celui-ci voyait dans la cour quelque chose d'intéressant pou r 1 ui . La scène était bruyante, car les seigneurs et les gentilshommes, qui étaient alors enfouie à Edimbourg, occupaient pour leurs chevaux toutes les écuries de réserve, et pour leurs serviteurs mihtaires toutes les auberges et les tavernes. On voyait dans la cour une multitude de valets étrillant leurs chevaux et ceux de leurs maîtres, sifflant, chantant, riant et se lançant mutuellement des sarcasmes qui, grâce à la sévère discipline du château d'Avenel, paraissaient à Roland fort étranges et presque inintelligibles; d'autres réparaient leurs armes et nettoyaient celles de leurs seigneurs. Un homme qui venait d'acheter un faisceau d'une vingtaine de lances, était occupé dans un coin à peindre les bois de ces armes en jaune et en vermillon. D'autres domestiques conduisaient en laisse des lévriers ou des chiens-loups de noble race, muselés avec soin, pour épargner des accidents aux passants. Tous allaient et venaient, se mêlaient ensemble, se séparaient sous les yeux enchantés du page, dont l'imagination n'avait paa même conçu une scène où les objets qu'il avait le plus de plaisir

à voir fussent combinés de cette manière agréable et variée. Aussi interrompait-il continuellement les rêveries paisibles de l'honnête Woodeock, occupé d'ajouter encore un couplet à sa chanson. «Toyez, Adam, s'écriait-il, voyez ce beau cheval bai; par saint Antoine^ quel superbe poitrail I Voyez cette jolie jument grise que ce drôle en jaquette de toile de Frise étrille gauchement comme s'il n'avait jamais pansé qu'une vache ! Je voudrais être près de lui pour lui apprendre son métier. Mais regardez donc , Adam , la brillante armure de Milan que nettoie cet archer I elle est toute d'acier et d'argent, comme l'armure de parade de notre chevalier, dont le vieux AVingate fait tant de cas. Et voyez-vous là bas cette jolie fille qui passe légèrement au milieu de tout ce monde avec son pot au lait? Je réponds qu'elle a fait une longue promenade pour venir de la plaine ; elle a un corset rouge, comme votre favorite Cicely Sunderland.

— Par mon chaperon, maître Roland, répondit le fauconnier , c'est un bien que vous ayez été élevé dans un heu de grâce. Même au château d'Avenel , vous étiez passablement étourdi ; mais si vous aviez vécu à un vol de faucon de cette cour mondaine, vous seriez devenu le plus franc vaurien de page qui ait jamais porté une toque à plumes et une épée au côté : réellement, je souhaite que cela finisse bien pour vous.

— Laissez donc là votre insipide bourdonnement et votre tambourinage, vieil Adam, et approchez-vous de la fenêtre avant d'avoir noyé votre raison dans ce pot de brandevin. Yoici un joyeux, ménestrel qui vient avec sa troupe, et une fille qui danse avec des sonnettes attachées aux chevilles de ses pieds ; tenez, les valets et les pages quittent les chevaux et les armures qu'ils étaient en train de nettoyer, et vont se presser autour d'eux, comme cela est très-naturel, afin d'entendre la musique. Venez, vieil Adam, nous irons aussi.

-— Si je descends, vous m'appellerez un sot, dit Adam. Tous êtes près d'une aussi bonne musique que l'on peut en faire, si vous aviez la bonté de l'écouter.

— Mais la jeune fille au corset rouge s'arrête aussi, Adam. Par le ciel I ils vont danser. La jaquette grise a envie de danser avec le corset rouge, mais la johe enfant reste coi et refuse. » Tout à coup, passant de la mobilité de ses remarques à l'intérêt et à la surprise, il s'écria : « Reine du ciel I qu'est-ce que je vois I « et il garda le silence.

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