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CHAPITRE XIX

w Je vais m'en informer sur-le-champ pour Votre jeune Seigneurie, dit la fille de l'auberge.

— Allez, reprit le galant écuyer, et si vous me l'amenez, vous recevrez un groat ce soir, et un baiser dimanche, quand vous aurez unef robe blanche.

— Quoi donc I murmura encore Roland, « elle le prend sur un ton de plus en plus haut I »

Un instant après, la servante entra dans la salle, et introduisit la personne, objet de sa surprise.

Tandis que le page ou la vestale déguisée regardait sans rougir et d'un œil hardi et rapide les différents groupes qui se trouvaient dans la vieille chambre, Roland, qui éprouvait un sentim.ent intérieur de timidité et de confusion, qu'il regardait comme indigne du caractère mâle et entreprenant auquel ï\ aspirait, résolut de ne pas baisser les yeux et de ne pas se laisser imposer par cette jeune fille si singulière; il se promit de l'aborder avec un air si malin, si pénétrant, et avec une gaieté si expressive, qu'il lui montrerait à l'instant qu'il possédait son secret, et que, maître de son destin , il l'obligerait à s'humilier devant lui , ou du moins à le supplier d'un regard respectueux, et à se reconnaître à sa merci. Ce plan était extrêmement bien imaginé; mais, tandis que Roland appelait à son secours cet œil scrutateur, ce sourire dissimulé , ce regard d'inteUigence qui devaient assurer son triomphe, il rencontra le regard ferme et fixe de son page homme ou femme, qui, jetant sur lui un coup d'œil de faucon, et le reconnaissant tout d'un coup pour l'objet de ses recherches, l'aborda hardiment de l'air le plus insensible, le plus dégagé, et le salua en disant : « Monsieur Branche-de-îloux, je désirerais vous parler. »

La froideur calme et l'assurance avec laquelle ces paroles furent prononcées, quoique la voix fût celle-là môme qu'il avait entendue au vieux couvent , et que les traits ressemblassent mieux encore de près à ceux de Catherine , produisirent néanmoins tant de confusion dans l'esprit de Roland , qu'il devint incertain s'il ne s'était pas trompé. Le regard mahn qui aurait dû animer son visage devint timide , et son demi-sourire fut le rire insignifiant sous lequel un homme décontenancé cache le désordre de ses idées.

« Entend-on la langue écossaise dans votre pays , Brancbe-de- Houx ? s'écria l'être mystérieux : je vous ai dit que j'avais à vous parler.

20i L'ABBÉ.

— Quelle est votre affaire avec mon compagnon , mon jeune coq de combat ? » dit Woodcock ; voulant venir au secours de son ami , quoiqu'il ne pût s'expliquer comment la vivacité ordinaire et la présence d'esprit de Roland avaient disparu tout à coup.

« Cela ne vous regarde pas , mon vieux coq de perchoir, répliqua le faux page, allez surveiller le vol de votre faucon^car je devine à votre sac et à votre gant que vous êtes garde-du-corps dans une troupe de milans.

Comme il riait en parlant ainsi , son rire rappela à Roland d'une manière tellement irrésistible la franche gaieté à laquelle Catherine s'était livrée à ses dépens lors de la première rencontre dans le vieux couvent, que, comprimant avec peine cette exclamation: « De parle ciel I c'est Catherine Seyton I » il se contenta de dire : « Je pense , monsieur , que nous ne sommes pas entièrement étrangers l'un à l'autre.

— Il faut donc que nous nous soyons rencontrés dans nos songes , dit le page , et mes jours sont trop bien occupés pour que je me rappelle les pensées de la nuit.

— Ou peut-être pour vous ressouvenir aujourd'hui de ceux que vous pouvez avoir vus la veille ?»

Le faux page à son tour jeta sur Roland un regard de surprise, et répondit: « Je ne comprends pas plus ce que vous voulez dire que mon cheval ne le comprendrait ; si vous cherchez à m'offenser, vous me trouverez aussi disposé à vous répondre que le plus hardi des hommes du Lothian.

Tous savez bien, dit Roland, quoiqu'il vous plaise de me parler comme un étranger, que je ne puis avoir la moindre envie de me quereller avec vous.

— Laissez-moi donc remplir mon message , et en finir de tout cela. Suivez-moi par-ici , afin que ce vieux gant de cuir ne puisse m'entendre. »

Ils marchèrent vers l'embrasure de la fenêtre que Roland avait quittée à l'entrée du faux page dans l'appartement. Le messager tourna le dos aux personnes présentes, après avoir jeté un coup d'œil rapide et pénétrant autour de lui , pour voir si personne ne les observait. Roland fit la même chose , et le faux page tira de dessous son manteau une épée à lame courte , mais magnifiquement travaillée , dont la poignée et les autres ornements étaient d'argent massif et doré : « Je vous apporte cette arme , dit-il , de la part d'un ami qui vous la donne , sous la condition solennelle

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