CHAPITRE XXIII
savez , ma chère lady Fleming , que j'ai à combattre à la fois en moi-même l'orgueil de mon père et la fierté de ma mère. Dieu les bénisse ! ils m'on légué ces bonnes qualités , ayant , dans ces temps désastreux , peu d'autres biens à me laisser ; aussi suis-je entêtée et arrogante ; mais que j'aie seulement passé une semaine dans ce château , et mon caractère, ma chère lady Fleming, sera aussi assoupli , et deviendra aussi bon que le tien. »
Le sentiment que lady Fleming avait de sa propre dignité , et son amour de l'étiquette, ne purent résister à cet appel afTectueux. Elle embrassa Catherine Seyton à son tour avec amitié, et répondant à la dernière partie de son discours: « Blaintenant, dit-elle , que Notre-Dame veuille , ma chère Catherine , que vous ne perdiez rien de cette légèreté de cœur et d'humeurjoyeuse qui vous convient si bien. Faites seulement une prudente attention à la causticité de votre esprit sans frein , et nous n'aurons alors qu'à nous en louer ; mais laissez-moi partir, petite folle , j'entends Sa Grâce qui m'appelle. » Et s'arrachant des bras de Catherine , elle se dirigea vers la porte de la chambre de la reine , d'où se faisait entendre le son adouci d'un sifflet d'argent qui , employé aujourd'hui seulement par les contre-maîtres de la marine royale , était alors, faute de sonnettes , l'instrument ordinaire avec lequel les dames, même du plus haut rang, appelaient leurs domestiques. Lorsque Marie Fleming eut fait deux ou trois pas vers la porte de l'appartement de la reine, elle se retourna, et, s'avançant vers les jeunes gens qu'elle laissait seuls , elle leur dit très-sérieusement , quoique à voix basse : « Je crois qu'il est impossible à aucun de nous , et dans aucune circonstance , d'oublier que seuls , malgré notre petit nombre , nous formons la maison de la reine d'Ecosse ; et que, pendant le temps de son malheur , tous jeux enfantins , toutes plaisanteries puériles ne peuvent servir qu'à donner un sujet de triomphe à ses ennemis: car déjà ils ont trouvé leur compte à lui reprocher la légèreté et les folies badines de la jeunesse de sa cour. » A ces mots, elle quitta l'appartement.
Catherine Seyton parut frappée de cette remontrance. Elle se laissa tomber sur le siège d'où elle s'était levée pour aller embrasser dame Marie Fleming , et resta quelque temps le front appuyé sur ses mains, tandis que Roland Grseme la regardait avec attention et avec un mélange d'émotions qu'il n'aurait peut-être pas pu analyser ou expliquer lui-môme. En levant son front, que certains petits reproches intérieurs l'avaient contrainte de baisser,
ses yeux rencontrèrent ceux de Roland , et s'animèrent graduellement de leur expression habituelle de finesse et de malice ; cette rencontre éveilla naturellement une expression semblable dans les yeux du page. Ils restèrent assis environ deux minutes à se considérer l'un l'autre avec un grand sérieux dans le reste de leur physionomie , et la gaieté dans les yeux seuls. Catherine Seyton lut la première à rompre le silence :
« ,Puis-je vous prier, beau sire, » dit-elle avec une gravité affectée, « de me déclarer si vous voyez dans ma figure quelque chose qui puisse justifier les regards intelligents et curieux dont il plaît à Yotre Seigneurie de m'honorer. Il semblerait qu'il y a une merveilleuse confiance et une intimité entre nous , beau sire , à en juger d'après vos regards si fins : Notre-Dame me protège I et pourtant je ne vous ai jamais vu que deux fois dans ma vie.
— Et quelles furent ces deux heureuses occasions , demanda Roland, s'il mest permis de vous adresser cette question ?
— Au couvent de Sainte-Catherine , répondit la demoiselle, pour la première fois ; et pour la seconde, durant cinq minutes d'une incursion qu'il vous plut de faire dans la maison de mon seigneur et père lord Seyton, d'où vous vous êtes tiré, à ma grande surprise, et probablement à la vôtre, avec un présent d'amitié et de reconnaissance, au lieu d'avoir les os brisés : car telle devait être la récompense la plus probable de votre audace, considérant l'humeur peu endurante de la famille des Seyton. Je suis trèsfàchée, » ajouta-t-elle ironiquement, « que vos souvenirs aient besoin d'être rafraîchis sur un sujet si important : il est humiliant pour moi que ma mémoire soit meilleure que la vôtre dans une telle occasion.
— Votre mémoire n'est pas tout à fait exacte, belle demoiselle, répondit le page, car vous avez oublié notre troisième rencontre, à l'hôtellerie de Saint-Michel, lorsqu'il vous plut de lancer votre lioussine à travers le visage de mon camarade, avec l'intention, j'en réponds, de montrer que dans la famille des Seyton , ni la colère et la promptitude, ni l'usage du pourpoint et de la chaussure, ne sont soumis à la loi sahque ou réservés exclusivement aux hommes.
— Reausire," répondit Catherine en le regardant fixement et avec surprise, « à moins que votre esprit ne vous ait abandonné, je me perds à chercher le sens de vos paroles.
— Par ma foi, belle demoiselle ! répliqua Roland, je serais aussi