CHAPITRE XXIII
Seyton;mais elle était en habits de femme , bien différents de ceux qu'elle portait lors de leur première rencontre, et qui convenaient à sa naissance comme fille d'un puissant baron, et à son rang comme suivante d'une princesse. « Il me parait , beau page, lui dit-elle , que savoir vous tenir aux écoutes est une des qualités qui vous sont communes avec vos confrères.
— 3Ia jolie sœur, » répondit Roland sur le même ton , « si certain de mes amis possède aussi bien les autres mystères de notre profession qu'il sait jurer, faire le fanfaron et manier la houssine, il n'a besoin de consulter aucun autre page de la chrétienté pour se faire initier davantage dans notre vocation.
— A moins que ce beau discours ne veuille dire que vous avez été soumis vous-même à la correction de la houssine depuis notre rencontre , ce dont je ne mets pas en doute la possibiUté , je vous avoue, beau page , que je me perds à vouloir comprendre ce qu'il signifie. Mais ce n'est pas le temps de discuter sur cela , on apporte le repas du soir. Allons , sire page , remplissez votre office. »
Quatre domestiques entrèrent portant des plats ; ils étaient précédés par ce vieil intendant à l'air sévère que Roland avait déjà vu , et suivis par George Douglas, petit-fils de lady Lochleven, avons-nous dit, et qui , en sa qualité de sénéchal, représentait en cette occasion son père, le maître du château. Il entra les bras croisés sur la poitrine , et les yeux fixés vers le plancher. Avec le secours de Roland Graeme , une table fut dressée convenablement dans la chambre voisine , qui était celle du milieu ; les domestiques y déposèrent respectueusement ce qu'ils portaient , et lorsqu'ils eurent complètement garni la table, Douglas et le vieil intendant s'inclinèrent profondément , comme si leur royale prisonnière eût été assise pour prendre son repas. La porte s'ouvrit et Douglas s'empressa de lever les yeux ; mais il les rebaissa vers la terre lorsqu'il vit que c'était seulement Maiie Fleming qui entrait.
« Sa Grâce, dit-elle , ne soupera pas ce soir.
— Espérons qu'elle en décidera autrement , répliqua Douglas. En attendant , madame , veuillez remarquer que nous nous acijuittons de notre office. »>
L n domestique présenta du pain et du sel sur un plateau d'argent , et le vieil intendant coupa successivement un morceau de chaque plat servi que Douglas goûta , comme c'est la coutume à la table des princes , où l'on craint que la mort ne se glisse sous toutes les formes.
« Ainsi , la reine ne sortira pas ce soir ? reprit Douglas.
— Elle l'a ainsi résolu , répondit lady Fleming.
— Nos services sont donc maintenant inutiles ; nous vous laissons souper, belles dames , et nous vous souhaitons le bonsoir. »
Il se retira lentement comme il était venu, avec le môme air de profond abattement, et il fut suivi parles domestiques du château. Les deux dames se mirent à table , et Roland Grœme , dans sa vivacité empressée , se préparait à les servir. Catherine dit quelques mots à l'oreille de sa compagne , qui à son tour lui demanda en regardant le page : « Est-il d'un sang noble et bien élevé ? »
La réponse qu'elle reçut lui parut satisfaisante , car elle dit à Koland :« Asseyez-vous, jeune homme, et mangez avec vos sœurs de captivité.
— Permettez-moi plutôt de remplir mon devoir en les servant, » dit Roland, curieux de montrer qu'il connaissait le ton de haute déférence prescrit par les règles de la chevalerie envers le beau sexe, et surtout envers les dames et les demoiselles de qualité,
« Vous verrez, sir page, dit Catherine, que vous n'aurez pas grand temps pour votre repas ; ne le consumez donc pas en cérémonies , ou vous vous repentiriez de votre politesse avant demain matin.
— Yous parlez trop librement, mademoiselle, reprit la dame âgée. La modestie de ce jeune homme doit vous apprendre à vous conduire plus convenablement envers une personne que vous avez vue aujourd'hui pour la première fois. »
Catherine Seyton baissa les yeux, non sans avoir jeté un regard d'intelligence à Roland , auquel sa grave compagne s'adressa ensuite d'un ton de protection.
« Ne l'écoutez pas , jeune homme : tout ce qu'elle sait du monde se borne aux habitudes d'un couvent de province. Prenez place au bout de la table , et réparez vos forces épuisées par le voyage que vous avez fait aujourd'hui. »
Roland Greeme obéit bien volontiers, car c'était la première nourriture qu'il prenait de la journée; en effet, Lindesay et ses hommes d'armes semblaient ne pas faire attention aux besoins de l'humanité. Cependant, malgré son bon appétit, une galanterie naturelle , le désir de montrer en lui un homme bien élevé , et connaissant toutes les politesses d'usage envers le beau sexe, et , je crois aussi , le plaisir de servir Catherine Seyton , tout cela , dis-je, tint son attention éveillée pendant tout le repas sur ces petits ser-