‹ L'abbéChapitre 161 sur 250 · CHAPITRE XXA". 2§lc · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXA". 2§lc

de t'amuser. N'oublie pas de me rapporter des nouvelles de Kinross , mais seulement de celles qui pourraient sans soupçon ni oftense m être racontées devant ce révérend ministre-, ou en présence de la bonne lady Lochleven elle-même. »

Le congé était trop formel pour rester; et Ilenderson sortit : moitié morUfié , moitié content de sa réception : car Marie , par une longue habitude, jointe à la finesse qui lui était naturelle, avait poussé à un degré extraordinaire l'art d'éviter une conversation pénible à ses sentiments ou à ses préjugés , sans pour cela heurter ceux de ses interlocuteurs.

Roland Grœme sortit avec le chapelain sur un signe de sa maîtresse ; mais il ne lui échappa pas, lorsqu'il quittait la chambre le dernier et faisait un profond salut à sa souveraine , que Catherine Seyton levait son doigt indicateur, en lui faisant un geste que lui seul pouvait apercevoir et qui semblait dire : «Rappelez-vous ce qui s'est passé entre nous. »

Roland reçut ses dernières instructions de lady Lochleven. "Il y a des réjouissances aujourd'hui dans le village, dit-elle. L'autorité de mon fils n'a pu encore exclure ces restes de l'ancien levain de superstition avec lequel les prêtres romains avaient pour ainsi dire pétri le cœur de nos paysans écossais. Je ne vous ordonne pas de vous en abstenir, ma défense serait un piège pour votre folie, ou vous apprendrait à mentir^ mais livrez- vous avec modération à ces vanités, et n'y faites attention un moment que comme à des futilités que vous devez abandonner et mépriser. Notre chambellan à Rinross, Luc Lundin, le docteur Luc Lundittj car c'est le titre qu'il se donne follement, vous fera connaître ce que vous avez à faire. Souvenez-vous que vous avez ma confiance , et montrez-vous-en digne. »

Si nous nous rappelons que Roland Grœme n'avait pas encore dix-neuf ans, et qu'il avait passé toute sa vie dans le château solitaire d'Avenel, sauf quelques heures à Edimbourg et son dernier séjour à Lochleven , demeure qui n'avait pas beaucoup contribué à lui faire connaître les plaisirs du monde , nous ne serons pas étonnés que son cœur battît fortement de joie et de curiosité à l'espoir de partager les amusements mômes d'une fête de cam-pagne. Il se rendit en toute hâte à son petit cabinet, où il retourna toute sa garde-robe, et il est bon d'observer que cette garde-robe était digne de la place qu'il occupait ; car elle lui avait été envoyée d'Edimbourg, probablement par l'ordre du comte de Murray.

D'après les ordres de la reine, il s'était jusqu'ici habillé en deuil ou en couleur sombre ; mais il pensa que l'occasion présente réclamait un vêtement plus gai. Il choisit donc l'habit le plus élégant qu'il eût à sa disposition -, il était écarlate , tailladé de satin blanc, couleurs royales d'Ecosse. Roland peigna sa longue chevelure bouclée, arrangea sa chaîne et son médaillon autour d'un chapeau de castor, de la forme la plus nouvelle , et suspendit à son côté, au moyen d'un baudrier brodé, la belle épée qu'il avait reçue d'une manière si mystérieuse. Sa parure, jointe à sa bonne mine naturelle et à sa belle taille, faisait de Roland un échantillon des plus élégants et des plus gracieux des jeunes galants de l'époque. Il aurait vouhi saluer la reine et ses dames avant son départ^ mais le vieux Dryfesdale l'entraîna vers la barque.

«Nous n'aurons pas d'entretiens secrets, mon maître, » dit le mélancolique serviteur ; «puisqu'on vous accorde quelque confiance, nous essaierons de vous éviter la tentation de la trahir. Dieu te soit en aide, garçon I » ajouta-t-il en jetant un regard méprisant sur ses habits élégants; «s'il y a au village un meneur d'ours de Saint-André , prends garde de t'en approcher.

— Et pourquoi , je vous prie? demanda Roland.

— De peur qu'il ne te prenne pour un de ses singes habillés ,» répondit l'intendant avec un sourire malin.

«Je ne porte pas mes habits aux dépens de ta bourse, » s'écria Roland indigné.

« Ni aux dépens de la tienne, mon fils, répliqua l'intendant; sans cela ta toilette ressemblerait plus à ton mérite.»

Roland retint avec peine laréponse qui lui vint sur les lèvres; et, s'enveloppant de son manteau d'écarlate, il se jeta dans la barque que les deux rameurs, pressés eux-mêmes de voir la fête , firent voler rapidement vers l'ouest du lac. Lorsqu'ils gagnaient le large, Roland crut apercevoir le visage de Catherine Seyton , quoique soigneusement caché, et l'observant d'une meurtrière pour le voir partir. Il ôta son chapeau et l'éleva en l'air comme un signe qu'il la voyait et qu'il lui faisait ses adieux. Un mouchoir blanc fut agité à travers la fenêtre , et pendant le reste de ce petit voyage, la pensée de Catherine Seyton combattit dans son cœur ridée qu'il se faisait de la fête où il se rendait. A mesure qu'ils approchaient du rivage, ils entendaient plus distinctement la musique et les chants joyeux, les rires, les acclamations et les cris de plaisir. En un moment la barque fut amarrée, et Roland

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