CHAPITRE XXI. 2"l
ne sont les biens de sa couronne? Qui doit fournir aux besoins d'une mère si ce n'est un fils affectionné comme le comte de JVIurray, qui possède d'une manière si étonnante et le pouvoir et la volonté ? Mais ne disiez-vous pas que c'est la crainte de quelque nouveau danger qui obscurcit vos traits si pleins d'affabilité? Sans doute un page est un formidable surcroît pour ma garde composée de femmes ; et maintenant que j'y songe , c'est probablement pour cette raison que lord Lindesay vient de refuser de se hasarder contre une force si imposante, sans être accompagné d'une suite convenable. »
Lady Lochleven tressaillit , et parut un peu surprise ; et Marie, changeant tout à coup de ton , passa de l'ironie doucereuse à l'accent d'une autorité sévère, et, composant en môme temps son maintien , elle dit, avec toute la majesté de son rang :
« Oui, milady, je sais que Ruthven est déjà dans ce château, et que Lindesay attend sur la rive le retour de votre barque pour le joindre avec sir Robert Melville. Dans quel dessein viennent-ils ici? Pourquoi n'ai-je pas été, avec la bienséance ordinaire, avertie de leur arrivée ?
— Leur dessein , madame, ils vous l'expliqueront eux-mèmes; mais il était inutile de vous les annoncer formellement, puisque Votre Grâce a des personnes qui jouent si bien le rôle d'espion.
— Hélas I ma pauvre Fleming, " dit la reine en se retournant vers la plus âgée des deux dames qui la suivaient, « tu vas être jugée, condamnée et pendue, comme un espion dans la garnison parce qu'il t'est arrivé de traverser la grande salle pendant que notre bonne hôtesse parlait à son pilote Randal aussi haut que sa voix pouvait s'élever. Mets de la laine dans tes oreilles , ma chère, si tu veux les garder et les porter plus long-temps. Souviens-toi
. que, dans le château de Lochleven, les oreilles et les langues ne sont pas d'usage , mais seulement de parade. JNotre digne hôtesse peut entendre et parler pour tout le monde. Nous vous dispensons de nous suivre plus loin, milady, » ajouta-t-elle en s'adressant encore une fois à l'objet de son ressentiment ; « nous nous retirons pour nous préparer à une entrevue avec ces seigneurs rebelles. Nous prendrons pour salle d'audience l'antichambre de notre chambre à coucher. Vous, jeune homme, » elle s'avança pour parler à Roland et changea tout à coup la finesse ironique de ses manières en raillerie de bonne humeur; «vous qui composez toute notre suite en hommes, depuis notre grand chambellan jus-
qu'aux derniers de nos huissiers, suivez-nous pour préparer les pompes de notre cour.
A ces mots elle se détourna et se dirigea lentement vers le château. Lady Lochleven croisa les bras, et sourit avec amertume et dépit en la voyant s'éloigner.
« Toute la suite en hommes!» murmura-t-elle, en répétant les dernières paroles de la reine. « Ah ! plût au ciel que ta suite n'eût jamais été plus nombreuse ! » Puis se tournant vers Roland, à qui elle avait fermé le passage pendant cette pause, elle changea de place pour le laisser passer, lui disant en même temps : « Es-tu déjà aux écoutes? suis ta maîtresse, mignon ; et répètelui , si tu veux, ce que je viens de dire. »
Roland Grœme se hâta de rejoindre la reine et les dames de sa suite, qui venaient de rentrer par une fausse porte communiquant du château au petit jardin. Ils montèrent un escalier sinueux jusqu'au second étage , qui était en grande partie occupé par une suite de trois chambres, ouvrant l'une dans l'autre, et formant l'appartement de la princesse captive. La première était une petite salle ou antichambre conduisant à un vaste salon , et plus loin se trouvait la chambre à coucher de la reine. Une autre petite chambre donnant dans le salon contenait les lits des deux dames d'honneur.
Roland, comme il convenait à son rang, s'arrêta dans le premier de ces appartements pour y attendre les ordres qui pourraient lui être donnés. D'une fenêtre grillée, il vit débarquer Lindesay, Melville et les gens de leur suite. Il observa qu'ils étaient reçus à la porte du château par un troisième noble, à qui Lindesay cria d'une voix haute et brusque : « Lord Ruthven, vous nous avez devancés.»
A cet instant l'attention du page fut éveillé par des cris convulsifs venus de l'appartement intérieur, et par les exclamations des femmes éplorées : il se précipita dans la seconde chambre pour offrir son secours. En entrant il vit que la. reine s'était jetée dans le grand fauteuil placé le plus près de la porte : elle était agitée par d'affreuses convulsions, et semblait à peine respirer. La plus âgée de ses deux dames la soutenait dans ses bras, tandis que la plus jeune lui arrosait alternativement le visage d'eau et de pleurs.
« Hâtez-vous, jeune homme! » s'écria la première tout alarmée, courez; appelez du secours; la reine s'évanouit.» . Mais Marie s'écria d'une voix faible et entrecoupée : « Restez. . .,