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CHAPITRE XXIV

château, s'il était possible, et de faire part de son dessein àGeorge Douglas sans perdre de temps. Ce gentilhomme , silencieux comme à l'ordinaire, était assis à la poupe du petit esquif dont ils se servaient dans de telles occasions, arrangeant ses ustensiles de pèche , et de temps en temps indiquant par signes à Roland, qui maniait les rames, où il devait diriger la barque. Lorsqu'ils furent à quelque distance du château, Roland cessa de ramer, ets'adressant un peu brusquement à son compagnon : « J'ai quelque chose d'important à vous dire, si votre plaisir est dem'écouter, messire.»

A ces mots la passive mélancolie du visage deDouglas disparut; il tressaillit , et regarda le page de l'air empressé et pénétrant de quelqu'un qui s'attend à une communication grave et alarmante.

« Je suis fatigué à la mort de votre château de Lochleven, continua Roland.

— Est-ce là tout ? dit Douglas ^ je ne connais aucun de ses habitants qui soit plus charmé de son séjour.

— Mais je ne suis ni membre de la famille, ni prisonnier; je puis donc raisonnablement songer à changer de demeure.

-i— Vous auriez les mêmes raisons pour en changer , si vous étiez en même temps l'un et l'autre.

— Non seulement je suis fatigué de vivre dans le château de Lochleven, mais même je suis tout à fait déterminé à l'abandonner.

— C'est une résolution plus aisée à prendre qu'à exécuter.

— Aucunement , si Votre Seigneurie et votre mère lady Lochleven y consentent.

— Vous vous trompez , Roland; vous verrez que le consentement de deux autres personnes est également essentiel , celui de la reine Marie votre maîtresse , et celui de mon oncle le régent qui vous a placé auprès de sa personne , et qui n'entendra pas qu'elle change si tôt les personnes de sa suite.

— Et dois-je rester ici bon gré mal gré? ^> demanda le page un peu effrayé d'une perspective qu'une personne douée de plus d'expérience aurait entrevue plus tôt.

— Du moins , répondit George Douglas , vous devez y rester jusqu'à ce qu'il plaise à mon oncle de vous en faire sortir.

— Franchement, en vous parlant comme à un gentilhomme incapable de me trahir, je vous avouerai que, si je me croyais prisonnier ici , ni les murs ni le lac ne pourraient long-temps m'y retenir.

— Franchement, lui répondit Douglas, je ne pourrais vous blâmer de tenter cette évasion. Néanmoins, pour ce seul fait, mon père, ou mon oncle, ou le comte, ou l'un de mes frères, ou en un mot tous les lords du roi entre les mains desquels vous viendriez à tomber, vous feraient pendre comme un chien, ou comme une sentinelle qui a quitté son poste; et je vous promets que vous ne leur échapperiez pas facilement. Mais dirigeons-nous vers l'île de Saint-Serf; il s'élève une brise de l'ouest , et au vent de l'île nous ferons une bonne pêche à l'endroit où le courant est le plus fort. Lorsque nous aurons péché pendant une heure , nous reprendrons l'entretien.

Leur pèche fut heureuse -, mais jamais deux pêcheurs à la ligne ne furent plus silencieux.

Lorsque la pêche fut finie , Douglas prit les rames à son ioutj et par son ordre Roland Grseme prit le gouvernail en dirigeant la barque vers le lieu où ils devaient débarquer. Mais de son côté Douglas s'arrêta au milieu de sa course , et après avoir jeté les yeux autour de lui, il dit à Roland :

« Il y a une chose que je pourrais vous révéler-, mais il s'agit d'un secret si profond que même ici , entourés comme nous le sommes par les eaux et le ciel sans qu'on puisse nous entendre, je ne puis prendre sur moi de le découvrir.

— Il vaut mieux qu'il reste caché, monsieur, répondit Roland Grœme , si vous doutez de l'honneur de celui qui seul peut vous entendre.

— Je ne doute pas de votre honneur; mais vousétes jeune, imprudent et inconstfint ?

— Jeune! je le suis; je puis être imprudent aussi; mais qui vous a dit que je fusse inconstant ?

— Une personne qui vous connaît mieux peut-être que vous ne vous connaissez vous-même.

— Je suppose que vous voulez dire Catherine Seyton , » reprît le page dont le cœur battait à ce nom ; « mais elle est elle-même cinquante fois plus inconstante dans son humeur que les flots qui nous ballottent.

I — Mon jeune ami , reprit Douglas, je vous prie de vous rappeler que Catherine Seyton est une dame d'un sang et d'une naissance nobles , et qu'on ne doit pas en parler si légèrement.

— Maître George de Douglas, ces paroles m'ont tout l'air d'une menace ^ mais je vous prie d'observer que je fais aussi peu de cas

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