‹ L'abbéChapitre 176 sur 250 · CHAPITRE XXYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYIII

^—■Ta as raison, » reprit le serviteur; et il lui dit à l'oreille : « Le paquet que je demande est le rapport de George Douglas à son père , cela suffit-il ?

— Oui , » reprit le page , et tirant le paquet de son sein , il le lui remit.

« Je reviendrai dans l'instant , » dit le serviteur -, et il sortit de la cabane.

Roland était alors assez revenu de sa surprise, pour demander à son tour à son aïeule pourquoi il la trouvait sous un déguisement si étrange, et dans un lieu si dangereux. « A'ous ne pouvez ignorer, dit-il, la haine que la dame de Lochleven porte à ceux de votre, c'est-à-dire de notre religion. Votre déguisement actuel vous expose à des soupçons d'un autre genre , mais non moins à craindre; et, soit en qualité de catholique, ou de sorcière, ou d'amie de la reine infortunée , vous courrez le môme danger, si l'on vous arrête sur les domaines des Douglas. En outre , pour des raisons qui lui sont particulières, vous avez dans le chambellan revêtu ici de l'autorité du lord, un ennemi puissant et implacable.

— Je le sais , dit la matrone , les yeux étincelants de la joie du triomphe; je sais que, fier de sa fourberie scolaire et de sa sagesse charnelle , Luc Lundin voit avec haine et jalousie les bienfaits que les saints ont accordés à mes prières et aux saintes reliques , devant le contact , et bien plus devant la seule présence desquelles, la maladie et la mort ont si souvent fui • je sais qu'il me déchirerait avec joie; mais il est une chaîne et une muselière qui retiendra la furie du chien dévorant, et le serviteur du maître ne recevra aucun mal jusqu'à ce que l'ouvrage du maître soit terminé. Quand cette heure sera venue, que les ombres de la nuit descendent sur moi I Avec le tonnerre et la tempête , il sera bien venu le temps qui fermera mes yeux aux crimes et mes oreilles aux blasphèmes I Sois seulement fidèle, et remplis ton rôle comme j'ai rempli et comme je remplirai le mien ; et mon affranchissement sera pareil à celui des bienheureux martyrs que les anges saluent avec les psaumes et les cantiques , tandis que la terre les poursuit de ses cris et de ses blasphèmes ! »

Comme elle achevait ces mots^ le serviteur rentra dans la chaumière en disant : « L'affaire va bien I le temps est fixé pour demain soir.

— Quel temps ? quelle affaire ? s'écria Roland Grœme ; j'espère que je n'ai pas remis en de mauvaises mains le paquet de Douglas.

Tranquillise-toi, jeune homme, reprit le serviteur, tu as

ma parole et la preuve que je t'ai donnée.

— Je ne sais pas si la preuve est bonne , répliqua le page ; et quant à la parole , je ne me fie pas beaucoup à celle d'un étranger.

— Eh bien I dit la matrone, quand même tu aurais remis dans les mains d'un sujet loyal le paquet que t'avait confié un des ennemis de la reine , il n'y aurait pas grand mal à cela , jeune écervelé.

— De par saint André ! il y aurait un mal irréparable, s'écria le page : l'essence de mon devoir, dans ce premier pas de la chevalerie , est d'être fidèle à ma charge ; et quand le diable lui-môme m'aurait confié un message, si j'avais engagé ma foi, je ne voudrais pas la trahir, fût-ce même pour un ange de lumière.

— De par l'amour que je te portais jadis, reprit la matrone, j'aurais le courage de te tuer, de te tuer de ma propre main , quand je t'entends dire que ta foi appartient plus à des rebelles et à des hérétiques qu'à ton Église et à ton prince !

— Patience , ma bonne sœur, interrompit le ser\^iteur, je fournirai à ce gentilhomme des raisons qui sauront contrebalancer les scrupules qui l'assiègent. Ses sentiments sont honorables quoiqu'ils soient peut-être mal placés dans ce moment. Suivezmoi , jeune homme.

— Avant d'aller demander compte à cet étranger de sa conduite, dit le page à son aïeule , ne pourrai-je rien faire pour votre bonheur et votre sûreté ?

— Rien , répondit-elle , rien. Veille seulement à ce que je n'apprenne rien qui puisse entacher ton honneur, ton véritable honneur I Les saints qui m'ont protégée jusqu'à ce moment me secourront au besoin ; suis le chemin de la gloire qui est ouvert devant toi, et ne pense à moi que comme à celle qui sur la terre sera la plus enchantée d'entendre célébrer ton nom. Suis maintenant l'étranger : il t'apprendra des nouvelles auxquelles tu dois l'attendre fort peu. »

L'étranger restait sur le seuil comme attendant Roland , et aussitôt qu'il le vit se mettre en marche, il avança d'un pas rapide , s'enfonçant toujours de plus en plus dans la ruelle. Roland s'aperçut qu'elle n'était plus bordée de bâtiments que d'un côté , et que de l'autre s'élevait un vieux mur très-haut, au-dessus duquel de grands arbres étendaient leurs branches. En descendant beaucoup plus bas, ils arrivèrent à une petite porte dans le mur. Le

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