CHAPITRE XXVIII
croissant... « Encore une fois, que cherches-tu, fourbe ?... Cherches-tu cet honneur auquel tu as renoncé , cette foi que tu as abandonnée, ces espérances que tu as détruites?... ou bien me cherches-tu, moi, seule protectrice de ta jeunesse, le seul parent que tu aies jamais connu, afin de fouler aux pieds mes cheveux gris, comme tu as déjà foulé aux pieds le plus cher espoir de mon cœur ?
— Pardonnez-moi, ma mère, dit Roland Graîme; mais en vérité, je ne mérite pas votre blâme. J'ai été traité par vous-même, par vous, ma vénérable mère, aussi bien que par les autres... comme un être privé de toute force de volonté et qui n'a pas l'ombre de raison humaine, ou que tout au moins on juge incapable de s'en servir. On m'a ccnluitdans une terre enchantée, on m'a entouré de maléfices. . . chacun est venu se montrer à moi sous un déguisement... chacun m'a parlé en paraboles... j'ai été comme celui qui •erre dans un songe fatigant et confus ; et maintenant vous me blâmez de ne pas avoir le bon sens, le jugement, la fermeté d'un homme raisonnable , éveillé , sans illusions, qui sait ce qu'il fait et où il va. S'il faut marcher avec des masques et des spectres, qui changent de place comme il arrive dans les visions et non dans le monde de la réalité, il y a de quoi ébranler la foi la plus solide et tourner la tête la plus sage. Je cherchais, puisqu'il faut l'avouer , cette même Catherine Seyton , que vous avez été la première à me faire connaître, et que j'ai rencontrée bien extraordinairement dans ce village de Rinross , le disputant en gaieté aux gens de la fête , quand, peu d'instants auparavant , je l'avais laissée au château bien gardé de Lochleven , où elle est la triste suivante d'une reine emprisonnée... Je la cherche en ce moment-, et au lieu d'elle, je vous trouve, ma mère , et encore plus extraordinairement déguisée qu'elle ne l'est elle-même.
— Et qu'avais-tu à démêler avec Catherine Seyton ? » dit sévèrement la matrone. « Sommes-nous dans un temps à suivre les -jeunes filles , et à danser autour d'un mai ? Quand la trompette appelle tous les vrais Ecossais sous l'étendard de leur vraie souveraine, sera-t-on obligé d'aller te chercherjusque dans leboudoir d'une femme? *v
— Non , de par le ciel , ni même derrière les tristes murailles d'un castel entouré par les eaux ! Je voudrais que le cor sonnât à l'instant même , car je vois que ces accents guerriers pourront seuls parvenir à dissiper les visions chimériques qui m'entourent.
— N'en doute pas , ils se feront entendre , et ils résonneront si haut que l'Ecosse n'en ouïra jamais de pareils , avant ceux 'qui annonceront aux montagnes et aux vallées que le temps va faire place à l'éternité. Jusque là, sois constant et brave, sers Dieu et honore ta souveraine ; sois fidèle à ta religion. Je ne puis, je ne veux, je n'ose te demander la vérité sur les terribles nouvelles que j'ai apprises de ton refroidissement ; n'accomplis pas ce sacrifice maudit; et même à cette heure , quoique bien tard, tu peux être ce que j'ai espéré pour le fils de mon espoir le plus cher : que disje? le fils de mon espoir I tu seras l'espérance de l'Ecosse , son orgueil et son honneur ! tes désirs les plus insensés, les plus absurdes pourront s'accomplir. J'ai honte de mêler d'indignes motifs au noble prix que je t'offre. J'ai honte , telle que je suis, de parler des passions insensées de la jeunesse , si ce n'est pour les blâmer et les mépriser. Mais il faut, pour faire prendre aux enfants une médecine salutaire , les tenter par l'olTre des douceurs. Ainsi il faut exciter les jeunes gens aux actions honorables par la promesse du plaisir. Ecoute-moi donc , Roland , les affections de Catherine Seyton ne seront que pour celui qui opérera la délivrance de sa maîtresse; et crois-moi , il peut être un jour en ton pouvoir de devenir cet heureux préféré. Chasse donc tes craintes et tes doutes ; prépare-toi à faire ce que ta religion réclame , ce que ton pays demande , ce que ton devoir comme sujet et serviteur exige impérieusement de toi : sois sûr que même les souhaits insensés de ton cœur s'accompliront aisément quand tu auras obéi à cet appel. »
Comme elle cessait de parler, un double coup se fit entendi-e à la porte intérieure. La matrone ajusta promptement son voile, et reprenant son siège près du foyer, elle demanda qui était là.
« Salvete in nomine sancto , » répondit-on du dehors.
« Salvete et vos, » reprit Madeleine Graeme.
Et un homme entra, vêtu à la manière des gens qui composaient alors la suite des seigneurs ; il portait à sa ceinture une épée et un bouclier. « Je vous cherchais , dit-il , ma mère , et celui que je vois avec vous. » Puis, s'adressant à Roland Grseme, il lui dit : « N'es-tu pas porteur d'un paquet de la part de George Douglas ?
— Oui, '. reprit le page, 'se rappelant tout à coup celui qu'on lui avait confié le malin ; mais je ne puis le délivrer à quiconque n'a pas le droit de me le demander.