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CHAPITRE XXV

dans une aventure pour laquelle vous n'avez pas de vocation : un érudit comme vous doit connaître l'adage : Ne accesseris in consilium nisi vocatus. Qui vous a commandé cela ?

— Le maître au service duquel je suis appelé, » répondit le prédicateur en levant les yeux au ciel 5 « c'est lui qui m'a commandé de déployer mon zèle pour sa cause en toute occasion.

— Tous n'avez pas été souvent en rapport, ce me semble, avec les cours et les princes, continua le jeune écuyer.

— Non, monsieur, répondit Henderson; mais, comme mon maître Knox, je ne vois rien d'effrayant dans la jolie figure d'une belle dame.

— 3Ion fils, interrompit lady Lochleven, n'étouffez pas le zèle de ce brave homme , laissez-le se rendre auprès de l'infortunée princesse.

— Plus volontiers que je n'irais moi-même, » répliqua George Douglas. 3Iais il y avait quelque chose dans ses manières qui n'était pas d'accord avec ce qu'il disait.

Le ministre se rendit à l'appartement de la royale prisonnière et demanda une audience ; elle lui fut accordée. Il trouva Marie occupée avec ses deux dames à leur travail journalier: elles brodaient. La reine le reçut avec cette politesse qu'en pareil cas elle employait envers tous ceux qui l'approchaient, et le ministre, à son début , fut évidemment plus embarrassé qu'il ne s'y attendait : « La bonne dame de Lochleven, qu'il plaise à Votre Grâce. . . »

Il s'arrêta un moment, et Marie dit en souriant : « Ma Grâce serait en vérité charmée que lady Lochleven fût notre bonne dame ; mais poursuivez : quelle est la volonté de notre bonne dame de Lochleven.

— Elle désire , madame , reprit le chapelain , que Votre Grâce veuille bien permettre à votre page , à Roland Grœme , de se rendre à Rinross pour s'informer de l'arrivée de quelques paquets de tapisserie, envoyés d'Edimbourg pour meubler plus convenablement l'appartement de Votre Grâce.

— Lady Lochleven , répondit la reine , emploie une cérémonie inutile, en nous demandant notre permission pour une chose qui dépend de son bon plaisir. Nous savons bien qu'on nous aurait depuis long-temps privée des services de ce jeune homme si l'on n'avait pas pensé qu'il était plus aux ordres de la bonne dame qu'aux nôtres. Mais nous consentons de grand cœur à ce qu'il s'acquitte de sa commission ; nous ne condamnerons jamais de

notre propre volonté une créature vivante à la captivité que nous

devons soufTrir nous-mème.

Ah ! madame , reprit le prédicateur, il est sans doute naturel

à l'humanité de ne point souffrir sans plaintes la perte de la liberté. Cependant il est des personnes qui ont trouvé dans le temps passé au sein de la captivité temporelle les moyens de se racheter d'un esclavage plus terrible.

— Je sais ce que vous voulez dire , monsieur, mais j'ai entendu votre apôtre, j'ai entendu maître John Knox; et si j'avais eu à être pervertie , j'aurais volontiers cédé au plus éloquent et au plus savant des hérésiarques 5 misérable honneur qu'il aurait pu acquérir en triomphant de ma foi et de mon espoir !

— 3Jadame , ce n'est point aux talents et à l'habileté du laboureur que Dieu accorde une récolte abondante ; les vérités qui vous ont été présentées en vain par celui que vous appelez à juste titre notre apôtre , durant le tumulte et les fêtes de votre cour, peuvent mieux se faire entendre dans ces lieux où il vous est loisible de vous livrer à la réflexion. Dieu sait , madame, que je parle dans l'humilité de mon cœur, comme un homme qui ne se comparerait pas plus aux anges immortels qu'au saint homme que vous venez de nommer. Cependant , si vous vouliez appliquer à un noble et légitime usage ces talents et cette instruction que tout le monde vous reconnaît; s'il vous plaisait de nous laisser entrevoirie plus léger espoir que vous voulez entendre et méditer les puissants arguments qu'on peut alléguer contre l'aveugle superstition et l'idolâtrie dans lesquelles vous avez été élevée, je suis sûr que le plus éloquent de mes frères , que John Knox lui-même , se hâterait d'accourir ici pour retirer votre ame des erreurs de l'Eglise romaine qui l'enveloppent comme un filet...

— Je vous suis obligée, ainsi qu'à eux, de tant de charité, interrompit Marie ; mais comme maintenant je n'ai qu'une chambre d'audience , je la verrais avec regret changée en synode huguenot.

— Du moins, madame , ne restez pas opiniâtrement dans l'aveuglement de vos erreurs. Ecoutez un homme qui a supporté la faim et la soif, qui a veillé et prié pour se rendre digne d'entreprendre la belle tâche de votre conversion , et qui mourrait avec joie à l'instant où cette conversion si avantageuse pour vousmême, et si utile à l'Ecosse, serait enfin accomplie. Oui, madame, si je pouvais ébranler le dernier pilier qui soutient le

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