CHAPITRE XXIV
qui se faisait autour de lui , il arriva par degrés à soupçonner et enfin à se convaincre qu'il s'agitait, parmi ses compagnes de captivité, un plan qu'elles désiraient lui dérober. Il devint presque certain à ses yeux que , par des moyens à lui inconnus, la reine Marie entretenait une correspondance au-delà des murs et des flots qui entouraient sa prison , et qu'elle nourrissait quelque espoir secret de délivrance ou d'évasion. Dans les conversations avec ses suivantes, auxquelles il était nécessairement présent, la reine ne pouvait pas toujours s'empêcher de montrer qu'elle avait connaissance d'événements qui se passaient à l'extérieur du château , et que lui Roland n'apprenait que par son rapport. Il observa qu'elle écrivait plus et qu'elle travaillait moins qu'auparavant : d'un autre côté , comme si elle eût voulu endormir les soupçons, elle changeait de conduite envers lady Lochleven ; elle était plus gracieuse avec elle , et semblait se résigner à son sort. «Elles pensent que je suis aveugle, » se dit-il à lui-même , « et que je ne mérite pas qu'on ait confiance en moi, parce que je suis jeune , ou parce que j'ai été envoyé ici par le régent. Bien ! qu'il en soit ainsi , elles seront peut-être fort contentes d'avoir recours à moi dans quelque temps ; et Catherine Seyton , tout effrontée qu'elle est , peut trouver en moi un confident aussi sûr que ce taciturne Douglas, après lequel elle court sans cesse. Peut-être sont-elles fâchées que j'écoute les instructions de maître Ehe Henderson : mais c'est leur faute , elles m'y ont envoyé ; et si ce ministre parle avec vérité et bon sens, et prêche seulement la parole de Dieu, il vaut probablement le pape et les conciles. »>
Il est à croire que, dans cette dernière conjecture, Roland Grœme avait deviné la véritable cause qui empêchait les captives de lui découvrir leur projet. Il avait eu dernièrement plusieurs conférences avec Henderson au sujet de la religion, et il lui avait donné à entendre qu'il avait besoin de ses instructions , quoiqu'il n'eût pas jugé à propos de lui confesser qu'il -avait suivi jusqu'alors les dogmes de l'Église de Rome.
Elie Henderson, zélé propagateur de la foi réformée, avait été s'enfermer au château de Lochleven , dans l'intention expresse d'enlever à l'Eglise de Rome quelques-uns des serviteurs de la reine détrônée , et d'affermir la foi de ceux qui avaient déjà embrassé les doctrines protestantes. Peut-être son espoir tendait-il plus haut; peut-être élevait-il ses vues de prosélytisme jusqu'à la personne môme de la reine déposée.Mais l'obstination avec laquelle
Blarie et ses dames refusèrent de le voir ou de l'entendre rendit un tel projet, s'il le nourrissait, tout à fait impraticable.
Cependant l'occasion d'augmenter les connaissances religieuses de Roland Grœme , et de lui faire concevoir un sentiment convenable de ses devoirs envers le ciel , fut considérée par le bon homme comme une porte ouverte par la Providence pour le salut d'un pécheur. Il ne songeait pas, à la vérité, qu'il convertissait un papiste ; mais telle était l'ignorance que Roland montrait sur les points principaux de la doctrine réformée, que maître Henderson, tout en louant sa docilité en présence de lady Lochleven et de son petit-fils, manquait rarement d'ajouter que son vénérable frère, Henri Warden, devait être maintenant bien déchu en force et en esprit , puisqu'il trouvait un de ses cathécumènes si mal instruit sur les principes de sa croyance. Roland Graeme , il est vrai, ne pensait pas qu'il fût nécessaire de lui donner le véritable motif de cette ignorance , à savoir, qu'il s'était fait un point d'honneur d'oublier tout ce que Henri Warden lui avait enseigné, aussitôt qu'il n'avait plus été obligé de le répéter comme une leçon apprise par routine. Les leçons de son nouvel instructeur, si elles n'étaient pas données avec autant d'autorité, étaient reçues d'une oreille plus docile, et avec un plus grand désir d'instruction : la , solitude du château de Lochleven était d'ailleurs bien favorable à ces pensées plus graves que toutes celles que le page avait eues jusqu'ici. Il hésitait cependant encore comme une personne à demi persuadée. Mais son attention aux instructions du chapelain lui avait déjà gagné les faveurs mêmes de la vieille et sévère châtelaine : on lui permit une fois ou deux, mais avec de grandes précautions, d'allerau village voisin de Rinross, situé sur la terre Jerme, pour remplir quelques commissions peu importantes dont l'avait chargé son infortunée maîtresse.
Pendant quelque temps, Roland Grseme put être considéré comme neutre entre les deux partis qui habitaient la tour de Lochleven. 3Iais à mesure qu'il faisait des progrès dans l'opinion de la maîtresse du château et de son chapelain, il s'apercevait, à son grand chagrin , qu'il perdait du terrain dans celle de I\Iarie et de ses femmes.
Il en vint par degrés à penser qu'il était regardé comme un espion de leurs discours : au Ueu de l'aisance avec laquelle ces dames parlaient auparavant en sa présence , sans retenir aucun sentiment naturel de colère ou de chagrin, ou de joie, maintenant