CHAPITRE XXIII. 26S
habile sorcier que Michel Scott, que je pourrais à peine expliquer un pareil songe. Ne vous ai-je pas vue hier au soir dans l'hôtellerie de Saint-Michel? Ne m'avez-vous pas apporté cette épée, avec l'ordre de ne la tirer qu'au commandement de ma légitime et native souveraine ? et n'ai-je pas fait ce que vous avez exigé de moi? Ou bien, cette épée est-elle une latte, mon discours un roseau, mon souvenir un rêve, et mes yeux ne sont-ils bons qu'à être enlevés de ma tôte par les corbeaux?
— Au fait, si vos yeux ne vous servent pas mieux dans d'autres occasions que dans votre vision de Saint-Michel, je ne crois pas, la douleur à part, que les corbeaux puissent vous nuire beaucoup en vous en privant. Mais écoutez la cloche. . . Silence, pour l'amour de Dieu I on vient nous interrompre.»
Catherine ne se trompait pas; car le son grave de la cloche n'avait pas plus tôt commencé à se faire entendre sous les voûtes de la aile, que la porte du vestibule s'ouvrit, et l'intendant, avec son air sévère, sa chaîne d'or et sa baguette blanche, entra dans l'appartement, suivi des mêmes domestiques qui avaient placé le dîner sur la table, et qui l'enlevèrent avec les mômes formalités cérémonieuses.
L'intendant resta immobile comme un vieux portrait de famille, tandis que les domestiques remplissaient leur office. Lorsqu'ils eurent terminé, que le dîner fut desservi, et la table elle-même débarrassée et rangée contre le mur, l'intendant dit d'une voix sourde, sans s'adresser à personne en particuliei, et un peu du ton d'un héraut qui lit une proclamation : « Ma noble maîtresse, née dame Marguerite Erskine, Douglas par son mariage, fait savoir à lady 3Iarie Stuart, et à sa suite qu'un serviteur du saint Évangile, son révérend chapelain, fera ce soir, comme à l'ordinaire, un sermon et une instruction suivant les formes de la congrégation des évangélistes.
— Ecoutez, mon ami monsieur Dryfesdale, dit Catherine ; je comprends que c'est chez vous affaire d'habitude de répéter tous les soirs cette formule. Sachez cependant que lady Fleming et moi, car je pense que votre insolente invitation ne concerne que nous, nous avons choisi pour aller au ciel le chemin de saint Pierre; ainsi je ne vois personne à qui votre excellente homélie, sermon ou catéchisme, puisse profiter, excepté ce pauvre page, qui, étant aussi bien que vous-même entre les griffes de Satan, fera mieux de vous suivre que de rester à nous troubler dans nos dévotions mieux entendues.»
266 L'i^BBÉ.
Le page était sur le point de donner un démenti formel à l'assertion que renfermaient ces paroles, lorsque, se rappelant ce qui s'était passé entre lui et le régent, et voyant Catherine lever son doigt pour l'avertir, il se crut, comme autrefois au château d' Ave- Bel, obligé de se soumettre à la dissimulation ; il descendit donc avec Dryfesdale, et le suivit à la chapelle du château, où il entendit l'oflice du soir.
Le chapelain se nommait Élie Henderson. C'était un homme .dans la force de l'âge; il avait de grands talents naturels, soigneusement développés par la meilleure éducation que l'on pût recevoir à cette époque. A ces qualités se joignait une logique claire et .pressante, et une certaine éloquence naturelle soutenue par une profonde érudition. La foi religieuse de Roland Grseme, comme nous avons déjà eu l'occasion de l'observer, ne reposait pas sur une base solide ; mais elle avait été soutenue par l'obéissance aux .commandements de sa grand'mère, et par son désir secret de contredire le chapelain d'Avenel, plutôt que par une connaissance raisonnée et un amour sincère des dogmes de l'Église romaine- .Ses idées depuis peu avaient été agrandies par les scènes dont il avait été le témoin -, et sentant qu'il était honteux de ne rien comprendre à ces disputes si importantes, même pour le mouvement politique de l'époque, entre les docteurs de l'ancienne reli- , gion et ceux delà rehgion réformée, il écouta avec plus d'attention qu'il n'avait fait jusqu'ici, en pareille circonstance, une discussion animée sur les principaux points de dissidence entre les deux Eglises. Ainsi se passa le premier jour au château de Lochleven ; et ceux qui le suivirent furent pendant quelque temps d'une uniformité monotone.