‹ L'abbéChapitre 121 sur 250 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

attaché ni à l'une ni à l'autre. Il paraissait également certain que la place de page dans la maison de la reine déposée, à laquelle il venait d'être promu par l'influence du régent, lui avait été destinée par son enthousiaste aïeule , Madeleine Grœme ; car, à ce sujet , les paroles qui étaient échappées à Morton avaient été pour Uii un rayon de lumière. Cependant il n'était pas moins évident que le régent et Madeleine Grœme , l'un ennemi déclaré , l'autre fougueux défenseur de la religion catholique , l'un à la tête da nouveau gouvernement du roi, l'autre regardant ce gouvernement comme une usurpation criminelle, devaient exiger et attendre des services hien différents de l'individu qu'ils s'étaient accordés à recommander. Il ne fallait que très-peu de réflexion pour prévoir que ces prétentions contradictoires pourraient le placer hientôt dans une situation où son honneur ainsi que sa vie se trouveraient en danger. Mais Roland n'était pas d'humeur à prévoir le mal avant qu'il arrivât, ou à se préparer à combattre des dilTicultés avant qu'elles se présentassent. «Je vais voir, disait-il, cette belle et infortunée Marie Stuart dont j'ai tant oui parler ! et il sera bien assez temps alors de me décider si je me rangerai du parti du roi ou de celui de la reine. Ni l'un ni l'autre ne peut dire que je lui aie engagé ma parole , ni que je lui aie fait de promesse ; car ils m'ont tous entraîné en aveugle , sans me donner la moindre lumière sur ce que j'avais à faire. Mais il est heureux que le farouche Douglas soit entré ce matin dans le cabinet du régent, autrement je ne me serais jamais débarrasséde lui sans jurer solennellement de faire tout ce qu'il attendait de moi : et après tout c'est jouer un tour infâme à cette pauvre reine prisonnière que de placer près d'elle un page pour l'espionner. »

Ayant passé aussi légèrement sur une matière de cette importance, le jeune étourdi laissa errer ses pensées sur des sujets plus agréables. Tantôt il admirait les tours gothiques de Barnbougle, qui , s'élevant sur un rocher battu par la mer, dominent un des plus beaux paysages de l'Ecosse ; tantôt il considérait combien le pays varié où il voyageait devait procurer de plaisir aux amateurs de la chasse, aux chiens et aux faucons ; tantôt enfin il comparait la marche lente et monotone de ce voyage aux délices de parcourir librement les collines et les vallons pour se livrer à ses amusements favoris. Excité par ce joyeux souvenir , il donna un coup d'éperon à son cheval, et lui fit exécuter une caracole ; ce qui lui attira aussitôt une réprimande de son austère voisin, qui lui signi-

fia de garder le pas, et de marcher tranquillement et en bon ordre, à moins qu'il ne désirât qu'on prît de ses mouvements hors de la ligne, une note qui probablement lui serait très-désagréable.

Cette censure et la contrainte à laquelle Roland se trouva obligé rappelèrent à son souvenir son guide, son compagnon AdamWoodcock , toujours accommodant , toujours de bonne humeur. De ce point de départ, son imagination fît une rapide excursion jusqu'au château d'Avenel, à la vie libre et paisible des habitants, à la bonté de la protectrice de son enfance, n'oubliant pas les h(jtes des écuries, des chenils et de la fauconnerie. IMais tous ces sujets de méditation firent bientôt place au souvenir de Catherine Seyton , de cette énigme vivante, qui se présentait à son esprit, tantôt sous ses formes féminines , tantôt sous ses vêtements de page , tantôt sous les deux à la fois : tel un songe fantastique nous offre au même instant le même individu sous deux caractères différents. Le don mystérieux qu'il en avait reçu revint aussi à sa mémoire : cette épée qu'il portait alors à son côté, et qu'il ne devait tirer du fourreau que par l'ordre de sa souveraine légitime. Mais il était probable qu'il allait trouver la clef de ce mystère à la fin de son voyage.

Comme de pareilles idées passaient dans son esprit , E.oland Graeme, avec la troupe de lord Lindesay, arriva sur les bords du Queen's-Ferry : ils le traversèrent dans des bateaux qu'on tenait I)rêts à les recevoir. La seule aventure qui leur survint dans ce passage fut qu'un de leurs chevaux s'estropia en entrant dans le bateau , accident qui n'était pas rare alors , et qui n'a cessé que depuis quelques années, le passage ayant été rendu plus facile. Mais un fait qui caractérise plus particulièrement ces temps reculés, c'est qu'on fit feu sur la cavalcade, d'une couleuwine placée sur les créneaux du vieux chà-teau de Rosythe, situé au nord de ce lac, château dont le seigneur,se trouvant avoir quelque querelle publique ou privée avec lord Lindesay, employait cette manière d'exprimer son ressentiment. L'insulte cependant n'ayant eu aucun résultat fâcheux , resta sans vengeance, et nul événement digne de remarque n'eut lieu jusqu'à ce que la troupe fût arrivée à l'endroit où le Lochleven étendait ses magnifiques nappes d'eau aux rayons d'un brillant soleil.

Un antique château , qui occupe une île située presque au centre de ce lac , rappela au page le manoir d'Avenel où il avait été élevé. Mais ce lac était beaucoup plus considérable , et par-

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