‹ L'abbéChapitre 118 sur 250 · CHAPITRE XX. 2ÏS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX. 2ÏS

accompli, je vous en donne ma parole de chevalier et de prince, vous verrez s'ouvrir devant vous une carrière digne de satisfaire les désirs ambitieux d'un homme à qui sa naissance donnerait le droit d'avoir les vues les plus hautes. Je vous prendrai dans ma maison et près de ma personne, ou, d'après votre choix, je vous donnerai le commandement d'une compagnie de ma garde. D'un côté comme de l'autre, c'est un avancement que le plus fier des laii-ds du pays serait enchanté d'assurer à son second fils.

— Oserai-je vous demander, milord, » dit Roland remarquant que le comte attendait une réponse, « à qui mes humbles services sont destinés ?•♦

— On vous le dira ensuite, » répondit 3Iurray ; puis paraissant chercher à vaincre une répugnance secrète à s'expliquer davantage, il ajouta : « Au surplus, pourquoi ne vous dirais-je pas moimême que vous allez entrer au service d'une très-illustre. . . d'une très-malheureuse dame. . . de jMarie d'Ecosse?

— De la reine, milord ! » s'écria le page, incapable de cacher plus long-temps sa surprise.

« De celle qui fut la reine, » répondit j>Iiirray d'un ton de voix qui offrait un singulier mélange de mécontentement et d'embarras. Vous devez savoir, jeune homme, que son fils règne à sa place. »

Et il soupira avec une émotion qui était peut-être en partie naturelle et en partie affectée.

« Et dois-je ser\ir Sa Grâce dans la prison où elle est renfermée? milord,» demanda encore le page avec une simplicité franche et hardie qui déconcerta le politique rusé et puissant.

— Elle n'est point en prison, "répondit Murray avec aigreur : « à Dieu ne plaise qu'elle y soit I Elle est seulement éloignée du gouvernement et des affaires publiques, jusqu'à ce que le royaume soit suffisamment consolidé, afin qu'elle puisse jouir sans empêchement de sa liberté naturelle, et sans que ses intentions royales puissent servir de prétexte aux menées des méchants et des ambitieux. Pour ce motif, ajouta-t-il, comme il faut lui procurer une suite convenable à son état de retraite actuelle, il devient nécessaire que je puisse avoir confiance dans les personnes qui l'entourent. Vous voyez donc que vous êtes appelé à occuper une place très-honorable en elle-même, et dont vous pourrez remplir les fonctions de manière à vous faire un ami du régent d'Ecosse. Vous êtes, on me l'a dit, un jeune homme singulièrement pénétrant ; et je m'aperçois par votre regard que vous comprenez déjà

ce que je voudrais vous dire sur cette affaire. Dans cet écrit sont tracés au long les points particuliers de votre devoir. Ce que j'exige de vous, c'est la fidélité ; j'entends la fidélité envers moi et envers l'État. Yous aurez donc à surveiller toutes les tentatives que l'on pourrait faire pour ouvrir quelque communication avec les lords qui se sont mis à la tète des bandes dans l'ouest, comme Hamilton, Seyton, Fleming et plusieurs autres. Il est vrai que ma gracieuse sœur, réfléchissant sur les maux infligés à ce pauvre royaume par les mauvais conseillers qui ont abusé de son caractère royal dans les temps passés , s'est déterminée de son propre mouvement à s'éloigner des affaires de l'Etat. Mais il est de notre devoir, comme agissant pour et au nom de notre neveu, de prévenir les malheurs qui pourraient résulter de tout changement et de toutes vacillations dans ses résolutions royales. Yotre devoir sera donc de surveiller, et de rapporter à notre mère, dont notre royale sœur est la commensale pour le moment, tout ce qui peut indiquer quelque disposition à retirer sa personne du lieu de sûreté où elle est, ou à ouvrir des communications avec le dehors. Si pourtant, par vos observations, vous parveniez à découvrir quelque chose d'important, et qui allât au-delà du simple soupçon, ne manquez • pas de m'en donner avis sur le champ par un messager spécial. Cet anneau vous servira d'autorisation pour commander ce service à un cavalier. Maintenant, partez. S'il y a dans votre tête la moitié autant d'intelligence qu'il y en a dans votre regard, vous comprenez parfaitement tout ce que j'ai voulu dire. Servez-moi fidèlement, et aussi vrai que je porte un ceinturon de comte, votre récompense sera grande. » Roland fit un profond salut, et se disposait à partir.

Le comte lui fit signe de rester.

«Je vous donne une grande preuve de confiance, jeune homme, ajouta-t-il ; car vous serez la seule personne de sa suite qui lui ait été envoyée par ma propre recommandation. Les femmes employées à son service ont été nommées par elle. Il eût été trop dur de la priver de ce privilège , quoique certains personnages aient regardé cela comme contraire à une politique sûre. Yous êtes jeune et fait pour plaire aux femmes ; mêlez-vous à leurs folies , et voyez si , sous l'apparence de la légèreté de leur sexe , elles ne couvrent pas de plus profonds desseins ; si elles creusent une mine, préparez une contre-mine. Du reste comportez-vous avec convenance et respect à l'égard de votre maîtresse. C'est

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