CHAPITRE III
i^ui nous sont unis par la même foi, et avec qui il est à propos que tious fassions alliance. C'est vers quelques-uns de ces hommes que j'ai été envoyé pour une affaire aussi importante que secrète ; j'y suis arrivé sain et sauf, et j'en suis revenu en pleine sécurité. Il y a plus de danger à courir pour la vie d'un homme entre ce château et Holy-Rood , que dans toutes les mers qui baignent les terres basses de la Hollande.
— Et le pays , mon Halbert , et le peuple , sont-ils comme nos bons Écossais ? Comment se comportent-ils envers les étrangers ?
— C'est un peuple , ma chère Marie, fort par les richesses, qui rendent les autres nations faibles, et faible dans les arts de la guerre , qui rendent les autres nations fortes.
— Je ne vous comprends pas , mon ami.
— Le Hollandais et le Flamand, 3Iarie, versent, pour ainsi dire, toute leur activité dans le commerce, et nullement dans la guerre; leurs richesses achètent les bras des soldats étrangers à l'aide desquels ils protègent ce commerce ; ils construisent des digues sur les bords de la mer pour conserver le territoire qu'ils ont conquis et lèvent des régiments chez le Suisse persévérant et chez le rude Germain, pour protéger les trésors qu'ils ont amassés. C'est ainsi qu'ils sont forts dans leur faiblesse -, car les mêmes richesses que des nations plus puissantes pourraient être tentées de leur ravir, arment les étrangers en leur faveur.
— Les misérables fainéants I » s'écria Marie, pensant et sentant comme une Écossaise de l'époque ; « ils ont des bras et ne combattent point pour le pays qui les a vus naître ? On devrait leur couper à tous le poignet.
— Non , ce serait une sentence par trop rigoureuse ; car leurs bras servent leur patrie, bien que ce ne soit pas dans la guerre, comme les nôtres. Regarde, 3Iarie, ces collines stériles, cette profonde et sinueuse vallée le long de laquelle les bestiaux reviennent en ce moment de leurs maigres pâturages : la main de l'industrieux Flamand couvrirait ces montagnes de forets , et ferait croître du blé là où nous ne voyons maintenant que des terres incultes et de stériles bruyères. Le cœur me saigne, Marie, lorsque je regarde cette contrée et que je songe à ce qu'elle deviendrait entre les mains d'hommes pareils à ceux que j'ai vus tout récemment; d'hommes qui ne cherchent pas une vaine réputation dérivée d'ancêtres morts depuis long-temps, qui n'ambitionnent point la gloire sanguinaire acquise dans des querelles modernes ;
qui enfin parcourent en tous sens leur pays , non pour le ravager et l'appauvrir, mais en cherchant les moyens de le conserver, de l'enrichir et de l'embellir encore.
— Dans notre pays , mon Halbert , ces améliorations disparaîtraient comme un songe : les arbres seraient détruits par les Anglais , nos ennemis , avant qu'ils eussent cessé d'être des arbrisseaux , et le blé que vous auriez semé serait moissonné par le premier voisin qui aurait à sa suite plus de cavaliers que vous n'en pourriez rassembler. Mais pourquoi murmurer? Le destin qui vous a fait naître Ecossais vous a donné une tête , un cœur et un bras pour soutenir dignement ce nom.
— Il ne m'a point donné de nom à soutenir,» dit Halbert en se promenant lentement dans l'appartement. «Mon bras a été levé le premier dans toutes nos querelles ; ma voix s'est fait entendre dans tous les conseils , et les plus sages ne m'ont point censuré ; l'astucieux Lethington , le profond et sombre Morton, ont eu des conférences secrètes avec moi, et Grange et Lindsay ont reconnu que, sur le champ de bataille, j'ai rempli le devoir d'un brave chevalier. 3Iais le moment important où ils ont besoin de ma tète et de mon bras une fois passé, ils ne voient plus en moi que le fils de l'obscur tenancier de Glendearg.»
C'était là un sujet que lady Avenel redoutait toujours; car le rang conféré à son mari, la faveur dont il jouissait auprès du puissant comte de Murray, et les grands talents par lesquels il justifiait ses droits à ce rang et à cette faveur, étaient des motifs qui augmentaient plutôt qu'ils ne diminuaient l'envie contre sir Halbert Glendinning, homme d'une naissance inférieure et obscure, qui, par son seul mérite personnel, s'était élevé à ce haut degré de considération. La fermeté naturelle de son ame ne suflisait pas pour lui faire mépriser l'avantage idéal d'une illustre généalogie, avantage si fort apprécié par tous les hommes avec qui il avait des rapports; et les cœurs les plus nobles sont tellement accessibles à de puérils sentiments de jalousie , qu'il y avait des moments où il se sentait mortifié en voyant que son épouse pouvait se glorifier d'une naissance illustre et d'une longue suite d'ancêtres : alors il regrettait que son importance , comme propriétaire d'Avenel , ne fut due qu'à son mariage avec l'héritière de ce domaine. Il n'était pas assez injuste pour permettre à des sentiments aussi indignes de lui de prendie possession constante de son esprit ; mais ils se