CHAPITRE XXII
qui menacent aujourd'hui ma vie pour m'être laissée tomber dans les filets qu'ils m'avaient eux-mêmes tendus!
— Madame, dit Ruthven , nous savons que vous êtes orateur ; et c'est peut-être pour cette raison que le conseil a envoyé vers vous des hommes qui connaissent plus la guerre que le langage des écoles, ou les intrigues des cours. Nous désirons seulement savoir si, sous la garantie de la vie et de l'honneur , vous voulez abdiquer le gouvernement du royaume d'Ecosse ?
— Et quelle garantie aurai-je , dit la reine , que vous garderez fidèlement le traité, si je consens à céder ma dignité royale pour obtenir la réclusion, et le droit de pleurer sans témoins?
— Vous aurez notre honneur et notre parole , madame, répondit Ruthven.
— Ce sont des garanties bien faibles, bien peu solides , milord , dit la reine; ne pourriez-vous y ajouter la moindre bagatelle , ne fût-ce qu'un duvet de chardon d'Ecosse pour leur donner du poid§ dans la balance.
— Sortons^ Ruthven , dit Lindesay : elle a toujours été sourde à tous les conseils, si ce n'est à ceux des flatteurs et des sycophantes; qu'elle soit abandonnée à son refus, et qu'elle en subisse les suites.
— Arrêtez , milord I s'écria sir Robert Melville; ou plutôt permettez-moi d'avoir quelques minutes d'entretien particulier avec Sa Grâce. Si ma présence peut être utile à quelque chose, ce doit être comme médiateur ; ne quittez pas le château, je vous en conjure, ne rompez pas la conférence, avant que je vous annonce le parti que Sa Grâce aura résolu définitivement de prendre.
— Nous resterons au château une demi-heure, répondit Lindesay : mais en méprisant notre parole et la garantie de notre honneur , cette femme a outragé mon nom : qu'elle réfléchisse donc sur le parti qu'elle va prendre sans nous. Si la demi-heure se passe sans qu'elle se soit déterminée à acquiescer aux demandes de la nation, sa carrière sera courte. »
Les deux lords quittèrent l'appartement sans beaucoup de cérémonie, traversèrent le vestibule, et descendirent l'escalier tournant : le bruit de la grande épée de Lindesay retentissait sur chaque marche. George Douglas les suivit après avoir échungé avec Melville un geste desurpriseet de sympathie.
Aussitôt qu'ils furent partis, la reine donnant cours à ses craintes, à son chagrin et à son agitation, se jeta sur son siège, se tordit
les mains , et sembla s'abandonner au désespoir. Ses deux suivantes, baignéesde pleurs, s'efforçaient de la prier de se remettre, et sir Robert Melville , se mettant à ses genoux, lui fit la même prière. Après avoir éclaté en sanglots , et donné cours à son chagrin , elle dit à Melville : « Ne vous agenouillez pas devant mof, Melville, ne vous raillez pas de moi par l'hommage du corps, lorsque le cœur en est si loin. Pourquoi restez-vous avec une reine déposée, condamnée, qui n'a peut-être que peu d'heures à vivre? Yous avez été favorisé par moi aussi bien que les autres; pourquoi continuer plus long-temps qu'eux à me montrer une reconnaissance et une gratitude stériles ?
— Madame, dit sir Robert Melville, que le ciel me soit en aide! mon cœur vous est aussi dévoué que lorsque vous étiez dans toute votre grandeur.
— Dévoué I dévoué I » répéta la reine avec une légère impression de mépris ; « assez , Melville ; que sert le dévouement qui s'allie à la fausseté de mes ennemis ? Et d'ailleurs, ta main n'a pas assez bien fait connaissance avec ton épée, pour que je puisse me lier à toi dans une affaire qui demande unmâle courage. O Seyton, où est ton vaillant père? lui, il est prudent , fidèle et courageux. >»
Roland Greeme ne put retenir plus long-temps le désir empressé d'offrir ses services à une princesse si malheureuse et si belle. "Si une épée, dit-il, madame, est bonne à quelque chose pour seconder la sagesse de ce grave conseiller, ou pour défendre votre juste cause, voici la mienne, et ma main est prête à la tirer du fourreau. » En parlant ainsi , il saisit d'une main son épée et plaça l'autre sur la poignée.
A ce mouvement , Catherine Seyton s'écria : « Il me semble , madame, que Je reconnais un objet qui vient de mon père ! » et à l'instant, traversant l'appartement , elle prit Roland G-rœme par le pan de son manteau , et lui demanda vivement d'où lui venait cette épée .
Le page répondit d'un air surpris : « Il me semble qu'il ne s'agit pas de plaisanter dans ce moment. Sûrement, belle demoiselle , vous savez très-bien de qui et comment j'ai reçu cette épée.
— Est-ce le moment de rire ? répliqua Catherine Seyton; dégainez à l'instant î
— Si la reine me le commande, » dit le jeune homme en tournant ses regards vers sa jeune maîtresse.
— Fi donc, jeune fille I s'écria la reine. Voudrais-tu exciter ce