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CHAPITRE XIX

que VOUS ne la tirerez du fourreau qu'après en avoir reçu l'ordre exprès de votre souveraine légitime. On connaît votre caractère ardent, et l'audace avec laquelle vous vous mêlez des querelles d'autrui ; c'est donc une pénitence qui vous est imposée par ceux qui vous veulent du bien, et dont la main influera sur votre destinée. Voilà ce que j'étais chargé de vous dire. Ainsi voulez-vous donner une belle parole pour une belle épée ? il faut m'engager votre promesse formelle , et sur l'honneur. Sinon , je reporterai Caliburn ^ à ceux qui vous l'envoient.

— Et ne puis-je vous demander le nom de ces personnes ? » dit Roland , admirant en même temps la beauté de l'arme qu'on lui offrait.

« Ma commission ne me permet nullement de répondre à une pareille question.

— IMais si je suis offensé , ne puis-je tirer cette épée pour me défendre ?

— Non pas cette épée 5 mais vous avez la vôtre à vos ordres, et d'ailleurs pourquoi portez-vous votre poignard ?

— Pour rien de bon, » interrompit Adam Woodcock qui venait de s'approcher des deux jeunes gens ; « et c'est ce dont je puis vous rendre témoignage aussi bien que tout autre.

Retirez-vous, bon homme , répliqua le messager-, vous avez une face de curiosité intrusive -, qui rencontrera un soufflet si on la trouve où elle n'a que faire.

— Un soufflet ! mon jeune maître mal appris , » dit Adam en s'éloignant, « retenez votre poing, ou, par Notre-Dame un soufflet en attirera un autre.

— IModérez-vous, Adam, dit Roland Grœme. Permettez-moi , mon beau monsieur , pmsque vous préférez que je vous appelle ainsi pour le moment : ne puis-je pas dégainer une fois cette arme magnifique, dans le simple but de savoir si la lame répond à une si belle poignée et à un aussi beau fourreau ?

— Nullement I en un mot, il faut la prendre sous la promesse que vous ne la tirerez jamais du fourreau sans en recevoir l'ordre de votre souveraine légitime ; sinon , il ne faut pas l'accepter.

— Sous cette condition, et venant de votre main amie, j'accepte cette épée-, mais pensez-y bien , si nous devons coopérer à quel-

i Nom de Tépee du roi Arlluir. a. m.

2 Expression qui manque à notre langue , ei que nous hasardons ici à. m.

que entreprise importante, comme je suis porté à le croire, un peu plus de confiance et de franchise de votre part sera nécessaire pour donner à mon zèle l'impulsion convenable. Je ne vous presse pas davantage en ce moment , il suffit que vous me compreniez.

— Moi , je vous comprends I » s'écria le messager, exprimant à son tour la surprise ; « que je sois damné s'il en est ainsi I Je vous vois me regarder , vous agiter , me faire des airs d'intelligence, comme si quelque intrigue bien importante se tramait entre vous et moi , et certes nous ne nous étions jamais vus.

— Quoi I dit Roland , voulez-vous nier que nous nous soyons déjà rencontrés ?

Assurément, et devant toutes les cours de justice de la chrétienté, » répondit le page véritable ou supposé.

« Et vous nierez sans doute aussi qu'il nous a été recommandé d'étudier les traits l'un de l'autre, afin que , sous quelque déguisement que nous fussions cachés, chacun de nous pût reconnaître en l'autre l'agent secret d'une œuvre importante ? Ne vous souvenez-vous pas que Madeleine et dame Brigitte...

— Brigitte et Madeleine! » s'écria le messager en levant les épaules et en jetant sur lui un regard de compassion. « Vous rêvez ou vous êtes fou. Ecoutez-moi, monsieur Branche-de-Houx , votre esprit bat la campagne ^ : réconfortez-vous avec un chaudeau , couvrez votre cerveau malade d'un bonnet de nuit bien chaud , et que Dieu soit avec vous I »

Comme il terminait en se retirant ces adieux si polis , Adam Woodcock , qui était encore assis près de la table où se trouvait le gobelet alors vide, lui dit : « Jeune homme , voulez-vous boire un verre de brandevin à présent que votre message est fini, et écouter une bonne chanson ? » Sans attendre sa réponse, il commença sa ballade :

Le pape voulait nous instruire , Mais on lui répond aujonrd hui...

Il est probable que le vin avait produit quelque efiet sur le cerveau du fauconnier, sans quoi il se serait souvenu du danger de toucher à la politique , ou de se i)ermettre des plaisanteries sur de tels sujets dans un endroit public , à une époque où les esprits

i Yourwits are gone on wool gatJiering , votre esprit est aile ramasser de la laine ; proverbe cquivalaul à celui : Votre raison a dclogii. a. m.

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