CHAPITRE III. S
représentaient de temps en temps , et ils n'écliappaient pas à l'observation inquiète de son épouse.
«Si le ciel nous eût accordé des enfants , » se disait-elle dans ces tristes moments ; « si notre sang se fût mêlé dans un fils qui eût réuni les avantages de ma naissance et le mérite personnel de mon mari , ces réflexions pénibles et importunes n'auraient jamais troublé notre union ; mais un pareil héritier, dans lequel nos affections, aussi bien que nos intérêts, se seraient concentrés, est un bien qui nous a été refusé. »
Animée de pareils sentiments, lady Avenel ne pouvait voir sans chagrin que les pensers de son époux se dirigeaient vers ce sujet de leurs regrets communs. Dans cette occasion, comme dans toutes les autres, elle s'eiïbrca de détourner le cours désagréable des réflesiqns d'Halbert. " "^
"Comment pouvez-vous, lui dit-elle, vous appesantir sur des idées qui ne mènent à aucun résultat? Est-il donc bien vrai que vous n'ayez point de nom à soutenir ? Vous , vaillant et brave, sage dans le conseil et fort dans la bataille , n'avez-vous pas à soutenir une réputation que vous vous êtes acquise par vos propres exploits, réputation plus honorable que celle qu'on doit uniquement à une longue suite d'ancêtres ? Les hommes de bien vous aiment et vous honorent, les méchants vous craignent et les turbulents vous obéissent ; et ne faut-il pas que vous fassiez tous vos efforts pour vous assurer la continuation de cet amour, de cet honneur, de cette crainte salutaire , de cette obéissance nécessaire ? »
Tandis qu'elle parlait ainsi , l'œi^ de son mari puisa dans le sien du courage et de la résignation ; le regard d'Halbert brilla d,'une vive étincelle, et, lui prenant la main, il lui dit : «Cela est trèsvrai, ma bonne Marie : je mérite le reproche que tu me fais d'oublier ce que je suis , en murmurant parce que je ne suis pas ce que je ne puis être. Je me vois maintenant au point où se sont trouvés leurs ancêtres les plus renommés. Certes , il est plus honorable de pouvoir dire que l'on possède les qualités nécessaires au fondateur d'une maison, que d'être le descendant d'une famille qui les possédait quelques siècles auparavant. Le Hay de Loncarty, qui légua son joug sanglant à sa lignée ; l'Horame-Noir, qui fut le premier fondateur de la maison de Douglas, ne pouvaient se glorifier d'une suite d'ancêtres aussi longue môme que la mienne. Car tu le sais, Marie, mon nom tire son origine
d'une famille d'anciens guerriers, quoique mes ascendants immédiats aient préféré l'humble situation dans laquelle tu les as trouvés. La guerre et le conseil ne conviennent pas moins à la maison de Glendowyne, même dans ses derniers rejetons, qu'aux plus fiers possesseurs actuels des nobles barons de l'Ecosse. »
En parlant ainsi, il se promenait dans l'appartement, et lady Avenel souriait intérieurement , en voyant avec quelle ténacité son mari s'arrêtait à réfléchir sur les prérogatives de la naissance, et cherchait à établir ses droits , quelque éloignés qu'ils pussent être, à une part dans ses prérogatives, au moment môme où il affectait de les mépriser. On devinera facilement, néanmoins, qu'elle ne laissa rien échapper qui pût faire soupçonner qu'elle s'apercevait de la faiblesse de son mari, sorte de sagacité que peut-être la fierté de sir Plalbert n'aurait pas soufferte très-patiemment.
En revenant de l'extrémité de la salle jusqu'où il s'était promené, pendant qu'il justifiait les droits de la maison de Glendowyne à tous les privilèges de l'aristocratie: «Où donc est Wolf? dit-il, je ne l'ai pas vu encore, et il était ordinairement le premier à me féliciter de mon arrivée.
— Wolf,» répondit la dame Avenel avec un léger degré d'embarras dont peut-être il ne lui eût pas été facile de se rendre compte à elle-même; «Wolf est à la chaîne pour le moment; il a été hargneux contre mon page.
"Wolf à la chaîne I et Wolf hargneux contre votre page 1 répliqua sir Halbert Glendinning; Wolf n'a jamais été hargneux contre personne , et la chaîne éteindra toute son ardeur, ou le rendra sauvage. Holà I qu'on détache Wolf sur-le-champ.»
On obéit, et le gros chien se précipita dans l'appartement , dérangeant par ses sauts et ses gambades impétueuses tout l'assemblage de dévidoirs , de rouets et de quenouilles : aussi , Lihas , que l'on appela pour remettre les choses en ordre, s'écria-t-elle naturellement que le favori du laird valait le page de milady.
«« Et qui est ce page, Marie?» demanda le chevalier, dont l'attention fut rappelée sur ce sujet par l'observation de la femme de chambre ; «qui est ce page que tout le monde semble mettre en balance avec mon vieil ami et mon favori AVolf? Depuis quand avez-vous aspiré à l'honneur d'avoir un page ? Et enfin qui est cet enfant ?
— Je me flatte, mon Halbert,» répfiqua lady Avenel, non sans un peu de rougeur, « que votre épouse n'a pas moins de droits à