‹ L'abbéChapitre 119 sur 250 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

une princesse, quoiqu'elle soit très malheureuse; elle a été.reine, quoique maintenant, hélas! elle ne le soit plus. Montrez-vous donc plein de déférence, et rendez-lui tous les honneurs qui peuvent s'accorder avec la fidélité que vous devez au roi et à moi. Adieu maintenant. Cependant encore un mot. Vous allez voyager avec lord Lindesay, un homme de l'ancien monde , dur et honnête , quoique sans éducation. Prenez garde de l'offenser, car il ne souffre pas la raillerie, et vous êtes, à ce qu'on m'a dit, un peu railleur.» Il prononça ces mots en souriant, puis il ajouta : «J'aurais désiré que la mission de lord Lindesay eût été confiée à quelque grand seigneur d'un caractère moins farouche.

— Et pourquoi ce désir, milord ?» demanda le comte de Morton qui entrait dans ce moment ; «le conseil a décidé pour le mieux. Nous n'avons eu que trop de preuves de l'obstination de cette dame , et le chêne qui résiste au tranchant de la hache d'acier doit être fendu avec le coin de fer brut. Eh ! voilà donc son page? Milord vous a sans doute donné ses instructions, jeune homme, et vous a dit comment vous deviez vous guider : je n'y ajouterai qu'un mot démon côté. Vous allez dans le château d'un Douglas, où la trahison ne peut prospérer ; le premier instant de soupçon sera le dernier de votre \ie. Mon parent William Douglas n'entend pas raillerie , et s'il a jamais sujet de vous croire perfide , vous flotterez au vent sur les créneaux du château, avant que le soleil se soit couché sur sa colère... Et la dame recevra-t-elle aussi un aumônier ?

— De temps en temps, Morton ; il serait dur de lui refuser les consolations spirituelles , qu'elle regarde comme essentielles à son salut.

— Vous avez toujours le cœur trop tendre, milord. Quoi! un prêtre perfide pourra communiquer ses lamentations non seulement à nos ennemis en Ecosse, mais aux Guise, à Rome, en Espagne, je ne sais où enfin I

— Ne craignez rien , nous prendrons de telles mesures qu'aucune trahison n'arrivera.

— Faites-y bien attention ; vous connaissez mon opinion sur la jeune fille que vous avez consenti à lui donner comme femme de chambre 5 une jeune fille d'une famille qui , plus que toutes les autres, lui a toujours été dévouée, et a toujours été notre ennemie. Si nous n'avions pas agi avec prudence , elle se serait aussi pourvue d'un page, autant dans ses desseins que sa femme de cham-

l3re. J'ai entendu courir le bruit qu'une vieille fille, pèlerine catholique, qui passe au moins pour une demi-sainte , s'occupait à lui trouver une personne convenable.

— Nous avons du moins échappé à ce danger, et nous l'aurons tourné à notre avantage en lui envoyant ce jeune homme, élève de la maison de Glendinning : quant à la jeune femme de chamhre, vous ne pouvez lui envier une pauvre fille en place de ses quatre nobles Marie et de leurs longues robes de soie.

— Peu m'importe la suivante , s'écria Morton ; mais je ne puis supporter l'aumônier. Je crois que les prêtres de toutes les sectes se ressemblent. Yoilà John Rnox . qui , après avoir tout renversé avec tant de zèle, vise maintenant à reconstruire, et a l'ambition de devenir fondateur d'écoles et de collèges avec les domaines des abbayes , les revenus des évèques, et autres dépouilles de Rome, que les nobles écossais ont gagnées l'épée à la main. Il voudrait aujourd'hui fonder de nouvelles ruches pour faire de nouveaux bourdons.

— John est un homme de Dieu, dit le régent , et son projet est d'une imagination dévote. »

Le sourire composé avec lequel ceci fut dit ôta à Morton toute possibilité de conjecturer si IMurray voulait approuver le plan du réformateur écossais, ou en parler en dérision. Se tournant alors vers Pioland Grœme , comme s'il eût pensé qu'il avait été assez long-temps témoin de cette conversation, il lui ordonna de monter à cheval sur-le-champ , attendu que lord Lindesay était prêt depuis long-temps. Le page salua et sortit de l'appartement.

Conduit alors par IMichel, il trouva son cheval sellé et préparé pour le voyage, en face de la porte du palais où étaient assemblés une vingtaine de gens d'armes, dont le chef donnait des signes non équivoques d'impatience,

«Est-ce là ce singe de page que nous avons attendu si longtemps? demanda-t-il à l'Aile-au-Yent ; lord Ruthven atteindra le château bien avant ncus.» Michel répondit affirmativement , et ajouta que le jeune homme avait été retenu par le régent pour recevoir ses dernières instructions. Le chef prononça quelques mots inarticulés qui exprimaient son acquiescement , et il appela un des gens de sa suite: «Edward, dit-il, chargez-vous de ce gaillard, et qu'il ne parle à personne. » Puis, s'adressant à un vieux gentilhomme qu'il appela sir Robert , dont l'air était très-

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