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CHAPITRE XXV

temple païen dans cette contrée , permettez-moi d'appeler ainsi votre foi dans les superstitions de Rome , je serais content de périr écrasé sous ses ruines.

— Je ne veux pas insulter à votre zèle, monsieur, répliqua la reine, en vous disant que vous êtes plutôt fait pour être l'amuse^ ment des Philistins que pour les écraser : votre charité mérite mes remercîments , car elle s'exprime chaudement , et son but peut être louable; mais pensez de moi aussi favorablement que je suis portée à penser de vous , et , croyez-le bien , mon désir de vous rappeler dans l'ancienne et la seule bonne voie n'est pas moins ardent que le zèle qui vous porte à m'enseigner ce nouveau sentier tortueux qui conduit au paradis.

— Eh bien I madame , si telles sont vos généreuses intentions, » dit Henderson avec feu , « qui empêche de consacrer une partie de ce temps, qui malheureusement n'est que trop à la disposition de Votre Grâce , à discuter une question aussi importante? Tout le monde sait que vous brillez par l'esprit et l'instruction ; et quoique je n'aie pas un tel avantage , je suis fort dans ma cause, et aussi solide qu'une tour. Pourquoi ne consacrerions-nous pas quelques moments à nous efforcer de découvrir qui de nous deux est dans l'erreur sur une matière aussi importante ?

— Non , dit la reine Marie , je ne présume pas assez de ma force pour accepter un combat en champ clos avec un théologien polémique : en outre, la partie n'est pas égale. Tous, monsieur, vous pourriez vous retirer lorsque vous verriez que vous allez perdre la bataille ; tandis que moi , je suis Hée au poteau , et je n'ai pas la liberté de dire que le combat me fatigue. Je désire être seule. »

Elle accompagna ces mots d'un profond salut; et Henderson , qui , malgré son zèle ardent, ne négligeait pas les bienséances , salua la reine à son tour, en se préparant à sortir.

« Je désire, ajouta-t-il , que mes souhaits ardents, mes prières zélées , puissent procurer à Votre Grâce le vrai bonheur et la vraie consolation , aussi facilement que le plus léger signe de votre volonté me porte à m'éloigner de votre présence. »

Il se retirait , lorsque Marie lui dit avec courtoisie : « Ne me faites pas injure dans votre pensée, monsieur; il se peut, si ma détention se prolonge, ce qui, j'espère , n'arrivera pas, car mes sujets rebelles se repentiront de leur déloyauté , ou bien ceux qui me sont restés fidèles auront le dessus; il se peut , dis-je, si

ma détention se prolonge, que je n'aie point de répugnance à entendre un homme qui semble raisonnable et compatissant comme vous et que je me hasarde à encourir votre dédain en m'etïbrçant de me rappeler et de citer les raisons que les conciles et les j)rétres donnent à l'appui de ma foi, bien que je craigne, hélas ! d'avoir perdu mon latin avec tout le reste de ce que je possédais. Toutefois cette conférence sera pour un autre jour. En attendant, monsieur, que lady Lochleven emploie mon page comme elle l'entendra , je ne veux pas éveiller les soupçons en lui disant un seul mot en particulier avant son départ... Roland Grœme, mon ami , ne perdez pas une occasion de vous amuser, dansez, chantez, courez, sautez. On peut faire tout cela avec joie; mais pour faire ici de telles folies, il faudrait avoir plus que du vif argent dans les veines.

— Hélas, madame I s'écria le prédicateur, quelles exhortations donnez-vous à la jeunesse , tandis que le temps passe et que l'éternité avance ! Pouvons-nous assurer notre salut par de frivoles amusements, ou pouvons-nous accomplir notre œuvre sans craindre et sans trembler ?

— Je ne sais ni craindre ni trembler, répliqua la reine ; Marie Stuart ne connaît point de telles émotions. Mais si mes pleurs et mes chagrins peuvent compenser pour Roland une heure d'amusements innocents, soyez sur que la pénitence sera exactement remplie.

— Yotre gracieuse Seigneurie , dit le prédicateur, se trompe gravement en cela 5 nos pleurs et nos chagrins sont une faible compensation de nos propres fautes et de nos propres folies , et nous ne pouvons les céder à d'autres pour effacer leurs erreurs , comme votre EgUse l'enseigne faussement.

— Puis-je , monsieur, répondit la reine, sans vous ofTenser par cette prière, vous prier de vous retirer. Mon cœur est vraiment malade , et je ne saurais supporter une plus longue controverse. Tiens, Roland, prends cette petite bourse. » Se tournant alors vers le ministre, elle lui dit en lui montrant ce qu'elle contenait: "Voyez, révérend chapelain , elle ne renferme que deux ou trois testons d'or ; cette monnaie porte mon effigie , et cependant elle a toujours plus servi contre moi que pour moi ; de même , mes sujets, en prenant les armes pour me détrôner, prononçaient encore mon nom pour mot de ralliement et pour cri de guerre. Prends cette bourse, afin que tu ne puisses manquer de moyens

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