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CHAPITRE XXII

sence, renoncera la couronne, au gouvernement, et à l'administration de notre royaume d'Ecosse. »

La reine l'interrompit à ces mots avec un extrême étonnement: u Qu'est-ce que cela? milords, dit-elle; mes oreilles sont-elles ■devenues rebelles à leur tour, qu'elles me fassent entendre des choses si extraordinaires ? Et au fait , il n'est pas surprenant -qu'ayant été frappées si long-temps par des paroles de révolte , elles impriment ce caractère à tout ce quelles apportent à mon esprit. Dites que je me suis trompée , milords 5 dites, pour l'honneur de vos personnes et de la noblesse écossaise, que mes loyaux cousins Lindesay et Ruthven , deux barons d'un ancien lignage et d'une grande réputation mihtaire, ne se sont point introduits dans la prison où languit leur souveraine , dans le dessein que cette proclamation annonce. Dites pour l'amour de l'honneur et de la loyauté, dites que mes oreilles m'ont trompée.

— Non , madam.e , » reprit Ruthven d'un ton grave , « vos oreilles ne vous trompent pas : elles vous trompaient alors qu'elles étaient fermées à la voix des prédicateurs de l'Evangile , et aux bons avis de vos fidèles sujets ; lorsqu'elles étaient ouvertes à la flatterie des adulateurs et des traîtres , des aventuriers étrangers et des mignons domestiques. Notre pays ne peut se laisser plus long-temps gouverner par une personne qui ne sait pas se gouverner elle-même , c'est pourquoi , je vous prie d'acquiescer au dernier désir de vos sujets et de vos conseillers , et de vous épargner à vous-même, ainsi qu'à nous, tous débats ultérieurs sur une question si pénible.

— Et voilà tout ce que mes sujets désirent de moi ? milord , » dit Marie du ton d'une amère ironie. « Se bornent-ils réellement à cette faveur si aisée à leur accorder; veulent-ils seulement que je cède cette couronne , qui m'appartient par droit de naissance , à un enfant qui est à peine âgé de plus d'un an ; que je laisse tomber mon sceptre, et que je prenne une quenouille ? Oh non I c'est trop peu pour eux. Cet autre rouleau de parchemin contient quelque chose de plus difficile à accorder sans doute , et qui peut mettre à une plus rude épreuve mon désir de céder aux vœux de mes vassaux.

— Ce parchemin , » répondit Ruthven , toujours avec son inflexible sévérité , et le déroulant comme il parlait , « est un acte émané de Votre Grâce , par lequel votre plus proche parent et le premier de vos sujets, Jacques comte de 3Iurray, est constitué

régent du royaume durant la minorité du jeune roi : il a déjà reçu

sa nomination du conseil secret. »

La reine fit entendre une espèce de soupir, et joignant ses mains , elle s'écria : « La tlèche vient-elle de son carquois? estelle lancée par l'arc de mon frère ? Hélas I je regardais son retour de France comme ma seule, ou du moins comme ma plus prompte chance de délivrance ; et cependant , lorsque j'ai appris qu'il s'était chargé du gouvernement, je me suis douté qu'il rougirait de commander en mon nom.

— Je dois vous prier, madame, dit lord Ruthven , de répondre à la demande du conseil.

— La demande du conseil ! reprit la reine , dites plutôt à la demande d'une hande de brigands, impatients de se partager les dépouilles dont ils se sont emparés. A une demande telle , et faite par la bouche d'un traître, dont la tête aurait été depuis long-temps clouée aux portes d'Edimbourg . sans la pitié qui m'a retenue , Marie d'Ecosse n'a point de réponse à faire.

— J'espère , madame, dit lord Ruthven, que ma présence, qui vous est désagréable, n'ajoutera pas à votre obstination ; vous devriez vous rappeler que la mort de votre favori Rizzio a coûté à la maison de Ruthven sa tête et son chef. Mon père , qui valait mieux qu'un état tout entier peuplé de pareils sycophantes , est mort en exil et le chagrin dans le cœur. »

La reine se couvrit le visage de ses mains , et , restant les bras appuyés sur la table , elle pencha sa tête et pleura si amèrement qu'on voyait deux ruisseaux de larmes couler à travers ses doigts blancs et effilés, avec lesquels elle s'efforçait de les cacher.

« 3Iilords , dit sir Ptobert Melville , c'est trop de rigueur. Avec la permission de vos Seigneuries, nous sommes venus ici non pour faire revivre d'anciens griefs , mais pour trouver le moyen d'en éviter de nouveaux.

— Sir Robert Melville , répliqua Ruthven , nous savons bien pourquoi nous avons été envoyés : aussi était-il inutile que nous nous fissions accompagner par vous.

— Oui , par mon épée , s'écria lord Lindesay. Je ne sais pas pourquoi on nous a embarrassés de ce bon chevalier, à moins qu'il ne vienne jouer le rôle du morceau de sucre que les apothicaires mettent dans leurs médecines amères lorsqu'ils veulent les faire prendre à un enfant rétif. Mais cela n'est pas nécessaire lorsqu'on a les moyens de faire avaler la médecine autrement.

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