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CHAPITRE XXIV

LES SOLPÇO.NS.

C'est une bien trlsle vie j des roules au dessus de la tête, des grilles et des barreaux autour de moi ; mes tristes heures passe'es avec de trisles compafmons, qui couvent leurs malheurs particuliers dans leurs pcnse'es , et qui sont éloigne'; de prendre part aux miens. Le Biicheron, drame.

Le genre de vie auquel Marie et sa petite suite se voyaient condamnées était solitaire et retiré au dernier point; la seule variété dans cette existence dépendait du temps, qui permettait ou rendait impossible la promenade habituelle de la reine dans le jardin ou sur les remparts. Elle travaillait la plus grande partie de la matinée avec ses dames à ces ouvrages d'aiguille, dont quelques-uns nous restent comme preuve de son infatigable application. A cette heure, le page avait la permission de se promener en liberté dans le château et dans l'îlot ; quelquefois môme il était Wîgagé à suivre George Douglas lorsque le jeune sénéchal allait chasser sur le lac ou sur ses bords ; ces occasions de divertissement étaient assombries par la mélancolie remarquable qui paraissait toujours couver sur le front de ce gentilhomme, et influer sur toute sa conduite. Sa tristesse était si profonde que Roland ne le voyait jamais sourire et ne l'entendait jamais dire une seule parole qui n'eût pas rapport à l'objet présent de leur exercice.

Les moments de. la journée les plus agréables pour Roland étaient ceux qu'on lui permettait de passer en compagnie avec la reine et ses suivantes, ainsi que le temps régulier du dîner, qu'il partageait avec dame Marie Fleming et Catherine Seyton. Dans ces moments il avait souvent occasion d'admirer l'esprit vif et l'imagination inventive de cette dernière : elle ne se fatiguait jamais de ses efforts pour amuser sa maîtresse, et pour bannir pendant un temps du moins la mélancolie qui desséchait son cœur. £Ue dansait, elle chantait, elle racontait des histoires des âges anciens et modernes avec ce talent naïf dont le charme ne consiste pas, pour celui qui le possède, dans la vanité de briller aux yeux

des autres, mais dans la consciencieuse chaleur avec laquelle on l'exerce. Et néanmoins à une si haute perfection il se mêlait chez Catherine un air de rusticité et d'étourderie plus propre à une jeune villageoise, à la reine du cercle qui entoure l'arbre de mai, qu'à la descendante illustre d'un ancien baron. Une pointe d'audace, éloignée de l'effronterie, et ne ressemblant nullement à la grossièreté vulgaire, donnait un caractère piquant à tout ce qu'elle faisait. Marie, en la défendant quelquefois contre les reproches de sa grave compagne, la comparait à un oiseau qui, échappé de sa cage, répète gaiement sur les branches du taillis verdoyant les chansons qu'il apprit dans la captivité.

Les moments que le page pouvait passer en présence de cette créature enchanteresse s'écoulaient si rapidement pour lui , qu'ils balançaient l'ennui fatigant de tout le reste de la journée. Le temps de la conversation était cependant très-court, et jamais entretien particuher entre Catherine et lui n'était permis ; une pareille entrevue n'était pas même possible. Soit par quelque précaution spéciale pour l'honneur de la maison de la reine, soit que telles fussent ses idées générales des convenances, dam« Fleming semblait surtout attentive à ce point de discipline , et elle employait dans le seul intérêt de Catherine toute la prudence et l'expérience qu'elle avait acquises lorsqu'elle portait le titre de Mère des dames d'honneur de la reine, et par lesquelles elle s'était attiré la haine bien cordiale de ses subordonnées. Elle ne put empêcher cependant des rencontres fortuites : il aurait fallu pour cela que Catherine eût été plus soigneuse à les éviter, et Boland Grœme moins empressé à les rechercher. Un sourire , une raillerie , un sarcasme dépouillé de sa sévérité par le coup d'oeil qui l'accompagnait, était tout ce que le temps leur permettait dans de semblables occasions. ]Mais ces entrevues passagères ne fournissaient pas le temps et les moyens de renouveler la discussion sur les circonstances de leurs précédentes rencontres ^ elles ne permettaient pas non plus à Roland d'éclaircir la mystérieuse apparition du page au manteau de velours pourpre dans l'hôtellerie de Saint-Michel.

Les mois d'hiver avaient passé tristement et le printemps était déjà avancé, lorsque Roland Graîme observa un changement graduel dans la conduite de ses compagnes de prison. N'ayant à s'occuper d'aucune affaire, et, comme ceux de son âge, de son éducation et de sa condition , suflisamment curieux de ce

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