CHAPITRE XX. aas
semé de plusieurs îles , indépendamment de celle sur laquelle la forteresse était située. Au lieu d'être entouré de collines comme celui d'Avenel, le Lochleven avait seulement, du côté du sud , un majestueux rempart de montagnes, formé par l'extrémité de l'une des chaînes du Ben-LomonJ : de l'autre côté , le lac était environné par la vaste et fertile plaine de Kinross.
Roland contempla , non sans une sorte de consternation , cette forteresse entourée d'eau , qui , alors comme aujourd'hui , ne consistait qu'en un large donjon environné d'une cour, laquelle était flanquée de deux tours rondes à ses angles , et renfermait dans son circuit d'autres bâtiments de peu d'importance. Quelques vieux arbres groupés près du château faisaient seuls diversion au sombre aspect de cette retraite. Le page, en considérant cet édifice si complètement isolé , ne put s'empêcher de gémir sur la situation d'une princesse captive , condamnée à demeurer dans de pareils lieux, et de se plaindre un peu en même temps de sa propre destinée.
« Il faut , pensa-t-il , que je sois né sous l'astre qui préside aux dames et aux lacs ; car je ne puis , d'aucune manière, éviter d'entrer au service des unes, et de demeurer au miUeu des autres. Mais s'ils ne m'accordent là-bas une liberté complète dans mes amusements et mes exercices, ils trouveront qu'il n'est pas plus difficile d'y enfermer un canard sauvage qu'un jeune homme en état de nager comme lui. »
La troupe venait d'atteindre le bord de l'eau, et un des hommes s'avança en déployant l'étendard de lord Lindesay et en l'agitant de droite et de gauche, tandis que le baron lui-môme sonnait fortement de son cor de chasse. Pour répondre à ce signal , on arbora au même instant une bannière sur le toit du château , et deux hommes s'occupèrent à démarrer une barque sur le rivage de l'île.
« Il faudra encore quelque temps avant qu'ils puissent arriver jusqu'à nous, dit le compagnon de lord Lindesay : ne ferions-nous pas bien d'aller jusqu'à la ville pour mettre ordre à notre toilette avant de paraître en présence?...
— Faites ce qu'il vous plaira , sir Robert , répondit Lindesay : quant à moi, je n'ai ni le temps ni l'envie de penser à de telles vanités. Cette femme m'a coûté plus d'une pénible promenade à cheval , et maintenant elle ne s'offensera pas d'un manteau usé et d'un pourpoint troué : c'est la Uvrée à laquelle elle a habitué l'Ecosse.
— Ne parlez pas si durement , dit sir Robert . si elle a eu dès torts , elle les a chèrement payés ; et en lui ôtant tout pouvoir réel , on ne voudrait pas lui refuser les hommages extérieurs qui sont dus à une femme et à une princesse.
— Je vous le répète , sir Robert , faites ce qu'il vous plaira . quant à moi , je suis maintenant trop vieux pour m'ajuster comme un galant afin d'orner le boudoir des dames.
— Le boudoir des dames, milord ! » dit Robert Melville en regardant la vieille tour grossière , « est-ce à ce sombre château , prison d'une reine captive, que vous donnez un nom si riant ?
— Nommez-le comme il vous plaira , répondit Lindesay ; si le régent avait désiré envoyer un homme capable d'entretenir galamment une reine captive, il est plus d'un noble à sa cour qui aurait brigué l'occasion de répéter quelque beau discours tiré d'Amadis des Gaules ou du Miroir de la chevalerie. Mais, quand il a nommé le vieux et rude Lindesay , le comte de Murray savait que Lindesay parlerait à une femme mal conseillée , comme ses anciennes fautes et sa situation actuelle l'exigent. Je n'ai pas recherché cet emploi ; on m'a pour ainsi dire forcé de le prendre , et pour le remplir, je ne veux pas m'astreindre àplus de cérémonie qu'il n'en faut en pareille circonstance. »
A ces mots , lord Lindesay sauta à bas de son cheval , et , s'enveloppant de son manteau de cavaher, s'étendit nonchalamment sur le gazon , en attendant l'arrivée de la barque qu'on voyait alors venir du château vers le rivage. Sir Robert Blelville , qui avait aussi mis pied à terre , se promenait çà et là sur le rivage , les bras croisés sur la poitrine, regardant souvent le château , et offrant dans tout son air un mélange de chagrin et d'inquiétude. Le reste de la troupe était immobile à cheval comme un groupe de statues, et l'on ne voyait pas môme remuer le bout des lances dressées perpendiculairem.ent vers le ciel.
Dès que le bateau s'approcha d'un quai mal construit qui servait de lieu d'embarquement et de débarquement , et près duquel on s'était arrêté, lord Lindesay se leva, et demanda à l'homme qui gourvernait la barque, pourquoi il n'en avait pas amené une plus vaste pour transporter sa suite.
« Sous votre bon plaisir , répondit le batelier , notre maîtresse nous a ordonné de ne pas amener au château plus de quatre personnes.
— Ta maîtresse est bien prudente , s'écria lord Lindesay , de