CHAPITRE XXII
et douloureuse maladie qu'il ne put supporter le poids de son armure , il s'était levé de son lit de souffrance pour commettre un meurtre en présence de sa souveraine. Le (ils avait joué un rôle principal dans cette scène de sang : il n'était donc pas extraordinaire que la reine , si l'on se rappelle l'état où elle se trouvait * lorsqu'un tel acte de cruauté avait été commis devant elle, ne pût se défendre d'une terreur instinctive en face de l'un des principaux acteurs de ce drame horrible. Elle répondit cependant avec grâce au salut de lord Ruthven, et tendit la main à George Douglas, qui s'agenouilla^ et la baisa avec respect : c'était la première marque des hommages d'un sujet que Roland Graeme eut vu rendre à la souveraine prisonnière... Elle le reçut en silence. Il y eut alors une courte pause, durant laquelle l'intendant du château, homme au front triste et à l'œil sévère, approcha, d'après l'ordre de George Douglas , une table et tout ce qu'il fallait pour écrire ; et le page , obéissant au signe muet de sa maîtresse , avança un grand fauteuil du côté où se tenait la reine, la table formant ainsi une espèce de barrière qui séparait IMarie et les personnes de sa suite de ces malencontreux et importuns visiteurs. L'intendant se retira dans ce moment, après avoir salué profondément. Lorsqu'il eut fermé la porte derrière lui , la reine rompit le silence : « Avec votre permission,milord,ie m'assiérai ; mes promenades ne sont pas, il est vrai, assez longues à présent pour me fatiguer beaucoup; cependant je trouve que le repos m'est nécessaire plus que de coutume. »
Elle s'assit donc, et, couvrant sa joue de sa belle main, elle lança tour à tour à chaque lord des regards perçants et expressifs.
Marie Fleming porta son mouchoir à ses yeux ; Catherine Seyton et Roland Graeme échangèrent un regard, qui montrait qu'ils étaient tous deux pénétrés des mêmes sentiments d'intérêt et de pitié à l'égard de leur royale maîtresse , au point de ne pouvoir penser à rien qui les regardât eux-mêmes.
« Je vous attends, milords,» dit la reine lorsqu'on fut resté environ une minute sans dire une seule parole; «j'attends le message que vous m'apportez de la part de ceux que vous appelez les membres du conseil secret. Je suis sûre que c'est une demande de par- I don , une prière qu'ils m'adressent de remonter sur le trône qui
i Elle était enceinte de sept mois lorsque Rlzzio fut tué sous ses jeux et la «ouvrit de son sang. a. m.
m^appar tient, sans user d'une justice trop rigoureuse envers ceux qui m'ont dépossédée.
— Madame, répondit Ruthven, il est pénible pour nous de dire de rudes vérités à une princesse qui nous a long-temps gouvernés. IMais nous venons vous offrir et non demander un pardon. En un mot , madame , nous venons vous proposer de la part du conseil secret de signer ces actes qui contribueront grandement à la pacification de l'État, à la propagation de la parole de Dieu, et au salut de votre vie future.
— Et attend-on de moi que j'accepte ces belles conditions sur parole? mi lords ; ne puis-je entendre le contenu de ces papiers réconciliateurs, avant qu'on me demande de les signer?
— Sans aucun doute, madame ; c'est notre dessein et notre désir que vous lisiez ce que vous êtes requise de signer , répondit Ruthven.
— Requise ! » répliqua la reine avec noblesse ; « mais ce mot convient bien à la chose. Lisez, milord. »
Lord Ruthven se mit|à lire une déclaration en règle, au nom de la reine , où il était établi qu'elle avait été appelée trop jeune à l'administration de la couronne et du royaume de l'Ecosse , qu'elle s'en était acquittée avec zèle jusqu'à ce que son esprit et son corps fussent si fatigués de cette tâche qu'elle devint incapable de soutenir plus long-temps les travaux et les soucis des affaires publiques ; que Dieu , dans sa bénédiction , lui avait accordé un fils qui donnait de grandes espérances ; qu'elle désirait lui assurer, môme de son vivant, sa succession à la couronne qui lui était due par son droit d'hérédité. « En conséquence , lui fai- * sait-on dire par cette proclamation , dans notre affection maternelle , nous déclarons abdiquer par ces présentes dictées de notre propre volonté , et abdiquons la couronne , le gouvernement et l'administration du royaume d'Ecosse en faveur de notre fils, afin qu'il puisse nous succéder comme prince légitime , et comme s'il eût été appelé au trône par notre mort. Et pour que cette abdi- . cation de notre royale autorité ait un effet plus entier et plus solennel , et que personne ne puisse prétexter cause d'ignorance , nous donnons charge, commission, et plein et entier pouvoir à nos fidèles cousins lord Lindesay de Byres et William lordRuthven,de \ paraître en notre nom devant l'assemblée la plus nombreuse de i noblesse, clergé et bourgeoisie qu'on pourra réunir à Stirling, et là , en notre nom et de notre part, publiquement et en leur pré-