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CHAPITRE XXII

pauvre enfant à combattre inutilement avec les deux meilleurs soldats de l'Ecosse ?

— Pour la cause de Votre Grâce, répliqua le page , je risquerais ma vie contre eux ?» et à ces mots, il tira presque son épée hors du fourreau. Une pièce de parchemin roulée autour de la lame sortit et tomba sur le plancher. Catherine Seyton s'en saisit avec empressement.

« C'est l'écriture démon père, dit-elle, et sans aucun doute, il vous fait savoir ce que Votre 31ajesté a de mieux à faire; je savais que le billet devait être envoyé dans cette arme , mais j'attendais un autre messager.

— Sur ma foi, charmante Catherine, reprit Roland, si vous ne saviez pas que je portais cette mission secrète, j'étais encore plus ignorant I »

La reine jeta les yeux sur le billet, et resta quelque temps plongée dans de profondes réflexions. « Sir Ptobert Mel ville , » dit-elle lorsqu'elle en sortit ; « ce parchemin me conseille de céder à la nécessité, et de souscrire aux actes que ces hommes inflexibles ont apportés avec eux, comme une personne qui cède à la crainte inspirée naturellement par des menaces de rebelles et de meurtriers. Pour vous, sir Pvobert, vous êtes un homme sage, et Seyton est également prudent et brave : aucun de vous , je pense , ne voudrait me trahir dans cette affaire.

« Madame, dit Melville, si je n'ai pas la force de corps de lord Herries ou de lord Seyton, je ne leur cède pas en zèle pour le ser* vice de Votre 3ïajesté. Je ne puis combattre pour vous comme ces deux lords ; mais aucun d'eux n'est plus disposé à mourir pour vous sauver.

— Je le pense, mon vieil et fidèle conseiller, dit la reine ; et croyez-moi, Melville, je n'ai été qu'un moment injuste envers vous. Lisez ce que lord Seyton nous écrit, et donnez-nous làdessus votre avis.»

Il regarda le parchemin, et répondit à l'instant. « Oh ! ma chère et loyale maîtresse, la trahison seule pourrait vous donner un avis différent de celui que lord Seyton vous communique dans cette lettre. Lui, Herries, Huntly, l'ambassadeur anglais Throgmorton, et d'autres de vos amis, sont tous de l'opinion que tout acte fait par vous dans ces murs doit perdre tout son effet comme extorqué à Votre Grâce par la force, la douleur, la crainte de ces hommes, et les suites fâcheuses qu'aurait pu amener votre refus. Cédez donc

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au torrent, et soyez assurée qu'en signant cet acte qu'ils vous présentent vous ne vous engagez à rien, puisque votre signature manque de ce qui seul peut la rendre valide, la libre volonté de celle qui la donne.

«Ah ! voilà ce que me conseille lord Seyton , répondit Marie; cependant il me semble que la fille de tant de rois, en cédant le droit qu'elle tient de sa naissance, parce que les rebelles la pressent de leurs menaces, se montrerait peu digne du trône, et qu'en lisant les annales de mon règne, la postérité regarderait cette cession comme une tache à la renommée de Marie Stuart. Non ! sir Robert Melville, les traîtres peuvent m'accabler de menaces terribles et de paroles insolentes ,• mais ils n'oseront jamais porter leurs mains sur notre personne.

— Hélas I madame, ils ont déjà tant osé, et ils ont déjà été si loin qu'ils n'ont plus qu'un pas à faire pour en venir à la dernière extrémité.

— Oh I jamais, » dit la reine, ses craintes l'accablant de nouveau, «des nobles écossais ne voudraient prêter leurs mains pour assassiner une femme sans secours !

— Pensez-vous, madame, répondit Melville, à tant d'horribles scènes dont nous avons été témoins? Est-il action si noire qu'une main écossaise n'ait pas osé accomplir ? Lord Lindesay, outre son caractère naturellement farouche et emporté, est proche parent de Henri Darnley, et Ruthven a conçu des plans profonds et dangereux. De plus, le conseil parle de preuves écrites, d'une cassette de lettres... que sais-je enfin ?

— Ah ! bon jMelvillel répondit la reine, si j'étais aussi sûre de l'intégrité de mes juges que de mon innocence... Et cependant...

— Oh I songez, madame, dit Melville, que l'innocence môme doit quelquefois se soumettre pour un temps au blâme injurieux. En outre vous êtes ici...»

Il jeta un regard autour de lui, et s'arrêta.

« Parlez Melville, dit la reine, aucun de ceux qui approchent de ma personne ne peut me vouloir du mal; jusqu'à ce pauvre page que j'ai vu aujourd'hui pour la première fois de ma vie, je ne crains pas que tous entendent ce que vous allez me communiquer.

— Eh bien I madame, répondit Melville, dans une telle occasion, et comme il a apporté le message de lord Seyton, je parlerai devant lui et devant ces belles dames, dont je ne conteste point la fidélité

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